20/06/2011

Lettre oubliée à ma fille.

féminité,introspection,héréditéChronique de l’été 2000 – Extrait.

Chère fille,

C'est pour moi l'occasion de prolonger notre entretien par ce petit mot pour reprendre plus en détail l'essentiel de ce que je crois avoir entendu. Ce que tu vis me touche et la nature de ta relation avec ton ami aussi. Je suis à la fois toi, et un peu après, lui. Dans ce que tu dis, dans ce que tu ressens, dans ce qu'il fait et ce qu'il ne fait pas.

La vie de couple est une aventure à deux, mais les deux sont comme les piliers d'un temple dit Khahil Gibran. Ils sont distants, d'une identité propre, chacun dans son histoire, ses possibilités, ses moyens, son état de conscience et d'ouverture.

Fondamentalement chacun est seul comme l'écureuil que je viens de voir passer au jardin en cherchant l'inspiration. Parfois c'est un parcours à deux comme le couple de papillons jaunes qui vient de croiser le trajet de l'écureuil dans un ballet duo. On est seul, on est deux, On voudrait partager un événement profond et personne n'y est sensible au moment où l’on veut le partager parce que le "moment juste" n'est pas là. Des fois, l’on peut-être entendu mais pas nécessairement par celui avec qui l’on veux partager.

J'ai beaucoup réfléchi au "moment juste", c'est le moment qui passe et qu'il faut  choisir pour parler mais il suit ou précède souvent celui de notre choix. On n'est pas entendu, c'est alors l'impasse et l'incompréhension.

Les attentes tuent la relation, dit-on à "Mariage Rencontre", j'attends de l'autre qu'il... et je ne suis pas attentif à ce qui se passe, je suis occupé à vouloir me dire, à parler de moi. Est-ce le moment juste qui pourra me relier à l'autre et est-ce l'échange qui va me porter ? C’est pourtant ce dont j'ai besoin. Rien n'est facile et notre histoire familiale bien complexe, dans ses interactions, ses non-dits, ses peurs, ses angoisses ne nous aide pas toujours.

Quand tu voulais lui parler de "Choice" pour exprimer ton vécu, les choses vivantes qui te parcouraient, qui t'émerveillaient sans doute, tu n'as pas trouver d'écho. Il n'a pas lu ce que tu avais écrit, le cadeau que tu lui faisais de toi, il ne l'a pas pris. Tu étais entrée dans un autre monde, mais tu parlais l'esperanto et tu voulais être comprise dans cette nouvelle langue. Tu attendais un échange comme avec le groupe et tu ne l'as pas eue. Tu t'es trouvée seule. Il ne t'a pas maternée. Tu lui en voulais.

Avancer dans la compréhension de soi, faire la découverte d'une perception neuve qui libère, t'a fait découvrir la différence et le bonheur de trouver de te trouver, de dénouer en toi un noeud passé, d'être libérée. Tu es libérée. Tu es autre, tu es différente. Entrer dans un tel domaine, c'est être un explorateur qui découvre la Chine, il sait ce que c'est mais les autres ne le savent pas, le conjoint, l'ami aussi s'y perd. C'est le revers de la médaille. Il n'y a plus que très peu de personnes avec qui l’on est capable de communiquer à ce niveau. Tu n'en rencontreras pas beaucoup sinon ceux qui ont souffert dans leur chair et qui ont accepté et traversé leur épreuve.

Penses à la dame aux ulcères que tu soignais !. Combien de malades et de biens portants ont atteint l'étape de se dire qu'est ce qui vit en moi ? Quel est le sens de cette expérience. Que vais-je affronter, si je me regarde.

Tu te regardes très fort, il vaut mieux à petite dose quand les choses viennent. A chaque jour suffit sa peine. Tu recevras de ton entourage, l'attention, l'aide dont tu as besoin.

Une impression qui me touche maintenant est la place de la féminité dans mon clan. Je suis un homme qui a laissé trop de place à son côté féminin. J'ai été avec vous mes trois enfants, une sorte de papa poule et ce n'est pas bon. Mon côté normatif n'a pas assez pris de place, n'a pas mis des limites. C'est difficile pour les filles d'un tel père leur relation avec les hommes,  ai-je lu cette semaine.

C'est soi-même qu'on doit apprendre à materner, qui mieux que nous sait ce qui lui fait du bien. Ce n'est pas de l'égoïsme, ce n'est pas se centrer sur soi. C'est ne pas faire de soi quelqu'un en attente des autres mais quelqu'un qui peut communiquer avec les autres et tant mieux si c'est sur la découverte fine d'un aspect de soi, sinon il faut se taire et viendra plus tard le "moment juste".

