08/05/2014

Conversation avant le petit déjeuner.

P1030819.JPGEn entrant dans le salon à mon heure de levée habituelle, je l'avais trouvée déjà assise sur le divan, occupée à un mot croisé sur sa tablette.

Elle profitait de l'acquis et de la quiétude du matin avant que ses enfants ne se lèvent et nous entraînent dans le tourbillon de la journée. Pour la première fois depuis qu'elle avait quitté la maison à vingt ans, notre fille aînée était de retour pour deux jours de repos. Avec son plâtre, au bras droit, elle ne pouvait que difficilement assurer le quotidien des vacances de Carnaval. J'avais été cherché mes petits-enfants deux jours plus tôt et cela s'était très mal passé. La révolte grondait, sournoise, imprévisible dans ses développements. J'avais dus avec fermeté retenir sa fille qui bagages à la main, sans veste, voulait retourner chez son père où son confort semblait plus grand. L'alternance de la garde, rythmait leurs vies à présent et cette situation leur faisait mal. Ils n'avaient rien demandés et leur univers s'écroulait. Cette double vie ne leur convenait guère et il leur fallait un temps d'adaptation à chaque alternance.

Hier soir, l'ambiance festive autour d'une fondue avait ramené le calme. La nuit avait été complète et tranquille pour tous. Elle soufflait enfin.

Parenthèse d'intimité qui s'ouvre à l'aube. Cadeau de l'instant où l'on peut échanger à bâtons rompus, sans être dérangé, heureux de prendre pied dans une journée qui s'annonce sèche et ensoleillée.

Elle avait retrouvé tout son dynamisme et son cycle diurne après bien des nuits de garde à l'hôpital. Elle était en veine de confidence. Après quelques phrases banales, nous étions entrés dans la profondeur dans les valeurs essentielles de son nouveau quotidien.

Elle avait rejeté, par deux fois, ses années de cohabitation avec son compagnon. « Je ne veux plus de père, je veux un homme »

Elle avait fait semble-t-il, la synthèse de sa vie de mère qui voit l'autonomie de ses enfants grandir et qui mesure ses aspirations de femmes qui n'ont pas été satisfaites.

Sa nouvelle relation, trop fraîche, à mon goût ne lui avait guère donné le temps de réfléchir, avant d'envisager un nouveau départ. Elle faisait les deux choses en même temps.

Était-ce prématuré ? Allait-elle reconduire le même type de relations que la première fois. Elle semblait consciente de l'importance d'un bon choix, de la nécessité de rencontrer un homme qui la rende femme, qui l'accepte comme femme.

A 40 ans, elle avait posé la question fondamentale, clairement. À son âge, je n'en étais qu'aux balbutiements et commençait à sortir de l'image univoque qui m'animait ; celle de père et que je lui avais transmise bien inconsciemment.(1)

Après mon cheminement fait sur cette image de père, sans qu'elle en soit informée, elle me manifestait l'état de son évolution et de sa conclusion.

Mon travail s'était transmis dans l'inconscient familial et elle en exprimait de son côté ce qu'elle en avait perçu. Elle faisait dans la souffrance et la lucidité, un chemin d'intégration de celle-ci. Elle ne voulait pas rester dans la dualité père-mère mais souhaitait entrer dans celle d'homme-femme en passant d'un état à l'autre par un saut de paradigme, comme dans un tremblement de terre.

Elle avait à présent un filtre pour analyser ce qu'elle vivait dans sa nouvelle relation. Elle constatait la place de père qu'il était et qui s'occupait encore comme il le disait de ses petits de près de 20 ans.

Non, elle ne  voulait plus d'un père et elle le lui faisait savoir, elle voulait un homme.

Relation ambiguë qui pourrait n'être qu'éphémère si elle ne recevait pas la place qu'elle estimait devoir occuper.

Le plâtre qui immobilisait son bras droit était sans doute lié à cet état naissant où elle devait abandonner l'archétype de la mère pour entrer dans celui de la femme. Pour cela, elle devait mettre en jeu son système familial.

Son frère semblait appartenir à la classe des hommes du moins, c'est ainsi qu'elle le ressentait. En quittant la mère de ses enfants récemment et presque en même temps qu'elle, ne lui avait-il pas montré la voie qu'elle n'avait pas trouvée dans les deux dernières années noires qu'elle venait de vivre.

La crise de la famille, par leur décision, tournait autour de l'image de l'homme. Ce n'était pas dans les lectures qu'elle était abordée mais dans la réalité quotidienne. Ils avaient tranché en passant le Rubicon, en quittant un état pour l'autre.

