22/03/2007

Le modèle de Grand-père

Bw33-Eugènejr1905.jpgComment paye-t-on les fautes de ses ancêtres - Nina Canault
Nos enfants nous font travailler des aspects de nos liens à nos propres parents que, sans eux, nous ne pouvons pas repérer. Ils nous font vivre des choses douloureuses qui suscitent notre colère ou au contraire une profonde dépression.Et parfois, cela met à jour ce qui a été douloureux pour nous au même âge que notre enfant.(page106)
Un moment opportun venait d'apparaître à travers les mots de cette journaliste Pour la seconde fois, en l'espace de 15 jours, je parcourais son livre pour l'intégrer, pour en rechercher le sens profond, comme si la première lecture n'avait qu'effleurer le sujet.L'écho me répondait et me renvoyait à présent à un autre aspect du texte, un aspect me concernant directement.

Un moment opportun venait d'apparaître à travers les mots de cette journaliste Pour la seconde fois, en l'espace de 15 jours, je parcourais son livre pour l'intégrer, pour en rechercher le sens profond, comme si la première lecture n'avait qu'effleurer le sujet. L'écho me répondait et me renvoyait à présent à un autre aspect du texte, un aspect me concernant directement.


Le mythe d’Oedipe.


Le questionnement du Sphinx me renvoyait à Papa. Lorsque j’étais au collège, avec beaucoup d'implication, il nous avait transmis, l'attention à cette partie de notre patrimoine, à ce mythe et je l'entendais encore nous demander

« Quel est l'animal qui marche le matin à quatre pattes, à deux le midi et à trois le soir ? » Une fois encore l'histoire d'Oedipe revenait dans ma vie comme pour signaler que dans notre branche familiale, une attention devait être portée à la dévoration, à la menace du Sphinx. A présent, cette histoire prenait une autre signification, plus large, duale. Il me fallait tout en me situant dans le cycle de l'humanité affronter les monstres de notre environnement, avec mes ressources intérieures, pour les vaincre. N'étais-je pas entré dans la troisième phase de la vie, conduit par mes enfants, poussé par eux. Avais-je affronté la Sphinx ?


Ma place dans les générations.


J’avais à présent l’âge où l'on devient grand-père. Mon rôle de géniteur, d'éducateur d'enfants se terminait. Mon fils, mes filles prenaient leur tour dans le cycle des générations, allaient me remplacer pour que j'entre dans le troisième âge que devrait normalement parcourir un homme. Je me trouvais là en manque, devant un no man's land, devant la partie manquante de mon histoire, de celle de mon père, de celle de mon grand-père, devant le vide du modèle de grand-père. J’étais grand-père en puissance mais en absence d'expérience. Je n'y voyais pas de sens car aucun modèle ne m'avait été donné. Quel était mon devenir immédiat sinon grand-père ! Il ne me restait plus qu'à attendre leurs mariages et ceux-ci ne se faisaient pas, ne s'annonçaient pas. 
Ils étaient au seuil de l'engagement prêt à entrer dans la vie structurée d'adultes responsables et géniteurs. J’étais moi vivant, dans cette place de géniteur, comme un frein de l'autre coté du passage car il n'y avait symboliquement qu'une place a occuper. Je les privais d'une place à prendre, je les en empêchais.
Papa avait-il lui aussi à l'âge de nous voir, nous ses enfants prendre sa place, quitté la vie car il n'y voyait pas de solution trop tourné qu'il était vers sa place manquante de fils, prisonnier des liens de l'œdipe et de la toile étouffante qu'avait dressé autour de lui la Sphinx, sa mère.


Le retour du mythe.


Etait-ce le souvenir du mythe aussi énoncé par papa, qui revenait dans ma mémoire sensitive, qui m'ouvrait ce questionnement sur cet espace sans nom que lui aussi s'apprêtait à découvrir et qui l'avait peut-être déraciné. Le livre venait de raviver l'énigme du sphinx, il me fallait aller au-delà du non-su, du non dit pour ne pas tomber dans le même piège. Qu’est ce qui me dévorait, m’empêchait de vivre pleinement. Y avait-il encore des restes du passé à éliminer. Du champ de père, je devais entrer dans un autre champ indéfinissable. Je restais au bord sans y basculer, sans me lancer dans ce qui pouvait être l'épanouissement de cette nouvelle fonction, pleine de sagesse et de maturité, de vivre autour de moi la relation avec ceux de mon âge. Comment ouvrir à mes enfants par mon deuil d'être géniteur cet espace qui avait été le mien. Gentiment d'ailleurs ma plus jeune moins prise par les fantasmes du passé me taquinait à ce propos en me poussant à vivre ma sexualité comme si c'était une nourriture, de profiter de leur absence pour disait-elle dans son langage imagé  « Faire crac, crac biscotte ! ». Ah ces ados et leur nouveau langage !


