28/05/2010

Histoire de lit

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« Dis Papa, au lieu de nous aider, à construire une nouvelle armoire murale, je préférerais que tu fasses pour ton petit-fils, comme tu l’avais fait pour moi quand j’étais petite, un lit bateau. » Mon petit fils un peu plus tard confirmait la demande. Le projet me semblait utile et vu sa chambre sous le toit, vraiment intéressant par l’espace de rangement qui s’établissait immédiatement sous celui-ci.
J’avais donc relevé les dimensions de l’original se trouvant dans la chambre de passage pour les petits enfants, noté les sections de bois et établis la liste des bois à commander. Les portes « louvres » des armoires avaient disparu de l’assortiment du bricocenter voisin et ce n’était pas évident d’en trouver les mêmes de dimensions adéquates. Cette préparation et la difficulté de trouver les bonnes portes me fit réfléchir à l’utilité d’en faire un deuxième qui allait prendre beaucoup de temps de mon activité de pensionné.


Quelques années plus tôt, pour donner un caractère particulier à chacune des chambres de mes enfants, et selon la position de celles-ci, j’avais eu le choix entre une mezzanine pour la plus grande, une chambre mansardée pour le fils et pour ma dernière dont la chambre était en carré classique, une seule option, celle du lit bateau.

L'ancien.

Lors de sa construction, à l’âge que son fils avait maintenant, ma plus jeune fille m’avait soutenu par sa présence, lors des différentes phases de la découpe et du montage. Couchée sur son lit, dans le coin de la chambre, elle observait les différentes étapes de mon travail. De la voir témoin si présent et si attentif, m’avait donné le courage et la rapidité pour l’exécution du travail Au fond c’était comme si l’on avait travaillé ensemble. Le souvenir de sa présence silencieuse restait encore présent dans ma mémoire et c’était la motivation essentielle qui soutenait mon projet d’en faire un nouveau. Bref, le symbole du lit bateau souhaité par ma fille pour son fils, représentait sûrement toute cette convivialité qui s’était établie lors de sa construction, 25 ans plus tôt. Ce n’était pas de simples planches, c’était notre histoire qui l’avait marquée et, qu’elle voulait s’approprier et transmettre. Pièce maîtresse de leur adolescence, chacun avait reçu un univers personnel bien caractéristique, chose inimaginable pour moi, à leur âge vu le manque d’espace dans une vieille maison avec un père non bricoleur. N’était-ce pas pour cela qu’ils étaient si autonome, que jamais ils n’avaient avec leur conjoint logé chez nous, alors qu’a l’inverse avec eux, nous allions régulièrement loger chez nos parents.

Souvenirs.

Comme nous n’avions pas de chambre individuelle dans mon enfance, le lit marquait pour moi, l’espace personnel, le lieu de base, le gite essentiel rempli d’importance. Mon lit d’enfance, lit d’adulte qui m’avait suivi, meublait actuellement une chambre, symbolisant toute cette ambiance particulière du matelas de laine et crin où la forme du corps s’imprime au fil des jours et où il fait si bon le soir, dans le froid de se lover en chien de fusil, les jambes près du corps pour ne pas affronter en une fois, la grande zone froide au fond du lit, sous un duvet de plume bien épais, avec juste le nez qui sort pour respirer. Réflexion faite et en vue de la grande transhumance qui immanquablement allait arriver un jour où l’autre. N’était-il pas plus juste car le désir était là, de démonter le premier exemplaire et de le reconstruire où il serait utile à ancrer chez mon petit-fils le lien établit avec sa mère et que ce lit bateau représentait.
D’une manière prosaïque, je reproduisais la transmission de la comtoise, existant déjà entre les fils et affermissais pour la lignée de ma fille une des racines de leur arbre. Manifestement sur ce point la transmission d’une atmosphère particulière s’était opérée entre les générations.