17/06/2011

Féminité nouvelle.

féminité,psychosomatique,accouchement,maternité,confidence,mères,mère antérieurePour la deuxième fois, je voyais avec étonnement que ma fille avait changé. En plus de la souplesse de ses mouvements, elle avait une manière d'être différente, plus extérieure, plus sensuelle. Elle était toute présente, exprimant une joie subtile, la joie d'être entière, d'être elle-même. Elle ne tarissait pas sur les détails de sa nouvelle mission de guidance, des stages de fin d'année et du contrat qui serait probablement prolongé. Sa présence était plus dense, plus posée, moins hystérique et à fleur de peau.

 Elle était sortie de son trou noir, en pleine lumière heureuse d’être. Elle avait changé profondément.

 « Papa me dit-elle, maintenant je me sens plus femme ». 

« C'est vrai, c'est ce que j'ai observé. Je l'ai noté, il y a un grand changement en toi. Déjà la dernière fois, qu'on s’était vu, j'avais remarqué ta nouvelle allure ! »

« Pourquoi ne me l'as-tu pas dit ?  J'aurais aimé que tu me le dises ! »

Occasion manquée, c'était sur, mais il était trop tard. La première fois, j'avais parlé de sa souplesse changée, à mon épouse, sans y mettre le mot féminité. Était-ce même apparent ? Était-ce le début ?

« Oui c'est vrai, tu as changé récemment, tu es plus féminine dans ce que tu vis !»

Elle n'était plus dans le rôle d'une mère qui porte un autre uniforme pour passer à d'autres fonctions. Elle était assurée, sensible dans toutes les nuances de cet univers dont elle se réclamait et l'exprimait non pas comme une conquête mais comme un ressenti. En tant que femme, elle venait d'éclore et en faisait la déclaration devant nous ses parents, à l'occasion de ces trois jours de vacances, en bord de mer.

Était-ce l'ambiance un peu étriquée de l'appartement, le vent froid à l'extérieur qui nous ramenait plus souvent qu'il ne fallait à l'intérieur qui favorisait ses confidences, ou simplement son envie de nous dire, je me sens différente, et je me sens bien.

Ce chemin d'ouverture, de réalisation avait débuté par une grande détresse, un trou noir où elle était descendue jusqu'au fond, pour percer sans doute les scories de l'éducation et de l'hérédité. En ce lieu était cet univers féminin dont elle n'avait reçu que l'apparence et dans lequel je n'avais pu aussi l'inviter, car bloqué dans mon rôle unique de père. Car je manquais aussi de référence au modèle de l’homme.

Suite à cette affirmation et l'échange au sujet de cette vitalité première qui était apparue, la conversation changeant de ton. Librement, elle me parlait de sa vie, de ses enfants, de son compagnon, de son environnement de travail et y jetait un regard d'observation, d'acceptation.

Pour la première fois, nous avions passé de longs moments d'échanges simplement repassant notamment l’image de la mère, celle qui lui avait tant manquée et qu'elle avait trouvée dans l'empathie de la sage-femme qui l’avait accouchée de son troisième. Elle me semblait rebâtir le lien à la lignée des mères. Lien nécessaire pour la transmission à sa fille après la rupture de trois générations maternelles, lorsque son arrière grand-mère, Germaine l’avait perdu. Que donnerait dans l'entourage familial cette ouverture à la féminité. Qu'en serait-il du compagnon, de sa mère et de la sœur. Déjà cette dernière manifestait dans le choix de ses vêtements et de ses chaussures, les premiers frémissements de cette nature féminine qu’elle travaillait de son côté. La semaine dernière, j'entendais à nouveau le clap, clap gauche et saccadé des chaussures à talons que pour la première fois, elle s'était offerte. Elle avait aussi décidé de porter régulièrement une robe, d’évacuer les jeans qui faisaient son quotidien. Même le fond d’écran de son PC était touché par la présence d‘une  silhouette très féminine.

Pour mon épouse, ce mercredi pendant que je gardais les petits-enfants pour faciliter l'expédition shopping avec sa fille, l’atmosphère changeait.

