04/01/2009

Le parc d'enfant.

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Le plaisir d’une nuit complète et reposante me laissait empreint de béatitude dans un demi sommeil que j’aurais prolongé indéfiniment. Une phrase de la cousine de ma femme prononcée la semaine dernière à la fête de famille me revenait en mémoire. Parlant de ses souvenirs d’aînée, elle rappelait à mon épouse « Ta maman te laissait toujours dans le parc quand tu étais petite.

Ce n’était pas la première fois que cet ancien fait revenait dans une conversation entre cousines. Puis une autre phrase la remplaça dans le défilement du mental. « Pour mon voyage à Paris, je n’ai pas de programme, je n’ai rien préparé, je vais avoir des difficulté de repérage, avec toi quand on part, je n’ai rien a préparer, tu sais où nous allons » disait mon épouse.
L’association de ces deux situations se fit en dehors du temps et me conduisit à un constat. Tout se jouait autour d’un espace à quitter, rien n’existait après. Quitter l’endroit était l’essentiel.


L’obstacle.

Depuis 60 ans, elle vivait cette utopie fixée une fois dans son parc. Traverser, aller au-delà de l’obstacle, de la limite, de l’autre coté simplement. Toute sa vitalité tournait autour de ce challenge. Passer de l’autre coté. Souvent elle poussait à l’organisation d’un voyage, d’une ballade, d’une expédition quelconque et quand tout était lancé, que tout le monde était sur la ligne de départ, s’élançait sur la route, elle s’arrêtait fatiguée ou empêchée par un mal quelconque.
Cet hiver, il fallait rejouer au tennis, repartir faire du sport. Au premier match, elle s’était désistée et au second vu une arthrose qui s’était installée curieusement, elle pensait se faire remplacer définitivement. Elle était enfermée dans une attitude limitée et tenace, passer l’obstacle. simplement sans imaginer, ni l’avant, ni l’après. Il fallait sortir du piège refermé jadis sur elle.


Le parc.

Ce parc ou elle avait été placée trop longtemps, lui avait gâché la préparation et le plaisir de l’aventure. Elle n’avait pas exploré à satiété le monde, l’espace autour d’elle en petites expéditions audacieuses pour son âge, pour revenir à la sécurité de sa base. Elle n’avait pas affronté l’inconnu, refait l’expérience cent fois, pour peu à peu la maîtriser, dominer la peur de l’inconnu. Elle répétait inlassablement le rite du passage, passer l’obstacle, se mettre en route quitter l’espace où elle vivait. L’obstacle passé, elle s’arrêtait sous l’effet de , de l’épuisement et de la peur. Elle était comme l’oiseau dont la porte de la cage était ouverte et qui ne s’envolait pas tant il était enfermé dans celle-ci, au physique comme au mental.


La répétition.

Bloquée dans ce parc, manquant de soutien affectif, de liberté, elle n’avait pas affronté les peurs de cet âge là. Plus âgée, elle avait vu la limite du parc, passer à la porte de la cour de la maison familiale. Habitant la ville, elle avait été interdite d’exploration des trottoirs nécessairement mal famés de la ville, elle s’était ancrée dans la quête utopique, en sortir pour paniquer l’obstacle franchi.