13/05/2010

Tables d'écriture.

Le fil d'Ariane

L’image du puzzle qui m’avait servi plusieurs fois dans le passé venait de s’envoler pour être remplacée par une autre celle du labyrinthe. Celui-ci était aussi une pièce du puzzle mais dans un réarrangement saisissant, comme pouvait l’être la cristallisation d’un liquide en surfusion, et il venait d’apparaître essentiel, au bon moment, sous mes yeux. 
L’image remise par l’organisatrice de la table d’écriture dansait sous mes yeux, comme une révélation, un élément inconnu mais essentiel. S’il y avait en moi, l’image du fil rouge, du fil d’Ariane et du mythe grec, il n’y avait pas la structure dans laquelle ce fil prenait son importance. Au fond, j’étais dissocié, il y avait d’une part les images éparses d’expériences différentes et d’autre part le cheminement qui s’étaient succédés. Une idée que quelque chose les reliait, vers un lointain objectif, mais il n’y avait pas la notion de l’environnement. Les deux n’étaient pas associés, ne faisaient pas partie du même ensemble.
Cette image inconnue, du labyrinthe, vibrait sous mes yeux, je la recevais comme un flash vibrant, une métanoïa. Tous les obstacles avaient essayé de me faire changer de direction, aveuglément. J’avais poursuivi mon chemin, dans un autre sens, comme je le pouvais. A présent, j’étais au-dessus, le sens du chemin dans le labyrinthe entrait en moi comme une vibration.

A cette image vibrante, renversante s’associait la recherche de mon portefeuille, et la fouille vaine dans mon sac à bandoulière posé sur une chaise. Je passais et repassais en revue, les poches de ma veste, celles du sac. Il restait introuvable, inaccessible, je ne pouvais le voir, le sentir, en reprendre possession. Il n’était pas perdu dans la rue, mais sur place car j’en avais tiré un feuillet, et je ne le trouvais pas. Il restait inaccessible. En panique, je cherchais dans la voie sans issue des poches diverses. Ma voisine, sur le départ, m’indiqua qu’il s’était glissé sous ma chaise. Il me suffisait de changer ma ligne de mire, de pencher la tête pour le retrouver. Ces deux sensations, l’image et la disparition du symbole de mon identité mettaient en scène le mouvement intérieur, le cheminement et ma totalité. C’était puissant, archaïque presque.
Un point de retournement venait d’être acté, à ma grande surprise et inscrivait dans ma mémoire le moment le plus émotif de ces tables d’écriture. Mon mental rejoignait ma sensation dans une fusion, un lien au niveau de ma posture. D’être coupé en deux, n’était plus l’image juste, je devenais plus un, comme jamais avant, je me retrouvais. La dissociation, la sensation d’être coupé en deux dont je parlais quelquefois semblait avoir disparu.
C’était étrange d’être propulsé par une image dans ce monde de sensation. Quittant ce lieu en déroute, je repris l’escalier groggy, essayant d’assimiler cette vision-sensation unique, sans mots. Mes traces de vie qui percolaient au fur et à mesure, n’avaient plus l’aspect épars des pièces d’un puzzle mais une forme avec des espaces creux s’était mise en place, il convenait d’en explorer les chemins possibles vers la solution. D’un état de dispersion à une agrégation comme dans la cristallisation.

L’antique jeu de l’oie, image de la session suivante apporta aussi sa charge émotionnelle, sa projection, sa vision. C’était un outil neuf qui à sa manière rassemblait les moments décrits dans les traces de ma vie, en une procession vers un but a présent défini, un parcours avec toutes ses difficultés, une manière rationnelle de les assimiler, de les vivre. Ces images avaient une charge émotionnelle dans le cadre de ces traces de vie et j’en étais soufflé.
C’était l’évidence et jamais ces images n’avaient traversé mes pensées. Avec celles-ci, les impressions ressenties, figées dans l’écriture quittaient le domaine du mental, pour se rapprocher des niveaux de sensation, pour faire la jonction, le synthèse des deux. Lors de la dernière session d’écriture, la neuvième, l’image d’un plat en corde en spirale, à la place d’honneur sur un mur mitoyen du living où avait lieu les sessions, me toucha à son tour, comme le pas suivant. C’était le bouquet dans cette série d’images. Elle confirmait qu’au fond le chemin était d’aller au centre, vers son centre, vers ce qui fait ce qui je suis malgré les incidents de la vie, d’aller par approche successives vers mon centre, vers ce qui me fonde depuis que j’ai entamé mon incarnation.

Spirale-55