La génération suivante.


Je n'avais pas pu passer le relais à ma fille aînée qui ne savait avec son copain s'engager dans le mariage car elle s'appuyait sur un homme qui a son tour était confronté à l’entrée dans le champ des pères et qui semblait fort hésiter. En libérant la place ne pouvais-je pas lui libérer la sienne. Mon fils aussi d'une certaine manière ne pouvait entrer dans cette deuxième phase de constitution d'un couple par son choix de femmes enfants. Il entreprenait sans doute mais au stade de la fondation du nid ne s’accrochait qu’à des filles inaccessibles et autocentrées. Par ma sortie, allaient ils entrer dans ce champ de donneurs de vie. 15499

14/02/2007

Psychogénéalogie

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A la lumière de la théorie de psychogénéalogie, j’avais relevé l’ensemble des dates des principaux évènements, dans les différents documents disponibles. Un fait marquant était apparu, le décès de l’arrière grand père et trois mois après celui de son premier fils. Mon grand-père, son demi-frère avait alors 15 ans. L’histoire familiale ne parlait pas de cela, Etait-ce trop vieux, trop loin dans les mémoires. Fait étonnant, on venait de le voir, il n’occupait pas la tombe familiale ?


Le grand père paternel.


Mon grand-père, né d’un deuxième mariage, avait du ainsi vivre des événements majeurs alors qu’il était adolescent. Son père et son frère étaient  disparu presqu’en même temps. Son portrait occupait chez la grand-mère, sur le mur du living, une place de choix. Vu sa taille, il était impossible de ne pas le manquer. C’était une photo le représentant à mi-corps. De son mur, il avait un rôle d’observateur, distant, imposant, muet. Une maladie impossible à soigner avant la deuxième guerre, l’avait emporté en 1927. Elle avait rapport à la thyroïde et portait un nom étrange, la maladie de Basedow. A son sujet, ma mère ne rapportait que le fait qu’elle s’était opposée au projet de sa belle-mère de me faire porté le prénom de son mari.


La grand-mère paternelle.


Par fidélité, elle ne s’était pas remariée et avait géré sa vie modestement imposant à mon père de quitter la vie d’étudiant. Après sa rhétorique, il avait repris le porte feuille d’assurances que son homme avait constitué pendant ses années de comptable à la sucrerie voisine. Mon père n’avait pas fait le deuil de ses études manquées et quelque part, il devait avoir accumulé de la colère contre elle, de l’avoir ainsi coupé dans son élan d’éducation.


Souvent la nuit, sa sœur occupant l’autre moitié de la maison l’entendait appelé son homme , « Eugène ! Eugène ! ». Ce cri faisait partie de l’histoire familiale. L’attachement qu’elle avait pour lui, ne s‘était pas transformé avec le temps en douce affection, en souvenir. Il hantait encore ses nuits pendant notre enfance trente ans après l’événement. Une prise de distance n’avait pas été possible, le deuil ne s’était pas fait. Elle ne pouvait d’ailleurs pas pleurer. A la mort de ses fils, elle n’avait pas pu verser les larmes trop longtemps retenues par un barrage de douleur.


La lignée des pères.


Dans les étapes d’évolution de mon fils, vers ses 19 ans, j’avais du affronter un élément majeur, justement à la Toussaint, jour de deuil, sa volonté d’abandonner ses études. Remettait-il en scène, le fait que mon père, orphelin avait du, humanité terminée, arrêter ses études et se mettre au travail pour assurer la survie de sa mère et son frère.

M’apparut alors, consciemment que sur trois générations, à l’adolescence, trois fils successivement se trouvaient orphelins de père. Trois pères n’avaient connus leur fils que comme adolescents. Trois fois la chaîne des générations s’était rompue douloureusement.


Date de naissance.
 Comme dans la théorie psychogénéalogique, ma date de naissance correspondait, à quelques jours près, à la date de décès du grand-père, d’une certaine manière, l’inconscient des pères se remémorait de l’événement, et après la disparition d’un membre du clan, remettait en route la vie, en compensation, à la génération suivante. En plus, la date de mon mariage correspondait à la date de mariage de mes grands-parents paternels