11/01/2007

La branche française


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Bingo, mon message envoyé comme une bouteille à la mer, venait de toucher une rive inconnue et du fin fond de la France, un message m’était retourné.

Des détails trop peu nombreux l’accompagnaient, mais l’essentiel était là, un contact s’établissait. Une branche complète s’ajoutait à l’arbre généalogique, une branche inconnue, une branche française. .
Le hasard d’une recherche sur Internet, via un nouveau service accessible m’avait permis de découvrir une nouvelle adresse et surtout un nouveau prénom inconnu sur ma liste. Jacqueline. La piste avait été bonne car un timbre avait suffi et fait la différence En retour la réponse marquait un minimum d’intérêt.

Je volais d’étonnement en étonnement, envahi d’une émotion intense et inconnue. Je découvrais un lien vieux de plus de 100 ans et en plus avec Emile, le frère puîné de mon arrière grand-père Eugène-Joseph. A des générations de distance des descendants reprenaient un premier contact, allaient reprendre peut-être un dialogue.


L’arrière-arrière cousin.


Ce fait n’était pas banal, il me remplissait d’émotion. Comme un gain au lotto.

Il y avait de cela, trouver, découvrir sans doute mais vu l’émotion, il y avait plus. Quelque chose du passé se constellait. Fallait-il relier à cet évènement, ces battements de coeur, cette chamade à la première consultation des micros films lors d’une recherche, à la bibliothèque réservée ? La fin d’une dispute de famille, d’une mise à l’écart d’un membre de la fratrie. Une parole a nouveau circule entre frères de sang. Parabole d’un enfant prodigue, qui après avoir parcouru la France par monts et par vaux se manifeste. Via Internet, les descendants d’Emile revenaient au bercail familial dans sa dimension symbolique. Un échange d’une nature nouvelle allait, peut-être se mettre en place.


Le manuscrit du père.


Dans les manuscrits de mon père, le troisième fils de cette génération, Emile était seulement cité avec l’année de son décès et le nom de son épouse.
Manifestement quelque chose de non conforme s’était passé, un lien familial avait été brisé pour une raison qui apparaîtrait sans doute un jour ou l’autre. D’où vient pour les autres tous ces détails et pour lui rien ou alors si peu ! A mon tour, l’aveuglement m’avait contaminé car je n’avais accordé aucune attention à cette absence d’information à son sujet. Cela  n’était même pas dans ma mémoire. Je retrouvais l’information dans les notes prises au vol lors d’une visite à la maison communale de Villers en 1995. Pourquoi aussi cette confusion de date de mariage avec celle du mariage d’Emile-Joseph son neveu.
Une résistance de plus montrait l’endroit où il ne fallait pas aller.


La recherche.


Il est vrai que dans mon travail erratique, je n’avais levé ou recherché un minimum d’informations sur cette branche la plus proche de la nôtre. Quelque part un souvenir encore présent m’empêchait de mettre des mots et de concevoir ce qui à un moment avait été inconcevable ou inacceptable dans le passé. Un secret de famille s’était constitué sans doute si l’on prenait l’hypothèse de la psychogénéalogie. Le hasard m’y ramenait. Pourquoi cette idée fixe de chercher et de plus, de chercher au mauvais endroit, c’est à dire loin du problème. Trois générations s’étaient passées, trois générations s’étaient tues.


La sensation.

Une seconde fois les racines de mon arbre me faisait vibrer profondément comme si un écho, une rémanence d’un évènement persistait à l’heure où je mettais les mots sur le papier. Emile s’était perdu dans l’anonymat du temps, aucune descendance dans le pays n’avait été découverte après la campagne de recherche que j’avais menée, Sa branche était morte. L’idée qu’il avait sans doute quitté le pays ne m’était pas venue à l’esprit. Aucune hypothèse n’avait germé dans mon esprit. Faisait-il partie d’un noyau irréductible qu’il n’avait pas été possible de localiser. La liberté de chacun permettait des zones d’ombre, cette zone d’ombre.


La mémoire.

Dans les histoires de famille racontées par Papa, il n’y avait pas de référence à Emile. Avec les frères et les sœurs de celui-ci en plus des noms affichés sur le document écrit des détails me revenaient en mémoire, des choses étaient sues des lieux, des relations s’étaient poursuivies au point de pouvoir les situer dans le temps, de mentionner un nom et des lieux. Pour Emile ce n’était pas le cas, c’était le black-out. Un secret de famille s’était mis en place à son propos sans nul doute. Il y avait trop de détails pour les autres, c’était comme une injustice face à lui.

En recherchant dans les dernières notes faites lors de la visite à la maison communale, je retrouvais un détail qui pouvait avoir dans l’air de ce temps une importance fondamentale.
Émile avait épousé une femme avec un enfant. Son enfant, l’enfant d’un autre ? L’histoire ne le dirait pas mais comment ne pas mettre ce fait en relation son départ avec pour la France au début du siècle.

Ou était-ce simplement la recherche d’un travail, la survie devant l’écroulement d’un domaine qui ne nourrit plus le clan ?