04/08/2011

Premier amour.

histoire de vie,premier amour,filiationC’était pendant le mois de mémoire en l’honneur de Simenon, l’écrivain créateur du personnage de Maigret. Comme ce dernier, je me trouvais en quête de l’indice qui m’aurait conduit à résoudre l’énigme familiale de ma cellule ou de celle plus large du clan, ou des deux. Depuis que je m’étais mis dans la tête de trouver la raison, de ce qu’avait été mon mal être, je n’arrivais pas à en situer la cause initiale, génitrice de tant d’inconfort. Les liens étant tellement imbriqués et comme l’expliquait la théorie du transgénérationnel sans doute issus de choix, de décisions, de manques à plusieurs époques et par plusieurs ancêtres. Il n’était pas évident d’en faire l’histoire et d’en retrouver les racines, de progresser tout en faisant la part des choses.

L’enquête vaste chantier, à plusieurs tailles, se poursuivait semblait-il une fois dans un espace proche, puis à un autre moment, sautait une génération où même se perdait dans la nuit des temps et dans ses incertitudes. Mon attention active, prête à relever de nouveaux indices, des faits, des associations inconnues, venait d’être interpellée par des phrases trouvées dans mon dernier livre de chevet. Elles arrivaient bien à propos.

Méthodique, l’auteur distinguait dans la technique des constellations familiales deux champs d’action bien distincts : le système familial actuel et le système d’origine et ramenait ainsi mon attention non pas sur l’apport des générations précédentes mais sur l’impact qu’avait eu mes choix sur l’établissement de nœuds problématiques dans ma cellule familiale. Je n’étais plus en train de chercher ce que m’avait transmis la lignée familiale à propos de l’archétype de l’homme et notamment de sa blessure trangénérationnelle causée par la disparition précoce et du deuil qui n’avait pas été fait à propos des pères.  J’étais au contraire plongé dans l’espace le plus difficile à cerner, mon propre apport.  Bien sûr, un lien implicite existait entre cet archétype blessé et mes actions, mes réactions. Je ne pouvais pas agir sans l’influence du premier, mais il me restait le loisir soit d’accepter le fatum et laisser faire, soit de relever la tête et par là même m’interroger, questionner la littérature, ou participer à des sessions d’évolution personnelle pour changer le cours des choses.

Dans la liste des points dont l’examen pouvait apporter de la lumière sur le fonctionnement du système, il y avait en plus des deuils, des violences, des faits de guerre etc , un avant dernier point : « les ex-partenaires dont l’existence avait été tue » qui réapparaissait dans le système actuel au point deux après les partenaires. Il n’en fallait pas plus pour déclencher l’ouverture d’un nouveau domaine d’interrogation. Ce point d’entrée, ce point d’accrochage m’entraîna avec les exemples à l’appui cité ensuite dans le domaine caché côté cœur. Le système tant actuel que d’origine, ne pouvait être abordé correctement sans attribuer à chacun des acteurs successifs l’ordre qu’il occupait dans l’histoire. Une place de second, après un aîné mort, n’était pas une place d’aîné, mais une place de second. Une place de marâtre, n’était pas une place d’épouse mais de seconde compagne. Une place de deuxième amour n’était pas une place de premier amour. Cette interpellation  à propos de mon premier amour qui n’avait jamais été parlée depuis sa fin douloureuse, me mettait en face d’un fait dont je cherchais vainement la présence dans le destin des autres, sans remarquer que c’était dans le mien qu’il fallait d’abord chercher. Comme un éclair dans cette zone obscure, le fait entraîna une succession d’association, de questions, d’étonnements. Cette relation douloureuse qui venait du passé s’immisçait à présent dans mon champ relationnel actuel que les enfants venaient de quitter pour voler de leurs propres ailes. Ma relation de couple mise à nu, s’enlisait, s’embarquait dans une nouvelle réalité qui en exacerbait certains cotés. Cette relation qui apparaissait, qui resurgissait du passé, devait être confronté à mon quotidien pour l’interroger. Un fantôme surgissait du passé et sa présence sans doute inconfortable rendait possible néanmoins son approche et le questionnement sur son influence passée et présente. Cet aspect du passé était sorti du placard. Immédiatement mon histoire, s’exprima en parallèle et comme en relief dans l’histoire amoureuse de ma fille aînée.