Mon attitude passée, était moins nette. J'avais lutté au quotidien pour renforcer cette image pour être plus homme sans pouvoir passer nettement et rapidement d'un état à l'autre car j'avais pris le parti des petits pas, souvent conflictuels, sans avoir réussi semblait-il à atteindre nettement l'autre état.

En regardant le chemin parcouru et avec leur exemple, j'arriverai sans doute à faire une fois pour toutes, le point.

 (1) La comtoise.

27/02/2014

L'esprit de l'amazone.

amazone,image de l'homme,effe miroirEn route vers le supermarché, je m'étais fixé comme objectif d'être particulièrement attentif à mon environnement. Je souhaitais être réceptif à l'imprévu et ouvrais toutes grandes mes facultés de perception pour être en phase avec ce qui pouvait arriver. Cinq minutes plus tard dans la rangée habituelle du parking, deux espaces voisins étant disponibles je choisis celui de droite.

Pendant que mon attention était fixée dans le vide-poche pour prendre la pièce consigne du caddie, une petite voiture entra en trombe sur ma gauche, dans l'autre place de parking. Suite à cette manœuvre, il  m'était impossible d'ouvrir ma portière pour sortir tant ce véhicule, conduit par une jeune dame était proche du mien. Comme elle était à peine arrivée, je m'agitais, levant les bras pour manifester la chausse-trappe qu'elle m'offrait et l'impossibilité pour moi de sortir de la voiture. La colère me montait au nez. Ce manque de respect du code de conduite m'indisposait et me gênait fortement. Une telle situation ne m'avait, après toutes ces années de conduite, jamais été imposée. La conductrice comprit mes gestes et fit une manoeuvre de sortie et de rentrée pour se placer de manière respectueuse, me laissant finalement la place nécessaire pour sortir. Être pressé c'est une chose mais agir ainsi manque de délicatesse.

Si jeune et irrespectueuse du code et de l'étiquette sociale. Quelles pourraient être ses chances de succès si elle agissait ainsi dans un environnement de travail en marchant sur les pieds des uns et des autres. Son ego n'avait pas été modelé et construit socialement! Comment imaginer une autre hypothèse. En sortant je lui adressais quelques mots précisant mon point de vue ; disposer de la place nécessaire pour sortir. Ce n'était pas son souci. Elle se précipita vers le supermarché sans chercher à répondre et je la suivis, évitant l'esclandre.

Moi qui prévoyais, par mon attention, un moment d'imprévu, de rencontre j'étais servi : je ne rencontrais pas un ange, un messager mais un diable sortant d'un bénitier.

Lors de mes achats j'essayais de deviner le sens de ce moment-surprise-.

Ma voiture représentait mon autonomie, ma manière de vivre, d'être libre et je me faisais clore le bec par une image féminine impétueuse et égocentrique. Curieux moment, invitation à décoder, Non! Mon image d'homme en prenait un coup. N'était-ce pas le retour du thème qui m'avait traversé et qui de nouveau revenait à table ? (1)  Dans mon image d'homme (2), j'étais empêché muselé presque par l'image féminine de l'Amazone, de la guerrière qui voulait en découdre.

Qu'est-ce qui à nouveau, avait constellé mon inconscient pour être mis en face de cet archétype de la guerrière ?

La faiblesse de l'homme, de l'attitude face la vie ?

Est-ce qu'encore, j'étais mené par le bout du nez ?  Était-ce un résidu de mes attitudes non viriles, non persuasives ?

J'essayais pourtant de prendre ma place d'homme de marquer mon territoire, mon espace vital.

Ces dernières semaines, j'étais confronté à un symptôme physique gênant. L'envie impérieuse d'uriner qui pouvait avoir une cause physique profonde ou pourquoi pas, une cause symbolique. Le territoire à marquer comme le font, par exemple, les chats mâles.

Cet aspect inconfortable, désagréable était entré dans mon existence au moment où j'apprenais que mon fils quittait sa compagne, qu'il quittait l'univers de la mère pour entrer dans l'univers d'une autre femme sans doute, qu'il se retrouvait en chasse sur le territoire du désir ou du besoin.

Son choix renversait les valeurs établies du clan, clan qui avait atteint sa capacité de procréation.

Il remettait en route l'esprit du conquérant après une pause pour constituer sa famille, il repartait en chasse.

L'esprit de l'Amazone reprenait sa chevauchée, rentrait en scène et secouait le clan.

(1) Féminité, année 2000

(2) L'image de l'homme.