19/04/2009

L'aîné.

fratrie,lien familial

La conversation avait quitté le domaine technique de son raccordement à l’Internet et s’était déplacée vers sa vie quotidienne. L’isolement lui pesait. Lui, le joli cœur qui volait de conquête en conquête, était à présent dans sa chaise roulante, dans un appartement au rez de chaussée d’une impasse. La gent féminine l’attirait toujours autant, et à l’entendre ses succès se poursuivaient car il savait disait-il parler aux femmes.
Sans trop de précaution, je lui avais émis l’hypothèse qu’il était habité, squatté par l’esprit d’une femme qu’il laissait oeuvrer à la mise en confiance de sa proie avant de lui faire « craque, craque, biscotte » comme dit ma plus jeune fille.
Il semblait dans le récit de ses conquêtes, posséder une stratégie sans doute, mais plus un radar qui lui laissait percevoir et évaluer les chances de succès auprès de celles qu’il rencontraient.
De l’imaginer ainsi habité, ne l’avait guère surpris au contraire, il avait embrayé et donné deux détails vestimentaires appropriés à l’hypothèse ; la sacoche et la cape.


 

L’élément féminin.

 

L’idée qu’une personnalité l’occupait ainsi, comme hôte, venait d’une lecture faite l’année dernière dans un livre d’un psychologue anglais et d’une certaine manière, je m’y étais retrouvé moi aussi mais dans une moindre mesure. A présent, de percevoir que nous partagions ce même type de personnalité, me renvoyait à notre mère qui nous avait porté l’un après l’autre pendant 9 mois. Nous étions issus du même moule, du même héritage psychologique. 
Lui comme moi avions dans des mesures différentes, perçu un impensé chez notre mère, porté celui-ci et tenté d’y apporter notre réponse. Nous étions tous deux dans une dualité, une entité mystérieuse nous habitait. 
L’hypothèse des prénoms commençant par M. à peine émise, je m’étais retrouvé dans un groupe d’évolution personnel, à droite d’une femme d’abord, puis séparé d’elle par la dernière arrivée vu l’espace disponible entre nous.
A la fin de la session de méditation, je constatais avec ébahissement que la première portait le même prénom que sa maîtresse et que celle qui nous avait séparé portait aussi un prénom commençant par M et dérivé de Marie. Moi aussi après avoir ouvert la question du M, j’étais plongé dans les prénoms commençant par cette lettre.
 Un destin commun nous liait dans le présent comme pour mettre en évidence que nous étions de la même matrice. Tous les deux, nous étions en quête d’une autre, lui d’une manière maladive moi d’une manière plus subtile et récente.
Neuf mois de présence dans le giron d’une mère, nous avait donné le temps d’être imprégné d’un élément essentiel d’une quête et lui d’une manière plus forte car il en avait été le premier habitant.
Ces successions d’idées, me rendaient mal à l’aise car elles étaient en dehors des schémas habituels de pensée et de la tradition. On était supposé naître comme une feuille de papier blanc simplement parce qu’un jour, on avait débarqué dans le monde aérien. On était supposé innocent, démarrant dans la vie affective et intellectuelle, imprégné au fur et à mesure des expériences rencontrées simplement.


 

Le passé.

 


Il y avait pourtant des indices nombreux que ce n’était pas seulement la couleur des yeux ou la longueur du nez qui étaient transmises, au delà de la génétique, il y avait un monde de sensations, un ensemble de mémoires passées qui nous habitaient.
Pour le dire en terme informatique, le cd-rom avait déjà une partie de sa capacité d’enregistrement occupée par d’anciennes données, le cd-rom n’avait pour situer l’idée qu’une capacité libre de 60%,et donc que 40% étaient déjà occupés. L’application pour les lire n’appartenait pas aux domaines fréquentés habituellement, le code en était bien plus subtil, plus complexe et le contenu pesait sur la partie vierge.
Une séance de psychogénéalogie était d’ailleurs le moyen idéal pour en décoder une partie, pour entrer dans l’acceptation qu’au fond, nous étions imprégnés de problèmes de nos parents, de la quête irrésolue qu’ils portaient en eux. A cette constatation, on pouvait fermer les yeux et faire table rase ou dire « Tiens à y regarder de plus près, quels seraient mes découvertes, mes bénéfices ?»



 

Par ce blog, j’avais choisi d’ouvrir les yeux, de porter mon attention et de voir le film qui se déroulait sous mes yeux.