Cet amoureux dont je ne pouvais supporter la présence et que j’éloignais le plus possible, ce petit ami dont je ne voulais pas, s’était finalement fait débarquer par elle après bien des hésitations et autant de larmes. Puis tout était rentré dans l’ordre, dans la norme. Je n’avais à la lumière de ce que j’apprenais maintenant ni rien vu, ni rien compris. À présent, je constatais que comme dans une pièce de théâtre dont elle ignorait l’auteur, ma fille avait mis en scène, un amour impossible avec un garçon qu’elle avait mis à mort, comme moi, je l’avais été en mon temps.

Comme lui, j’avais été sacrifié par la femme que je croyais aimer. Pas étonnant que la pièce dans laquelle, elle était l’actrice principale, ne m’avait pas plu et qu’elle déclenchait en moi des réactions violentes. C’était presque la mise à mort d’un amour impossible, le mien que j’étais forcé de revivre faute d’en avoir fait le deuil et la verbalisation quand j’avais à peu près son age.

Dans une tentative inconsciente de mettre à jour mon secret, couvrant une souffrance relationnelle, ma fille avait même après une semaine de cohabitation rompu progressivement les ponts.  Elle avait exprimé dans ses larmes, les larmes que j’avais enfouies, dans une vaine tentative de soulager ma souffrance. Pressentant ce fantôme relationnel, elle avait en vain essayé de m’en guérir d’abord en s’en donnant les outils par le métier qu’elle voulait, depuis toute petite, embrasser, celui d’infirmière, puis elle avait dans ses amours, rejoué le scénario pour essayer de lui mettre un nom.

Au fur et à mesure des pages de ce livre, une notion essentielle m’apparaissait, la nécessité de reconnaître l’existence d’une relation, de la nommer et de la rendre au passé avec respect pour ce qu’elle avait été dans la réalité du moment. Dans les constellations qui servaient à la démonstration des liens profonds, des fantômes qui agissaient dans nos vies, une notion exprimée par les participants de la constellation apparaissait régulièrement, la sensation physique d’être retenu en arrière, de ne pas pouvoir entrer dans le champ relationnel mis en évidence par le groupe de participants.

Dans ma relation amoureuse dont le rôle réservé à l’homme prenait de plus en plus de place par rapport à celui de père, dans ce nid vide où la relation se jouait essentiellement face à mon épouse, je vivais une impression de retrait comme décrite par les participants. Aurait-elle ses racines dans ce premier amour qui s’était terminé par une rupture brusque après mon service militaire sans avoir trouvé son apaisement et sa fin dans un deuil et un sain éloignement.

L’idée s’était installée après quelques pages de ce livre et j’essayais de clarifier d’ordonner les éléments nouveaux qui se baladaient depuis dans ma tête. Comment s’étaient passées les autres ruptures qui avaient suivies, celle-là?

La plus difficile concernait mon premier préavis, qui s’était joué à la même époque de l’année en fin janvier, début février. La rupture des liens avec l’employeur avait cassé toutes les autres relations avec les personnes irresponsables du même environnement. Tout le bon et le bien de cette période, n’avait pas été salué par moi, dans sa réalité, comme appartenant au passé, mais avait été mêlé à la douleur des ruptures précédentes qui n’avaient pas été faites et notamment celle de mon premier amour. Il ne m’était pas possible à ce moment d‘entrer dans le deuil de cette relation, car comme le deuil des pères n’avait pas été faits, je ne pouvais entrer dans celui de cet amour raté. Cette toux qui depuis un mois me secouait en cette période récurrente majeure de fin janvier, début février, exprimait sans doute aussi à sa manière, comme une toux anniversaire, le fait profond inscrit en moi, et pas seulement dans la toux de ma fille, « Que personne ne m’aime ». N’avais-je pas été rejeté aussi par cet amour passion, ce premier amour.

