31/12/2010

Le gîte.

 

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La fatigue des derniers jours me retenait plus qu’à l’accoutumée dans le lit bien chaud, en cette matinée froide et humide de dégel. Aucun muscle ne se mettait en route, ne se tendait pour me propulser hors du lit. C‘était le laisser faire complet. Ma volonté épuisée par ces jours de vacances familiales prenait aussi la tangente. Profiter de ce moment de bien-être, simplement, tranquillement.

Parmi les pensées indépendantes et rebelles au repos, une semblait différente, neuve. Elle était à la fois, hors du temps et bien ancrée dans le temps car elle s’étendait sur près de 40 ans. Elle s’était bien fixée dans mon histoire de vie, dès le mariage.

La veillée de Noël était réservée pour la fête dans ma belle famille.

Avec fidélité, attachement, fixation même, elle s’était déroulée en l’honneur de mes beaux-parents, plus qu’en veille de la nativité et bien des années après leur disparition, elle se poursuivait, par rotation chez l’une des trois sœurs. C’était une tradition que l’on ne pouvait manquer, côté belle-mère. Ma plus jeune commençait à la remettre en cause, sans pouvoir changer la donne car la pensée d’y déroger n’était tout simplement pas envisageable.

Cet hiver dernier, les intempéries s’en occupèrent.

Pour éviter le chambardement que représentait dans son quotidien la réception de 30 personnes dont 6 petits-enfants bruyants, mon épouse avait loué un gîte à la campagne pour recevoir ce petit monde et disposer du soutien sur place de ses filles.

L’idée en soi, était intéressante et nous avions préparé cette fête avec application et méthode. Le Dimanche précédent avec nos enfants, à cause d’une tempête de neige, nous avions eu la grande joie d’innover en réalisant notre première conférence téléphonique. Chacun, bien au chaud dans ses pantoufles, avait contribué par ses remarques et ses propositions à établir la liste des achats et des objets à emporter, pour que sur place tout se déroule comme du papier à musique.

Comme étaient les lieux étaient loués pour une semaine, la fête de mon coté, tenue par principe, entre Noël et Nouvel An, pouvait s’y tenir  deux jours plus tard, soit le 26.

Pour assurer le confort de tous, une salle adjacente au gîte avait été louée et un magnifique sapin commandé. On ne pouvait faire mieux à distance.

Des circonstances atmosphériques inhabituelles, avaient précipité tout le pays dans la chaos. La neige étonnamment présente en cette fin d’année, tombait en abondance. Les intempéries inhabituelles nous mettaient face à des circonstances difficiles à gérer, surtout par l’inadéquation des équipements tant collectifs qu’individuels.

Le seul conseil diffusé à la radio, était «  Restez chez vous. »

Mais notre projet ne pouvait être abandonné purement et simplement.

La veille de la première fête, nous avions malgré le temps neigeux chargé notre part de matériels ainsi que  la nourriture de base commandée quelques jours plus tôt et bravé la tempête. Vu la quantité de neige tombée, nous étions arrivés au pas sur le lieu de la fête.

Sous les flocons toujours, j’avais dû reprendre la route pour récupérer ma fille et son jeune fils, immobilisés au pied d’une côte glissante, infranchissable sans les chaînes qu’elle ne savait pas poser. La moitié de son chargement  avait été emportée, mais sa voiture fût abandonnée sur place.

Le lendemain, en partant récupérer le matériel restant, nous avions croisé à 1 Km, ma deuxième fille et ses trois enfants, roulant prudemment vers le petit village. Équipée de pneus neige, sa voiture se jouait des intempéries et progressait lentement mais sûrement.

Les chaînes ne pouvant toujours être posées correctement, nous avions chargé le solde du matériel pour repartir aussi vite que possible en prenant le chemin direct apparemment ouvert, car plusieurs voitures étaient passées pendant nos efforts de pose.

Trois Kms plus loin, après le hameau, dans la campagne au loin dans un fond, une voiture bloquée par un congère, était remorquée par un tracteur dans notre direction. Pour ne pas subir le même sort, vu le vent et la neige poudreuse, nous avions fait demi-tour et repris le chemin d’évitement pris le matin. Une heure plus tard, après un détour de 15 km, nous arrivâmes sain et sauf au gîte.

Le fils annoncé deux heures plus tard, arriverait sans encombre car sa 4x4, était le meilleur moyen de déplacement dans ces circonstances.Les beau-fils allaient aussi arriver, le premier par le train, le deuxième par la route.

Les autres invités vu la quantité de neige tombée, déclinaient les uns après les autres, notre invitation. Nous allions être sur place avec nos enfants et petits-enfants seulement. Ce que personne n’avait réussi à faire, la neige l’avait fait. Pour la première fois, le cordon de l’attachement à la tradition du 24 décembre venait d’être rompu. Nous fêterions Noël, les enfants et leur famille, non dans la salle louée garnie d’un sapin mais simplement dans le gîte.

Toutes nos sécurités avaient disparu, nos plans étaient bousculés. Il fallait survivre au froid et s’organiser avec les moyens de bord.

La fête avec ma famille, deux jours plus tard tourna court aussi car vu la neige et l’heure tardive, il n’était pas envisageable de faire l’aller et le retour le soir même.

Les circonstances nous avaient ramené à l’essentiel, au noyau familial, les fêtes plus larges entre branches n’appartiendraient sans doute plus à notre génération. Elles étaient dépassées.

Un nouveau lien venait d’être coupé par rapport à la lignée des mères; le repas et la veillée de Noël. J’avais affirmé haut et clair que l’année prochaine, je resterais chez moi, dans ma maison familiale pour recevoir ceux qui souhaiteraient fêter avec nous, la Nativité.

L’image de l’église, voisine du gîte, parée d’une guirlande de lampes multicolores éteintes, couverte de neige et dont le parvis n’avait été marqué par aucune traces de pas m’avait touché, peiné aussi. Deux mondes se côtoyaient là sur place, le monde temporel et le monde spirituel. Ensembles sans intersection comme l’enseignent les mathématiques modernes. Moi qui me réclamais de la tradition chrétienne à Noël, je me contentais de vivre dans le temporel, de faire la fête en faisant tourner par ma consommation la machine économique. A aucun moment,je n’avais évoquer, pour ma famille, le rapport au sens de la fête de Noël, ouverture sur le monde, et accueil des faibles. Cette année, j’étais resté consommateur, sans être un peu acteur comme les années précédentes en participant envers et contre tous, à la chorale de la messe de Minuit.

Fallait-il passer par cette prise de distance par rapport à l’univers des mères, en cassant le lien ombilical nous reliant au passé, pour prendre conscience de l’aspect fondamental de cette fête religieuse qui invite à renaître, à repartir pour un nouveau cycle plus large, à nous ouvrir au monde.

L’abandon du symbole du sapin, couché lamentablement le long de la salle louée, montrait de l’extérieur, la situation des cœurs. Il ne s’était dressé rempli de guirlande, n’avait pas exposé sa couleur verte, couleur de l’espoir, de la vie. Il  n’avait pas rempli sous ma houlette son rôle symbolique. Nous n’avions pas fêté la naissance de Jésus que symbolise la crèche dans notre tradition.

Circonstances idéales, sans doute pour refaire le point, repartir avec des idées plus profondes, mieux enracinées et rétabli la vision qu’est  Noël, le symbole de base de notre tradition.