Bisous

 

Ton père 

10/03/2010

Le fil d'Ariane

Ariane

La table d’écriture se terminait. L’animatrice nous avait distribué le thème de la prochaine rencontre. Le « Voyage au coeur du labyrinthe. » Sous l’encadré du thème en 4 lignes, la photo en noir et blanc d’un labyrinthe.


Le thème.

Du texte, j’étais passé dans l’image de manière subliminale. Je venais d’être touché dans un lieu intérieur et en sortais groggy. Il n’y avait pas de mots pour décrire cette impression diffuse mais forte, de l’ordre du ressenti. Une vague d’émotion m’avait submergé et mis à l’arrêt, comme peut le faire un disjoncteur différentiel pour une installation électrique. Quelques instants plus tard, machinalement, je fouillais mon sac à la recherche de mon portefeuille sorti en début de session pour l’achat d’un livre, et ne le trouvais pas. Il avait disparu. Mon sac posé sur la chaise ne contenait que le grand agenda, mes clés, un livre de lecture pour le voyage, les feuilles des sessions précédentes et ma casquette. Dans les trois compartiments visités et revisités, il n’apparaissait plus, dans les poches intérieures de ma veste, non plus. La panique me saisit. Où était mon portefeuille, mes cartes, mon argent. Je ne pouvais sortir du saisissement, prendre du recul, quand une des participantes me dit ;
« Ne cherche plus dans ton sac, le portefeuille est sous la chaise. » « Vraiment me dit l’animatrice, tu oublies les choses. »
A la session précédente, c’était ma casquette que j’avais laissée sur le divan. Je venais de la récupérer.
L’incident clos, je pris le chemin du retour, en bus et en train comme d’habitude. L’événement n’avait pas de sens ce jour là, ce n’est que sur le matin, dans la phase de réveil que les éléments de cet incident revinrent à la surface, se mélangeant, prenant forme, prenant sens. Perte de ma tête (symbolisée par la casquette) et de mon identité (symbolisée par le porte feuille).
Le saisissement avait été grand, m’avait secoué profondément et les échanges énergétiques intérieurs se poursuivaient encore sous mon regard d’observateur. Deux images s’opposaient, dialoguaient même tant et si bien que je pouvais le voir ainsi. 


Au puzzle, s’opposait le labyrinthe.

Le puzzle était le leitmotiv de ma quête des années précédentes. C’était l’image de tous les éléments que j’avais assemblé, les uns après les autres, sans en connaître la raison ultime, que j’avais collectionné dans ma conviction qu’un jour, ils auraient leur place dans le paysage qui ne manquerait pas d’apparaître. Eléments disparates qui venaient à certains moments comme des intrus dans le fil quotidien de la vie, de mes relations, me posant question. Vainement, j’essayais d’en trouver le sens, de trouver le fil rouge qui les reliait et ce fil me conduisait maintenant au mythe du Minotaure et de son action dans l’espace du labyrinthe.
L’image de deux plans différents tournait dans ma tête. Le plan du puzzle et le plan du labyrinthe vu sur la feuille guide de la prochaine session d’écriture. Qu’avaient-ils en commun. Les deux plans se croisèrent et une intuition me traversa. On ne pouvait passer d’un plan à l’autre que par leur intersection et ainsi entrer dans l’espace, quitter les plans. Le vecteur d’intersection était l’élévation, la troisième dimension.
De l’observateur qui voit le plan et qui ne sait rien y faire parce qu’il ne lui appartient pas, vu sa situation, avec cette nouvelle vue, cette construction, cette rencontre donnée par les deux plans, j’étais devenu l’acteur en me situant dans la droite de rencontre des plans. Je pouvais entrer dans le labyrinthe et commencer à le parcourir par le vecteur de l’intersection.
Le puzzle n’était que la phase initiale où il m’avait fallu rassembler, associer et intégrer. Là, j’étais devenu plus unifié rencontrant, accumulant diverses forces intérieures. Mon univers devenait plus large, par l’intersection, je passais de l’agrégation des éléments dans ma conscience, à la quête. Je pouvais m’imaginer marchant vers le centre, à l’aveuglette sans doute mais conscient que là devant si pas aujourd’hui demain, en refaisant une marche arrière, en repartant, j’atteindrais un point de plus en plus proche de l’objectif de ma quête.
Détail amusant, hier j’ai sorti de mon oreille droite, une quantité importante de cérumen, agrégé par des gouttes auriculaires comme un témoignage extérieur du dégagement physique de ce qui m’empêchait de mieux entendre.

Dans mon cheminement, dans mes textes, deux plans se télescopaient régulièrement, ce qui était du domaine de la prise de conscience, de l’intégration, de l’image du puzzle, ce qui était du champ de l’action, de l’autonomie et qui se rapportait au labyrinthe. Se distinguaient


-                     -    le fil rouge qui était plus le fil de raccommodage des éléments blessés, épars et la quête de soi

-   le fil d’Ariane qui avait rapport à la quête du Soi