 Cette peur agissante du baiser profond, ce retrait, toujours présent en moi à ce jour, n’avait-il pas été bâti autour de cette rupture. Cet engagement profond sans réserve des premiers contacts féminins bucaux et toute l’affectivité qui leur est attachée qui avaient été suivi par cette rupture et son amertume pouvait-il encore être libre. N’était il pas le signe de cette première expérience et de son destin douloureux dont la rupture n’avait laissé qu’un goût d’amertume. Celle qui avait partagé sa bouche avec la mienne pour la première fois dans ces élans amoureux programmait encore profondément en moi cette peur lors du baiser long et appuyé que demandait mon épouse. Cette relation non terminée, non conclue agissait encore sur moi insidieusement comme un aimant à distance au moins sur cet aspect. L’image de la douleur qui m’habitait  a ce moment venait de réapparaître dans mon cinéma intérieur et se focalisait sur la plateforme du train qui m’emmenait au travail. Je me sentais à ce moment rejeté, profondément seul, incapable de joie, et de profiter du plaisir de vivre. Rempli d’une douleur indicible. Le deuil de ces moments n’avait pas été fait, sinon plus tard en bloc, en partie dans le flux des larmes qui ne savaient plus s’arrêter lors de cette retraite. Puis progressivement par petites touches la possibilité de sortir de ces émotions s’était ouverte notamment à la mort du Roi Baudouin.

 Y avait-il un lien entre cette rupture amoureuse et le début de l’année.

Tous les agendas avaient disparus, un grand vide s’était installé sur les faits visibles à ce sujet mais la période de l’événement n’était pas l’essentiel. Comment, concrètement, mettre un terme à cette relation fantôme qui semblait encore si longtemps après être agissante. La reconnaître dans ce qu’elle avait été dans ma tête au moins pour que mon champ d’influence ne participe plus comme le montre les groupes de travail des constellations familiales au champ ide l’inconscient familial. Y aurait-il libération chez ma fille, serait-elle plus libre face au mariage et à l’engagement officiel avec son compagnon. Ne jouait-elle pas un rôle actif dans son refus de la marier sur base de la relation qu’elle ne pouvait terminer avec son premier amour  comme moi, je n’avais pu la terminer encore avec le mien. Seul le respect et le pardon pour ces moments qui avaient eu ce destin tragique restaient dans mes possibilités. Reconnaître qu’il y avait une limite à présent entre cette ancienne relation et ma relation actuelle, que le scalpel était passé définitivement et qu’il n’y avait plus rien à vivre.

 Curieusement, à l’heure où je rédige ces mots, le géomètre est passé pour enfin mettre un terme au problème de limite qui se joue depuis 15 ans avec les voisins. Le couteau va tomber, tranché un problème difficile a aborder de mon coté. Est-ce le présage de la fin de cette histoire. Peut-être mais certainement la fin de cet épisode. 

22/12/2010

Papa Noël

 tradition, multiculturalisme, judéo-chrétien, histoire de vieL’année dernière, c’était avec beaucoup d’émotion que j’avais assisté au concert donné dans la salle de gymnastique de l’institution catholique chargée de les éduquer. Pour rien au monde, cette année, je n’aurais manqué d’aller à la fête de Noël à l’école pour écouter chanter mes petits-enfants.

