23/09/2012

Un parrain, c'est pas rien!

Bw198-P1010439.JPGQuatre du matin sur l'horloge de la salle de bains. Une fois de plus je m'éveille à une heure indue. Ma nuit sera à nouveau écourtée car la somnolence nécessaire m'a quittée. Je suis en état de veille.

Mon truc pour un retour au sommeil dérape. Je ne peux faire cette auto hypnose pour repartir, rejoindre le calme de la nuit.

Les idées retraversent mon esprit. Je n'arrive pas à prendre distance, il ne me reste qu’à attendre, qu’à reprendre contact avec ma respiration. Une idée forte est sous-jacente. Entre-deux eaux, une pensée surgit autour du parrain. Son archétype m’apparaît comme inexistant presque, blessé sans doute.

Ma lectrice me parlait de son parrain, à peine plus âgé que moi. Elle a sans doute réveillé l’image du mien. Le sien semble au bout de son monde.  Elle l'a encore sous la main et l'ignore, en est distante.

La fissure s'est faite, un flot d'images surgit autour du mien. Une émotion subtile d'abord, forte ensuite m’envahi à partir des tripes. Son absence s'est creusée profondément en moi. Lui aussi fait parti des figures d'hommes de mon enfance. Il a disparu m'a abandonné à l'adolescence.

Quand je vois comment mes petits-enfants réagissent à cette figure, comment les parrains sont présents à leurs anniversaires, je mesure le manque toujours présent en moi.

J'étais dans ma fratrie celui qui avait perdu le sien. Celui-ci s'était éjecté de l'univers familial par son divorce interminable dans l'année de mes 12 ans. Est-ce cela qui fait que je prends distance des anniversaires ? Le mien n'a pas d'importance comme je le vois chez les autres. C'est presque un non-événement. Un bof ! A quoi ça sert ? Une partie de moi s'est envolée dans le divorce de ma Tante. Tout son combat contre l'injustice de son départ animait la vie familiale quand elle venait se ressourcer chez sa sœur, ma mère. Un divorce était la pire des situations dans ces années-là.

Toute la magie de son image en moi s'était effondrée. Il représentait un univers magique merveilleux. En tant qu'homme d'affaires déjà pendant la guerre, il avait une voiture et j'imagine l'effet que cela faisait quand il venait au village. C'était Crésus. Notre petite auto à pédale en métal, c'était lui. Les vacances dans la grande maison d’où j’admirais, sur le mur, les  locomotives à vapeur de la ligne 141 passant derrière le mur du jardin, c’était chez lui. Observatoire où l'on comptait les wagons de marchandises. Le pont en ville où deux fois par jour, j'allais voir les manoeuvres des locomotives et le passage des trains de voyageurs, cétait à cause de lui. Pour ma communion solennelle sa montre cadeau était arrivée comme un soufflé, me rendant mal à l'aise. Habitué comme directeur à commander, il n'avait pas tenu compte du souhait de ma grand-mère paternelle m'offrir aussi une montre suisse comme à mon frère ainé. Si bien que j'avais eu deux montres. L’une que j'ai porté pendant 20 ans au moins et qui est toujours dans mon bureau, la sienne un peu en pacotille que je devais porter pour l'honorer et qui me semblait si banale. La figure mythique du parrain que l'environnement nous présentait n'avait pas de sens comme pour les autres. Il était de l'autre côté du torrent d'émotions déversées par ma tante. Le mauvais dont venait tous les maux qu'elle devait affronter.

Mon rôle de parrain pour la fille de mon frère en avait été profondément marqué. Le passé m'avait entraîné dans une neutralité et une indifférence trop grande. La relation n'avait pas joué.

La figure complémentaire que beaucoup acceptent d’occuper était chez moi restée creuse. Malmenée par mon parrain infidèle à sa parole et aux mythes qu'il avait accepté de représenter. Blessure symbolique qui me traverse encore dans cette insomnie.

Il était un homme d'avoir, aimant paraître briller. Sa puissance financière son aura, sa place dans la société avait blêmi par ce divorce qu'il avait eu du mal à imposer. Toute une branche adoptive avait été gommée de mon univers familial. Aucun cousin de sang n'était apparu du côté de ma mère réduisant fortement l'univers familial.