Elles revivaient en les racontant avec légèreté, des moments de fou rire dans la cabine d'essayage puis mon épouse me fit souplement la présentation de sa nouvelle acquisition. Elle allait bouger elle aussi à terme, entraînée par sa fille aînée. La tentative du mois dernier était restée vaine, la robe achetée ensemble n'avait pas quitté la penderie. Cette fois plus assurée conduite par la féminité simple, naturelle, intérieure de sa fille, elle allait évoluer vers plus d'acceptation d'elle-même, dépasser les blessures de son image de femme taillée par sa mère. Mais quand touchera-t-elle cette assurance profonde et fondamentale d'être elle-même.

Et, comment réagira, son compagnon à cette nouvelle apparition dans son monde paternel. 

31/12/2010

Le gîte.

 

DSCF6921.JPG

La fatigue des derniers jours me retenait plus qu’à l’accoutumée dans le lit bien chaud, en cette matinée froide et humide de dégel. Aucun muscle ne se mettait en route, ne se tendait pour me propulser hors du lit. C‘était le laisser faire complet. Ma volonté épuisée par ces jours de vacances familiales prenait aussi la tangente. Profiter de ce moment de bien-être, simplement, tranquillement.

Parmi les pensées indépendantes et rebelles au repos, une semblait différente, neuve. Elle était à la fois, hors du temps et bien ancrée dans le temps car elle s’étendait sur près de 40 ans. Elle s’était bien fixée dans mon histoire de vie, dès le mariage.

La veillée de Noël était réservée pour la fête dans ma belle famille.

Avec fidélité, attachement, fixation même, elle s’était déroulée en l’honneur de mes beaux-parents, plus qu’en veille de la nativité et bien des années après leur disparition, elle se poursuivait, par rotation chez l’une des trois sœurs. C’était une tradition que l’on ne pouvait manquer, côté belle-mère. Ma plus jeune commençait à la remettre en cause, sans pouvoir changer la donne car la pensée d’y déroger n’était tout simplement pas envisageable.

Cet hiver dernier, les intempéries s’en occupèrent.

Pour éviter le chambardement que représentait dans son quotidien la réception de 30 personnes dont 6 petits-enfants bruyants, mon épouse avait loué un gîte à la campagne pour recevoir ce petit monde et disposer du soutien sur place de ses filles.

L’idée en soi, était intéressante et nous avions préparé cette fête avec application et méthode. Le Dimanche précédent avec nos enfants, à cause d’une tempête de neige, nous avions eu la grande joie d’innover en réalisant notre première conférence téléphonique. Chacun, bien au chaud dans ses pantoufles, avait contribué par ses remarques et ses propositions à établir la liste des achats et des objets à emporter, pour que sur place tout se déroule comme du papier à musique.

Comme étaient les lieux étaient loués pour une semaine, la fête de mon coté, tenue par principe, entre Noël et Nouvel An, pouvait s’y tenir  deux jours plus tard, soit le 26.

Pour assurer le confort de tous, une salle adjacente au gîte avait été louée et un magnifique sapin commandé. On ne pouvait faire mieux à distance.

Des circonstances atmosphériques inhabituelles, avaient précipité tout le pays dans la chaos. La neige étonnamment présente en cette fin d’année, tombait en abondance. Les intempéries inhabituelles nous mettaient face à des circonstances difficiles à gérer, surtout par l’inadéquation des équipements tant collectifs qu’individuels.

Le seul conseil diffusé à la radio, était «  Restez chez vous. »

Mais notre projet ne pouvait être abandonné purement et simplement.

La veille de la première fête, nous avions malgré le temps neigeux chargé notre part de matériels ainsi que  la nourriture de base commandée quelques jours plus tôt et bravé la tempête. Vu la quantité de neige tombée, nous étions arrivés au pas sur le lieu de la fête.

Sous les flocons toujours, j’avais dû reprendre la route pour récupérer ma fille et son jeune fils, immobilisés au pied d’une côte glissante, infranchissable sans les chaînes qu’elle ne savait pas poser. La moitié de son chargement  avait été emportée, mais sa voiture fût abandonnée sur place.

