18/09/2015

"La corde sensible" versus notre univers.

Alors que je m’apprêtais à quitter le bain début Février 2003, l’image représentant « La corde sensible » de Magritte me traversa la tête, inattendue, surprenante. Après prise de distance, elle m’apparu comme synthèse des évènements qui venaient de se passer, comme la symbolisation du problème évoqué de féminité empêchée. La compréhension m’était imposée comme un enseignement sous-jacent à la conscience et à l’univers des mots où je navigue habituellement.

Informée de mon souhait de lui offrir dans la continuité de nos échanges et de la découverte apportée par la kinésiologue, un encadrement présentant cette image de la féminité menacée, ma plus jeune fille accepta volontiers.

 Comme ma belle sœur en était la spécialiste, par téléphone, je lui avais proposé de prendre en charge la commande de l’image et la mise sous cadre. « Mais tu sais me dit-elle, moi je ne fais ce genre de travail, que s’il y a des passe-partout, (montage en carton qui sépare l’image du cadre.)  Je ne travaille pas si cela n’en vaut pas la peine, en effet, pour moi, c’est dans le passe-partout qu’est la valeur ajoutée .Tu peux donc le faire toi-même. 

Curieuse réaction de sa part. Comme si elle se méfiait de l’image ou de mes interprétations, elle écartait brusquement la relation et la coopération autour du symbole de l’image pour des raisons qui n’étaient que sa projection. Par cette demande, j’étais sans doute en train de lui projeter des symboles qu’elle même ne voulait pas affronter, de la confronter au secret maternel et, méfiante pour continuer à se protéger du fantôme, elle rejetait la proposition de coopération.

 Avait-elle en vue le poster d’un tableau de Magritte qui trône dans mon salon et qui fût encadré, il y a dix ans, sans passe-partout. Etait-ce une raison pour supposer le même choix et ne pas suivre son conseil, son apport technique et artistique.

 La vivacité de ses propos toujours aussi constante et nécessitant presque une bataille d’argument, j’abandonnai l’idée de lui passer commande. Nous n’étions pas sur la même longueur d’onde et surtout pas sur celle qui était symbolisée.

Chez un encadreur local ou nous avions pris rendez-vous ma fille et moi, l’affaire fut conclue après son accord sur la symbolique et la dimension du cadre.

Le tableau « La corde sensible » représentait dans un paysage, un immense verre sur pied recevant un nuage. Le nuage me semblait le symbole d’une féminité, et le verre comme le symbole des attitudes qui ne transparaissent pas, et qui empêchaient la réalisation de celle-ci. Un mode de fonctionnement dans la vie coupait celle qui en était porteuse d’un contact avec sa nature profonde.

Ce tableau devenait l’expression d’une féminité empêchée dans sa complète dimension. Sa circulation normale comme celle du cycle de l’eau qui tombe pour féconder la terre, s’évapore et revient en une ronde naturelle était bloquée par cet obstacle invisible que constituait la paroi du verre..

C’était me semblait-il une métaphore, empêcher la nature profonde de la femme d’être séparée de ses racines pour y prendre le flux de la vie et plus particulièrement pour elle c’était de se relier vraiment à sa nature de femme en évitant de tomber dans le piège d’ une fidélité injustifiée à la peur et à l’angoisse vécue par la grand-mère.

C’était un rappel mural exprimant le danger de ne pas rechercher le plus souvent possible un mode de vie sain et profitable respectant ce qu’elle était profondément.

Ce thème de la féminité avait d’ailleurs déjà été abordé quelques années plus tôt dans la facette de la relation à l’homme. Son attitude de garçon manqué venait de son choix involontaire de vouloir entrer dans le monde des hommes tant par mon manque en tant que père de la confirmer dans mes regards et ma démarche en tant que fille que de la peur ressentie côté féminin d’une acceptation profonde des risques de la féminité.

 Comment être une vraie femme, si en face de la part du premier homme rencontré, le père il n’y a pas une invitation, une confirmation à être ce qu’elle est par approbation de toutes les attitudes qui y conduisent.

Comme être une vraie femme, si de la part de la mère, il n’y a pas transmission de cette profonde acceptation de la nature féminine pour servir d’identification et de modèle.

Tentative d’équilibre de la femme face à sa nature pour entrer dans la relation à l’homme entièrement relié à sa nature profonde comme l’évoque pour moi le tableau du même peintre et dont le titre est « La bataille de l’Argonne ».

 A l’aide les symboles du yin et du yang, j’essayais d’abord de faire la clarté en moi tant dans mes attitudes que dans celle du clan familial pour comprendre les choses qui nous gouvernent à notre insu.

Observation difficile car j’étais partie du problème d’une part et que tout indice relevé pouvait être vu sous un autre angle et conduire à une conclusion différente.

Qu’elle avait été ma part dans cette histoire du château. Quelque part faisait écho à mes remarques, mes peurs, mes propres fidélités a mon passé, a mon père et à ma mère, à ma grand-mère.

Si le yin et le yang, la féminité et la masculinité étaient en cause mon pilum familial n’en était pas exclu.

J’avais ma part d’implication, de responsabilité dans les évènements.

