08/12/2012

Le livre en céramique.

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Le livre en céramique.

Lors d'un parcours d'artiste, dans une commune voisine, mon attention s'était fixée immédiatement sur la reproduction d'un livre ouvert en céramique. Il semblait patiné par le temps, proche de la déliquescence : quelques bords de pages cornées, portaient des taches brunes marquant comme un souffrance due à un incendie. J’étais entré immédiatement en phase avec ce travail d'artiste. L'acheter sur un coup de tête, sur le moment m’était impossible: ma nature prudente, réservée, ne me permettait pas ce genre d'action spontanée ; je tournais autour du pot, hésitais, reportait au lendemain un choix éventuel. Contrairement à mes tentatives fréquentes d'évitement, d'action reportée, vu la profondeur de l’effet de surprise, j'avais téléphoné quelques jours après et convenu avec l'artiste de lui en acheter un exemplaire.

 

Une fois, en possession de l'objet, je ne savais qu'en faire, ni où le mettre. C'était comme un trésor à ne pas partager, à garder par prudence à l'abri, à considérer comme un jardin secret. De retour à la maison dans son emballage de plastique à bulles, je l'avais mis aussitôt au fond d'une boîte à chaussures, me sentant même empêché d’en parler à mon épouse. Il est vrai qu’elle avait accueilli mon premier texte « Re-Naissance » comme essentiellement pleins de fautes d’orthographes.

 

Le moment de le mettre en vue n'était pas encore arrivé. D'ailleurs aurait-il sa place dans notre intérieur ? Peu d'emplacements semblaient adaptés.

Le temps passant ma boîte à chaussures s'était remplie de vieux CD, de promotions pour l’internet et l'objet emballé placé au fond avait totalement disparu de ma vue.

Le mois dernier pour faire plaisir à ma fille, je lui avais acheté un armoire étroite de classement dont elle se débarrassait et de ce fait, contraint de réaménager mon bureau pour l'installer. Quelques livres jaunis, de vieilles revues étaient passées à la trappe et en examinant l'intérêt actuel d'une boîte à chaussures conservant les vieux CD-ROM, j'avais retrouvé sous ceux-ci le livre en céramique caché par son emballage.

 

L'émotion m'avait surpris

Cette céramique n'avait plus sa place dans le fond de la boîte, c'était un objet d'art non pas universel mais qui me faisait toujours vibrer.

Alors que faisait-il là, dans le noir ?

En moi depuis cet achat, une incertitude avait disparu : mon écriture avait du sens. Les deux pages de prose, lues à un petit cercle de participants à des tables d’écriture m’avaient affranchi. Je ne pouvais plus le garder sous le boisseau, je me devais d’oublier les critiques acerbes passées et présentes. J'avais à relever la tête, à laisser libre cours à cette écriture qui me traverse la main.

 

Il me fallait mettre au jour les petites flammes de vie qui me traversent à l'occasion, les associations de mots qui me sont données au fin fond de ma carcasse. J'avais un devoir de transmission, de création par les mots qui s'associent et se croisent sous mon regard. Longtemps j'avais hésité à mettre à jour ce qui me traversait. Ce blog était aussi resté longtemps, l'objet d'une intense discrétion comme si j'étais coupable d'afficher un état d'âme.

 

Mon premier texte ne fut d'ailleurs écrit qu'à la fin de la vie de ma mère, comme si je ne pouvais remuer le passé en moi car ce passé lui était souffrance. Il avait aussi fallu que mon cadre de référence professionnelle soit brisé. De la tour d'ivoire symbolisée par le WTC où je travaillais, je fus précipité un jour sur la route comme agent commercial

Dans la tourmente que cela représentait pour moi, j'avais découvert l'écriture pendant mes temps de pause en solitaire. Ce moyen d'expression avait pris corps et sens lentement.

Sur l'armoire encastrée sous la pente du toit, en dessous du Velux le livre en céramique a vu une 2e fois le jour.

Parcours curieux symbole extérieur d'une mutation intérieure le pas vers la lumière, le pas vers une écriture qui ne souffre plus d'être bridée, qui s'expose en mots et en sensations sur les pages blanches.