Le lendemain, en partant récupérer le matériel restant, nous avions croisé à 1 Km, ma deuxième fille et ses trois enfants, roulant prudemment vers le petit village. Équipée de pneus neige, sa voiture se jouait des intempéries et progressait lentement mais sûrement.

Les chaînes ne pouvant toujours être posées correctement, nous avions chargé le solde du matériel pour repartir aussi vite que possible en prenant le chemin direct apparemment ouvert, car plusieurs voitures étaient passées pendant nos efforts de pose.

Trois Kms plus loin, après le hameau, dans la campagne au loin dans un fond, une voiture bloquée par un congère, était remorquée par un tracteur dans notre direction. Pour ne pas subir le même sort, vu le vent et la neige poudreuse, nous avions fait demi-tour et repris le chemin d’évitement pris le matin. Une heure plus tard, après un détour de 15 km, nous arrivâmes sain et sauf au gîte.

Le fils annoncé deux heures plus tard, arriverait sans encombre car sa 4x4, était le meilleur moyen de déplacement dans ces circonstances.Les beau-fils allaient aussi arriver, le premier par le train, le deuxième par la route.

Les autres invités vu la quantité de neige tombée, déclinaient les uns après les autres, notre invitation. Nous allions être sur place avec nos enfants et petits-enfants seulement. Ce que personne n’avait réussi à faire, la neige l’avait fait. Pour la première fois, le cordon de l’attachement à la tradition du 24 décembre venait d’être rompu. Nous fêterions Noël, les enfants et leur famille, non dans la salle louée garnie d’un sapin mais simplement dans le gîte.

Toutes nos sécurités avaient disparu, nos plans étaient bousculés. Il fallait survivre au froid et s’organiser avec les moyens de bord.

La fête avec ma famille, deux jours plus tard tourna court aussi car vu la neige et l’heure tardive, il n’était pas envisageable de faire l’aller et le retour le soir même.

Les circonstances nous avaient ramené à l’essentiel, au noyau familial, les fêtes plus larges entre branches n’appartiendraient sans doute plus à notre génération. Elles étaient dépassées.

Un nouveau lien venait d’être coupé par rapport à la lignée des mères; le repas et la veillée de Noël. J’avais affirmé haut et clair que l’année prochaine, je resterais chez moi, dans ma maison familiale pour recevoir ceux qui souhaiteraient fêter avec nous, la Nativité.

L’image de l’église, voisine du gîte, parée d’une guirlande de lampes multicolores éteintes, couverte de neige et dont le parvis n’avait été marqué par aucune traces de pas m’avait touché, peiné aussi. Deux mondes se côtoyaient là sur place, le monde temporel et le monde spirituel. Ensembles sans intersection comme l’enseignent les mathématiques modernes. Moi qui me réclamais de la tradition chrétienne à Noël, je me contentais de vivre dans le temporel, de faire la fête en faisant tourner par ma consommation la machine économique. A aucun moment,je n’avais évoquer, pour ma famille, le rapport au sens de la fête de Noël, ouverture sur le monde, et accueil des faibles. Cette année, j’étais resté consommateur, sans être un peu acteur comme les années précédentes en participant envers et contre tous, à la chorale de la messe de Minuit.

Fallait-il passer par cette prise de distance par rapport à l’univers des mères, en cassant le lien ombilical nous reliant au passé, pour prendre conscience de l’aspect fondamental de cette fête religieuse qui invite à renaître, à repartir pour un nouveau cycle plus large, à nous ouvrir au monde.

L’abandon du symbole du sapin, couché lamentablement le long de la salle louée, montrait de l’extérieur, la situation des cœurs. Il ne s’était dressé rempli de guirlande, n’avait pas exposé sa couleur verte, couleur de l’espoir, de la vie. Il  n’avait pas rempli sous ma houlette son rôle symbolique. Nous n’avions pas fêté la naissance de Jésus que symbolise la crèche dans notre tradition.

Circonstances idéales, sans doute pour refaire le point, repartir avec des idées plus profondes, mieux enracinées et rétabli la vision qu’est  Noël, le symbole de base de notre tradition.