13/06/2009

Le détour.

BW82-Détour

Distrait, j’avais dépassé la sortie de la voie rapide. Je dus aller jusqu'à la sortie suivante pour prendre le pont pour faire demi-tour. Mon erreur était apparue  car un rideau d’arbres, de part et d’autre de la bande de bitume barrait le paysage de culture qui avait précédé. Cette vue ne correspondait pas à l’image du trajet que je faisais habituellement.

La vue d’un arbuste couvert de fleurs blanches, dans toute la splendeur et la fraîcheur de celles-ci, constituait le point central de l’arc de cercle que j’avais du effectuer pour reprendre la voie rapide. Sorte de point focal dans l’environnement vert, il condensa mes sensations.


L’arbuste.

Beauté blanche, exubérante, magnificence de printemps, le buisson exprimait comme un résumé de celui-ci, éclairé par le soleil perçant sous les nuages. Plantation sauvage, naturelle, l’arbuste mettait en forme le renouveau simplement, en accomplissant son cycle annuel de floraison, ni pour lui, ni pour son propriétaire. En toute indépendance, il exprimait sa vocation, pleinement, simplement. Tous les arbustes blancs faisaient de même, dans une symphonie collective de leur espèce, ils accomplissaient leur cycle, leur destin, sans tambour ni trompette, sans plan, ni publicité, sans rémunération. Ils étaient d’une telle espèce et l’accomplissaient pour que les semences dont ils étaient porteurs maintiennent et diffusent les bases de la vie de l’année prochaine, ou plus tard, bien plus tard. Une seule semence réussirait peut-être mais l’essentiel n’était pas dans la quantité, l’essentiel était d’être en cette saison porteur de la vie de l’espèce à laquelle il appartenait. Tous les arbustes, toutes les fleurs, les graminées se reproduisaient de la même manière pour une postérité, prémice d’une continuation de leurs caractères. Devant ce destin d’arbustes, je ne pouvais que m’incliner et le comparer au mien. 


Le parallèle.

N’avions nous pas en commun une vie cyclique, similaire dans son rythme ? Comme lui, j’étais entré dans mon cycle, porté par la génération précédente, comme lui la vie m’avait porté et mon cycle s’approchait de sa fin. Mon printemps était derrière moi, l’été aussi, l’automne était, à mes pieds, largement entamé. A l’image du cycle de cet arbuste à fleurs blanches, je poursuivais mon chemin dans la filière de mes ancêtres et regardaient le chemin pris par mes enfants et mes petits enfants, les maillons de la chaîne qui nous traverse et qui s’en va vers le futur. Etait-ce aussi la ballade prévue la semaine prochaine, vers l’endroit où les fossiles d’un homme de Neandertal avaient été trouvés, qui mettaient ainsi en parallèle la chaîne des êtres vivants, des végétaux venant d’un passé lointain vers l’avenir ? Mon ancêtre dont les traces étaient relevées dans un livre de baptême en 1600, s’imaginait-il qu’il portait la vie, vers un être vivant 400 ans plus tard ? Pourrais-je regardant vers le futur imaginer que dans la même période de temps, un autre être auquel je serais lié porterait à son tour la vie qui me traverse ? L’arbuste avait, plus de chance, me semblait-il, d’avoir un descendant porteur de la vie qui l’habitait maintenant, à cette même échéance.

Vertige que me donne le temps, doute fondé sur le réchauffement climatique flèche porteuse de vie qui me traverse et m’abandonne sur son chemin. 
Cycles glissant vers l’inconnu.