15/05/2011

Le diable.

Comme nous l'avions convenu plutôt, elle devait lors d'un de ses passages dans la rue, s'arrêter pour récupérer le diable que j'avais emprunté pour un déménagement d'objets lourds, dans le cadre de mon bénévolat. Ce jour tardait, et sans utilisation urgente, l'objet avait disparu de ses préoccupations jusqu'au printemps où il lui avait fallu transporter des sacs de terreau.

Hier matin, elle s'était annoncée pour récupérer l'engin et nous avions eu l'occasion d'échanger à propos de notre quotidien.

La relation formelle et neutre du bonjour, bonsoir venait de basculer par sa présence apaisante dans un peu plus d'intimité et nous avions établi des liens nouveaux. Le passage d'un seuil venait de se vivre et immédiatement nous étions descendus dans la profondeur d'un échange vrai comme il n'est pas fréquent de vivre. Elle écoutait simplement sans donner des conseils, sans intervenir.

Sa présence ne pouvait pas m'empêcher de parler du cours des événements de la semaine qui m'avaient touché profondément et  dont elle avait probablement entendu des échos.

La rumeur s'était sans doute propagée dans notre communauté vacillante, qui cherchait à se remettre d'une longue léthargie.

Venait-elle aux nouvelles. Oui et non. ! Non parce qu'il y avait ce diable à récupérer, oui sans doute car elle était proche de celui avec qui le conflit venait d'éclater pour une seconde fois. Voulait-elle simplement en messagère apporter sa présence et son écoute active pour penser la blessure psychologique qui me faisait actuellement souffrir.

L'entretien à bâtons rompus sur son parcours et ses engagements dans la foi était ponctué de confidences de ma part à propos du chemin parcouru ces dernières années dans  mes sessions  de méditation. L'expérience vécue à la Sadhana avec Anand prenait toute sa valeur « porter son attention » ne pas entrer immédiatement dans l'émotion mais l'observer, la voir venir comme une vague s'approchant résister à son passage, la laisser passer tranquillement, garder un minimum de sang-froid pour observer les endroits touchés les perceptions manquantes, les éléments qui seuls apaisent.

Le terrain rencontré, les émotions soulevées n'étaient pas innocentes un sens devait se cacher derrière ces événements qui revenaient à nouveau perturber mon quotidien . Des anciennes expériences s'étaient réveillées, se promenaient à fleur de peau, sensibles et remplies de vieilles souffrances.

Un  message venait de l'extérieur pour s'introduire dans ma vie, m'informer, me questionner.

Au fond  un sens se profilait derrière les événements, sans que je puisse le percevoir. La nature des émotions, désarçonnantes pénibles était d'une classe supérieure au simple quotidien. Déstabilisante, elle annonçait un enjeu majeur à affronter, réouvrait un volet posé sur des faits passés apportant leur lot de questionnements.

Sa qualité de messagère me plaisait, mais la nature du message n'était pas de l'ordre de la joie, du plaisir mais de la difficulté, de la peur. A l’inverse des messagères de la joie et de la découverte du passé, c'était cette fois, une porte-parole du coté sombre, de la traversée d'un coté pénible de ma vie, de ce que je n'avais pas pu, ni voulu voir.

L'image de l'Ombre proposée par Jung, semblait s'animer dans les événements au jour le jour.Il me fallait entamer le combat, aller jusqu'au bout de l'affrontement, ne pas prendre la tangente comme j'avais du le faire précédemment.