03/02/2011

Peurs et angoisses.

 

dépression,angoisses,récit de vie,méditation guidéeSon projet lancé en début d’année après des mois de préparation, venait d’être clôturé. Le chiffre d’affaires réalisé, trop faible, la conduirait irrémédiablement à la faillite. Le sens de sa vie avait basculé dans le néant. Rien n’occupait son esprit et ses angoisses venaient de resurgir des oubliettes du passé.

Ce qu’elle avait occulté revenait en force pour ouvrir devant elle un vide immense où elle craignait de basculer.

« Burn out », dépression, son mal être occupait toute la scène et son psy diagnostiquait une dépression sévère. Sa détresse, son teint livide, son visage creusé par l’insomnie me transperçait.

Dans le coin du divan, où elle s’était recroquevillée sous une couverture, ne sachant plus affronté le silence et le vide qui l’entourait, elle m’accueillit avec les mots désespérés révélant un désespoir et un mal être profond. « Papa, je suis mal, j’ai des angoisses, j’ai peur. » Sa voix faible et éraillée me coupait en deux. Elle se blottit alors dans mes bras comme une petite fille.

 A seize ans, plus d’une fois, elle était descendue de sa chambre avec le même message. Tout ce qui s’était passé depuis des décennies ne semblait pas l’avoir renforcée. Au  contraire, tout s’était effondré, tout était bâti sur du sable. Que faire, que dire pour l’entendre, la rassurer, pour  aider à la remettre sur pied. Tout son univers était submergé par un tsunami d’émotions pénibles et négatives. Devait-elle toucher le fond si profondément. Elle n’était plus dans un univers mental qui faisait son quotidien, mais dans celui des sensations qui jadis l’avait traversée. Elle les retrouvait brutes comme si le temps passé depuis son adolescence n’avait pas existé.

Où était l’espace serein, le centre de sa personne, décrit par certain comme un havre de paix, un refuge où tout n’est que confiance, certitude, sérénité? Mots qui se suivent lignes par lignes dans les textes ésotériques pour décrire un noyau merveilleux rempli de tranquillité. Paragraphes apparemment insensés rapportant d’une quête menée, une découverte mystérieuse, dans le jardin des espoirs et des certitudes.

Elle ne vivait que l’espace chaotique, truffé d’angoisses, de peurs. Une sensation de vide vertigineux s’ouvrait sous ses pas hésitants. Noirceur, obscurité faisait son quotidien.
Où était le rocher, la fondation, l’assurance que d’aucuns semblent avoir découvert dans leurs expéditions proches ou lointaines? 
Elle souffre de ce vide où elle perd pied, de ce tourbillon noir où elle s’enfonce, de ces sables mouvants où elle craint de disparaître. Où est la bouée de sauvetage qui va lui donner un point d’appui où elle pourra trouver le ressort de sortie du vortex par où sa vie fuit? Un point d’appui, lui donner un point d’appui.

Porter son attention, elle doit porter son attention à son corps. Ne s’est elle pas perdue dans cet escalier des cimes inaccessibles où sa méticulosité l’a conduite. N’est-elle pas dans le passé, le futur, dans sa culpabilité qui lui colle à la peau, dans ses devoirs nombreux de mère de famille. Elle n’est pas là en compagnie de son corps, à respirer profondément comme un bébé qui dort.

Elle s’appuie à présent contre moi qui suis assis sur le bras du fauteuil. D’une voix qui se veut rassurante, ferme solide, je la guide comme mon ami Anand le faisait, lors de ses méditations. Elle s’appuie contre moi, inspire profondément pour remplir ses poumons de l’oxygène de vie, elle pousse ses viscère pour faire de la place, s’appuie sur son bassin, sa fondation. Elle expire lentement.

Comme le flux et le reflux de la vague, le va et vient sur la grève immuable, permanent, certain, j’essaye d’induire en elle une respiration profonde et salutaire. Les angoisses sont laissées, sur le coté, son attention est guidée uniquement sur le mouvement. Nous faisons front contre la tempête en elle, nous cherchons l’apaisement lent et profond d’une attention centrée sur la respiration.

Laisse ces angoisses, ces peurs passer devant toi vers l’horizon comme les nuages noirs chargés de giboulée, de grêle, qui vont vers l’Est, sûrement.

Porte ton attention, par ta pensée explore ton corps, ressent la chaleur des couvertures qui t’entourent, ce qui est chaud, la fraîcheur peut-être de l’endroit mal couvert. Prends contact avec le divan qui te soutient fermement. Lentement, par à coups, son corps se détend, s’allonge, s’ouvre. La tempête s’apaise, se calme de plus en plus. Le silence nous enveloppe. Sa respiration devient plus profonde. Un peu de paix s’installe, elle occupe tout l’espace disponible sur le divan. Elle sort de sa coquille, de sa tanière pour quelques temps. Porte ton attention au présent, à cette atmosphère calme seulement découpée par le tic-tac du réveil, accompagne celui-ci du rythme de ta respiration, vit le moment présent. Le repos va t’être donné par devers tes angoisses, tes peurs qui s’éloignent.

Temps de grâce, de paix  retrouvée. Moment faisant mémoire de notre travail d’apaisement. Moment à conserver pour t’appuyer, te soutenir à la prochaine tempête. Moment de grâce entre un père et sa fille, sa grande fille.

Temps manqué du passé que l’on raccommode ensemble.