L'image de mon fils surgit alors sa passion, pour les grosses voitures pour les affaires, n’est-elle pas apparue pour compenser cet espace creux laissé dans ce que je lui ai transmis ? Cette blessure qui m'a mise au tapis à l'adolescence. L'esprit d'entreprise de mon parrain ne m’avait pas été transmis. Il était dans un monde à éviter. Après la rupture avec ma tante il ne fut plus présent que dans mon 2eme prénom. En effet selon la tradition, ce rang était pour les garçons occupé par le parrain. Curieusement, son prénom réapparu dans mon univers, quelques années plus tard. C'était celui porté par mon beau-père homme, fidèle et honnête. Comme pour effacer la mémoire du défaillant.

14/07/2012

L'impermanence des choses.

pérennité,stockage,word 2004,mémoire familiale,correction textes,histoire de famille,imprimerie,volatilité des textes encodés,sysypheComme mes textes étaient revenus de chez la correctrice, je m'étais donné comme objectif avec mon nouveau PC de les passer en revue et cette fois d'en faire un nouveau tiré-à-part de qualité.

Surprise dès l'ouverture d’un texte et à ma demande de faire la première correction, l'application de traitement de texte déclara forfait. Je pouvais lire sans problème mais la nouvelle configuration ne me permettait plus les corrections. Je devais abandonner la version 2004 et passer à la version 2011. La situation était claire, OK moyennant un petit détour au travers de mon porte-monnaie. J'étais dans une impasse. Pour la deuxième fois en quelques mois je venais d'être confronté à une dure réalité. Qui n'avance pas recule ! Je n'avais pas suivi les mises à jour, les compléments, les versions successives pour la bonne et simple raison que j'étais à l'aise et comblé avec l'outil à ma disposition.

Je n'étais plus un consommateur avide mais un simple utilisateur porté par la vague, ne voulant pas être à la pointe du progrès. L’ABC de l’application me convenait pour la forme, le fond était mon souci.

La réalité était autre, dans mon coin, je pouvais me contenter de la base standard, mais connecté à l’internet et aux autres, l'évolution technique s’imposait.

Ma généalogie qui était placée chez un hébergeur extérieur devait être rapatriée car celui-ci n'assurait plus le service à partir de l'été. L'application pour développer le site généalogique n'était plus non plus dans le vent, elle allait à terme disparaître car elle n’était plus suivie par celui-ci. Sa simplicité pourtant me convenait et répondait à mes besoins mais la société n'y faisait plus son bénéfice et elle larguait ses anciens clients.

Les heures passées à construire patiemment l'histoire de ma famille, mon récit de vie en prenait un coup. J'étais forcé de me remettre à l'étude de toutes les subtilités d'une autre application, de transférer ce qui était construit dans la nouvelle application, avec des contraintes neuves inutiles dépassant de loin mes besoins primaires.

Mon expérience passée, mes réflexes, tout était à ras.  Il me fallait reconstruire, me mettre à jour assurer le transfert des données sans progresser dans la recherche. Je m'occupais simplement de veiller au transfert de mes données essentielles d'une application à l'autre d'une version à l'autre. Si je ne sauvais pas sur papier mes recherches, celles-ci allaient disparaître comme avait disparu l'information sauvegardée sur mes disquettes. Cette fois là, non pas par une révolution technologique mais par une fuite d’eau provenant d’une tuile fendue, justement au-dessus de la boite où elles étaient rangées.

Vive le progrès, oui sans doute mais le progrès incessant est-il utile et nécessaire. N'est-il pas un point optimum, un point d'arrêt. L'imprimerie arrêtée dans sa forme typographique avait duré des centaines d'années. Transférées dans le traitement de texte sur support électronique elle ne durerait que quelques années. La bande magnétique avait replacé le disque souple, celui-ci était abandonné pour  la disquette qui cédait la main au le disque dur. Le stockage  en ligne puis la clé USB, avaient suivis.

Quelques années s'étaient écoulées, et je vaoyais avec appréhension que je passais trop de mon temps au transfert des données et pas assez à la production.

Pour la pérennité de mon travail, de mes archives, le passage à l’imprimé s’imposait avec urgence.

Mes enfants prendraient-ils la peine d’ailleurs de lire les fichiers ?

Un ensemble papier s’imposait.