Les premières et deuxième années s’étaient alignées rapidement, rang par rang sur toute la largeur de la scène. La première rangée assise au bord de l’estrade, les jambes pendantes et les autres derrière sans que je puisse me souvenir s’ils étaient tous assis ou debout. L’image qui m’en restait était ce mur de visages souriants et vibrant d’une impatience justifiée. La discipline était présente. Tout était fluide. Ils réagissaient rapidement, sans trop de désordre.

Bravo pour les institutrices et instituteurs qui avaient préparés le scénario. C’était réglé comme du papier à musique. On commence à l’heure et l’on ne s’éternise pas, la discipline est à ce prix.

Cette année, c’était le même scénario à la différence qu’ils avaient tous, un bonnet rouge et blanc comme on trouve pour 1 ou 2 EUR dans les magasins actuellement. Cela m’avait déjà fait sourciller car comment reconnaître le petit-fils si le visage pointait à peine en dessous de cet objet sans classe qu’ils tenaient enfoncés, presque sur les yeux. Heureusement qu’il n’avait pas le jean bleu standard, de ceux qui ne veulent pas d’uniformes, mais un jean de couleur virant sur l’orange sombre ce qui m’avait permis de le repérer avant que ma fille ne m’indique sa place.

La musique de Henri Dès, semblait servir de fils conducteur. Elle était rythmée, faite pour les enfants, sans doute facile à assimiler par un groupe. Les enfants accompagnaient le chanteur de leur mieux et de tout leur cœur. Les textes n’avaient pas l’air de poser problème et semblaient bien mémorisés car tous s’égosillaient pour participer.

Comme un vol d’étourneaux, ils s’exécutaient ensemble à cœur joie. La voix du groupe perçait au-dessus d’une sono assez discrète, et cela me. La performance venait du groupe d’enfants, du chœur, pas l’enregistrement et c’était bien.

 

Cette fois, plus distant par l’expérience de l’année dernière, j’avais fait attention au texte des chansons qui se succédaient les unes après les autres. Qu’elle ne fut pas ma surprise de constater que le message transmis, n’avait aucun rapport à la tradition, celle de mon époque. Il n’était guère question de naissance de l’enfant dans la crèche, de Jésus, d’âne et de bœuf, d’ouverture à la nouveauté, à autre chose qu’à soi, de renaissance.

Les chants n’étaient tournés que vers les cadeaux à trouver sous le sapin et apportés par Papa Noël. Un matérialisme flagrant s’exprimait dans les différents textes. Aucune attention à l’autre, à celui qui a moins, qui est seul, à celui qui n’est pas à la fête familiale.

Rien de tout cela. Recevoir des cadeaux, auto centrisme pur et dur.

Mon beau-fils à qui je faisais la remarque, me dit : «  Mais c’est du multiculturalisme. Il en faut pour tous. »

Mais au nom de ce multiculturalisme où était le respect vis à vis de mon patrimoine, de ma culture judéo-chrétienne.

Respecter les autres sans doute mais pas en ne me respectant pas. S’effacer pour la culture des autres, la culture américaine, la tradition protestante, les agnostiques, sans doute peut-être, parfois. Mais au nom de quoi devais-je abandonner ma fête de Noël qui est ouverture au petit, accueil du faible, de l’isolé. Pourquoi ne pas promouvoir le cadeau qu’est la rencontre de cœur à cœur, de l’attention, du sourire au plus faible. L’humanisme laïque n’était même pas respecté, il n’y avait que cadeau.

Bien sûr comme tous j’apprécie les cadeaux, mais tout réduire à ce matérialisme me semble une erreur éducative de la part de cette école dite chrétienne. Faire  passer un message dans ces circonstances était hasardeux. Critiquer vertement l’animateur n’était pas la solution immédiate. C’était un travail de fond. Il fallait  l’entreprendre, par une prise de conscience des valeurs qui font notre trame culturelle locale. Si nous ne nous respectons pas mêmes, peut-on demander à d’autres de nous respecter !

Nous ne serons plus respectés, et il sera trop tard!