 

 

 

 

 

21/04/2011

Merles et Mésanges

symboliste,lignée des mèresLes va et vient répétés et nécessaires à la construction de son nid, n'avaient mis la puce à l'oreille. J'avais après un certain temps été examiné le lierre, sur le coin de la terrasse, pour voir si son oeuvre était complétée et elle l'était. Une fois de plus, je ne pouvais qu'admirer la méthode et le résultat. Parfait, un nid bien rond, profond construit avec de nombreux brins d'herbes longs et secs.

L'année dernière déjà, j'en avais observé un dans la haie de thuyas, tout en haut. Celui de cette année semblait être placé  dans un endroit plein  de danger car il était juste à hauteur de mon nez et bien trop visible à mon goût. Pourquoi n'avait-t-il pas construit son nid dans une haie bien plus sombre,  bien plus sure. J'imaginais que c'était à cause de l'hiver long et froid qui l'avait bien  éprouvé et qu'il se rapprochait, cherchant plus de convivialité ou mon attention. Il pouvait aussi être en symbiose avec la nourriture, que fidèlement tout l'hiver, j'avais mise à disposition des oiseaux. La confiance envers nous ayant augmenté, pourquoi ne pas se rapprocher.

Curieusement cette année, de l'autre côté de la terrasse, dans le nichoir que j'avais suspendu, un couple de mésanges avait fait aussi son nid et s'activait. Fait exceptionnel, deux oiseaux nichaient chez moi à portée de main.

En allant voir de plus près coté merle, j'avais après un peu d'hésitation quant à l'endroit où il se situait, retrouvé finalement le nid et vu quatre oeufs à taches vertes.Comme il me semblait abandonné le lendemain inquiet, en le cherchant j'avais trouvé la merlette couvant.

Deux mères s'activaient près de moi.

 symbolisme,lignée des mères, héréditéFait étonnant dans la dimension humaine, cette semaine mes filles passaient ensemble, pour la première fois, une semaine de vacances d'hiver. Deux mères aussi qui avaient laissé leurs enfants à la garde des hommes abandonnant devoir et charges pour se détendre en Suisse.

Une association se fit, un amalgame entre le souvenir de  Germaine, l'arrière-grand-mère maternelle et la présence de ses deux arrières petites filles dans la montagne en Suisse. Comme si par magie, elles voulaient reprendre contact, à elle deux, avec cette ancêtre, recluse en sanatorium au cours d’une pneumonie qui allait l’emporter.

Mes filles créaient un  nouvel espace de sécurité et de convivialité qui avait tant manqué dans les générations précédentes.  Remplacer symboliquement la situation de désespoir de l'une, phtisique, par leur démarche de réconciliation et de joie. Fermer cette parenthèse d'absence de tendresse, de solitude, d’abandon de ses filles et la rejouer symboliquement par une atmosphère de joie pour  l'effacer dans l'inconscient des mères. Reprise théâtrale d’une rupture d’affection en cette fin d’hiver, avec d’autres actrices, d’autres sentiments.  Pèlerinage de guérison.

La comparaison de ces deux univers semblait incongrue. Seule la qualité de mère servait de lien. Les caractéristiques physiques du merle et de la mésange, si différente, me renvoyait à l’image de mes filles.

D'un côté un noir brillant, une taille confortable, un vol lourd, une démarche plus visible moins fragile ; de l'autre côté des couleurs vives dont le bleu, une petite taille, un vol léger une grande discrétion et une fragilité certaine, lorsqu’elle virevoltait autour des graines et les boules de graisse mise à leur disposition ou quand elles s’accrochaient à l’entrée du nichoir.

Côté filles autant de différence sur le plan physique l'une bien en forme, solide, entière, carré et même pesante, l'autre, mince, fragile, hésitante, ronde à ses heures, distante.

L'après-midi de tendresse, d'attention, autour du thème -s'occuper de soi- les avait réunies, lors de la déprime de l’aînée. Une semaine de détente pour le plaisir et la forme les mettait à nouveau en présence l’une de l’autre. Je ne pouvais qu'applaudir me réjouir de ce moment fort, ouvrant une relation neuve qui construirait dans leur mémoire un lien supplémentaire.

 Fragile comme pouvait l'être ces petits oiseaux sortant du nid, cette relation de sororité, était un départ sur un nouveau chemin. Je croisais les doigts pour qu'elle marque leur temps à venir, les jours d'été, les temps divers pour aller en confiance à la rencontre de leur destinée.

Les moments passés au gîte avait-il ouvert cet espace ?

Chacun avait fait son nid, selon ses moyens et ses possibilités, Elles tissaient leur quotidien de manière différente. Une nouvelle atmosphère de famille se mettait en place. Elles me quittaient un peu plus, me laissant rêver à la merlette et à la mésange.

 D ‘autres indices apparaissaient, cet achat par ma femme avec l’aînée, d’un robe verte. Robe qu’elle hésitait à porter car elle était entière, si opposée à son habitude fondamentale de choisir des vêtements en deux pièces. Dualité de sa personne, scindée, en une d’avant et une d’après la rupture.

Et plus subtile encore, ce rêve récent de mon épouse qui se voit confrontée au visage de sa mère, jeune, les cheveux courts, comme un retour à la période avant la rupture de la tendresse. Comme si l’épisode du voyage de sa mère en Suisse vers ses neufs mois, venait d’être effacé par ses filles et qu’elle était invitée à retrouver enfin, le temps béni de la tendresse et de la confiance, le temps de la relation mère –fille, par delà la relation du devoir.