15/01/2013

Le lien entre mère et filles.


énurésie, lien entre mère-filleÀ l'occasion de la Saint-Nicolas, j'avais choisi de faire nos achats dans le supermarché, entrepôt situé au bout du shopping center. 
Comme je n'y allais pas souvent, j'avais toutes les peines du monde à trouver dans les rayons les différents articles. Mon attention scrutait les rayons et les prix quand surprise : mon prénom retentit au bout de l'allée vide de clients.

Une voisine m'interpellait à la sicilienne : avec l'emphase et le peu de discrétion qui, pour moi, les caractérisent. On ne s'était plus rencontré depuis des mois et c'était l'occasion de refaire le point, de parler, surtout de ses activités caritatives. Avec son groupe de femmes, elle anime divers ateliers tournant autour de la mode, de la couture à partir de tissus et vêtements récupérés. Souvent aussi, elle accueille des femmes en détresse.

Sa manière d'aborder les sujets est unique : remplie d'idées, elle projette, lance,  essaye de réaliser des activités concrètes en oubliant parfois la réalité du terrain, l'indifférence à son dynamisme parfois pesant. C'était un plaisir chaque fois de l'entendre développer ses projets plus du genre château en Espagne que réalité concrète. Toujours sur un nouveau projet, elle entraîne d'une main de maître celles qui acceptent sa manière un peu dispersée d'emballer son monde.

Elle a le cœur sur la main et pas mal d'expérience de soutien pour celles qui ont les ailes blessées, qui dépriment. Elle sait, semble-t-il, y faire avec la dépression, elle en a vu d'autres, plusieurs. Elle me précise qu'au fond, quand une mère voit que son enfant n'a plus besoin d'elle, qu'il s'autonomise, elle se sent inutile et déprime plus ou moins fort. Elle met aussi en valeur la manière sicilienne qu'on les mères, entre elles, de mettre des paroles sur cette séparation, sur ce chemin à parcourir nécessairement, celui du détachement. Elle était remplie de vérité, de bon sens et j'ai retrouvé une idée, la nécessité non pas aller chez le psy mais de profiter de l'expérience des unes et des autres au cours d'un atelier commun. Occuper les mains pour que l'esprit se libère et que l'échange se produise.

N'était-ce pas la meilleure thérapie entre pairs, échanger, parler, se dire plutôt que de se retrouver seul, devant son feuilleton TV, dans ses Charentaises, à ruminer. Après une bonne dizaine de minutes de conversation, j'étais retourné à mon exploration pour ramener les denrées alimentaires nécessaires.

Quelque temps plus tard, un mail échangé à propos du "retour de l'alèse" avec ma correctrice, m'amena à réfléchir sur une autre dimension au sujet de la propreté nocturne de ma petite-fille : sa filleule en était aussi victime mais dans un contexte familial difficile confronté à la promiscuité.

Du mélange de ces idées, la rupture du lien mère-enfant, le contexte familial qui entraîne l'énurésie et le lien dans la lignée des mères, dans le groupe social, ma réflexion était repartie.

Ma petite-fille vit dans un milieu confortable qui ne pèse pas sur son comportement, au contraire ; son énurésie ne peut provenir d'une proximité physique trop grande mais bien d'une proximité psychologique trop marquée.

Le détachement douloureux que mon amie exposait dans le groupe des dépressives était apparemment plus la cause fondamentale à considérer entre ma fille et ma petite-fille. Comme indice de ce détachement à mettre en chantier, à compléter, elle m'avait dit, le mois dernier, combien elle sentait que le besoin d'elle, qu'avaient ses enfants, se rétrécissait de plus en plus. À son niveau, la difficulté à couper le cordon avec la chair de sa chair et la dépression qu'elle subissait pouvaient être l'expression de cette souffrance de détachement.

J'observais aussi le comportement nouvellement agressif de sa fille et de la nécessité de consulter un psychologue pour en atténuer les effets ; avec son dernier, d'ailleurs, le travail n'était nulle part.

Trace d'un passé où la coupure n'a pas été bien faite suffisamment tôt.

Ce fait me semblait à présent, éclairer l'impossibilité profonde de rompre le lien fusionnel dans la lignée. Cela s'était marqué pour nos enfants par l'impossibilité de ma femme à lâcher les baskets de sa dernière qui avait longtemps été énurétique et qui ne se privait pas maintenant, par son agressivité à marquer la distance physique avec sa mère. Entre elles d'ailleurs depuis des années, le lien était très distant et l'échange par téléphone ressemblait plus à une conversation en morse par signaux courts et brefs qu'à un échange chaleureux et sympathique. Quoi que : hier, j’ai été surpris par un échange long et profond de celle-ci, à propos de sa journée de stage, à faire en fin de semaine.

Ma plus jeune abordait des états d’âme, ses hésitations à propos de ses nouveaux cours préparant une activité future qui n’entrait guère dans sa manière d’être. Elle n’était pas en phase avec elle-même et voulait se lancer dans des activités qu’elle aurait peine à assumer.

En fin de conversation, elle n’avait pas voulu me parler comme pour me tenir à distance, pour bien marquer la nature de la relation, entièrement tournée vers sa mère. Conversation qui semblait ouvrir un espace nouveau entre elles.