18/11/2006

Les Archives nationales

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L’automne


L’autoroute descendait nettement, mais après le pont, elle remontait tout aussi rapidement vers le plateau de Hesbaye, A gauche, le paysage devenu plus boisé, prenait les vraies couleurs de l’automne. Une sensation forte envahit mon ventre. Le manque que je ressentais trouvait là, une réponse presque physique de satisfaction. Cette vision la première depuis des jours, alors que je me languissais, me faisait retrouver la cohérence de l’automne. J’en étais touché et retrouvais le parallèle entre la durée des jours, la baisse des températures et la chute des feuilles. L’automne était là, dans ma vision et dans mon ressenti. Sans doute les premières feuilles étaient-elles tombées pour quelques essences mais il y avait cette année comme une cassure véritable entre les phénomènes. Une verdeur latente générale se maintenait, la nature était même en train de repartir. Un quart d’heure avant, lors d’un arrêt, j’avais photographié une fleur rouge fraîchement développée, qui m’était inconnue d’ailleurs et cela m’avait profondément perturbé. Autour de celle-ci d’autres espèces refleurissaient. Situation incongrue pour ce 15 Novembre.
L’automne avait l’air d’être suivie du printemps. C’était apparemment l’impasse sur l’hiver. Une rupture des cycles était en train de se développer. Hier matin au bas de la rue, les pépiements des oiseaux me remettaient dans l’ambiance de la période de préparation des nids et de la fête sonore que font les oiseaux au printemps qui s’annonce. La radio et les journaux étaient remplis de la notion de réchauffement climatique, de fonte des glaces et cette nature qui repoussait confirmait du moins pour cette année que ce n’était pas une vision savante mais une réalité sournoise. La nature perdait la tête.


Les archives de l’état.

Cette vision à hauteur du pont me rassurait, je retrouvais les couleurs jaunes, orangées, rouge vif et sombres qui font le kaléidoscope forestier d’une saison normale. Une demi-heure plus tard, en sortant de la ville pour atteindre la colline de Cointe, boisée à souhait, je retrouvais les essences de ma jeunesse, celles d’une zone plus élevée et plus froide et cela était suffisant pour assurer cette atmosphère plus conforme à la saison normale.
Comme les archives nationales étaient fermées, pour cause de fête de la dynastie, le programme de ma matinée tombait à l’eau. J’étais libre.

Solfeuille477Le parc

Avec la douceur de la température du jour, je pouvais envisager une promenade dans le parc pour faire quelques photos et passer le temps. L’âme joyeuse, je cherchais les feuilles de couleurs les plus fraîches, les plus lumineuses, et les mettait en boite, pour placer les meilleures sur mon blog généalogique. Un papillon aux ailes tachées de rouge vint se poser sur le tronc d’un arbre sous mes yeux mais je manquais vu sa vivacité la photo. Egaré dans un autre temps, trompé par la douceur climatique, il allait à une mort certaine car que pouvait-il espérer en Novembre ? Sa lignée n’irait pas plus loin, il allait s’éteindre sans descendance. Trop sensible, il avait interprété le temps comme propice et s’était autorisé une croissance qui allait devenir suicidaire. Un ornithologue avait dit à la radio le matin que les mésanges risquaient disparaître car le temps d’éveil des chenilles ne correspondant à la période d’éclosion des œufs et du nourrissage des oisillons. La plupart des jeunes allaient faute de nourriture mourir de faim car ils ne pourraient s’adapter si vite au changement. L’idée que ce n’était pas les plus dociles, les plus disciplinés, ceux qui respectaient les règles au mieux qui allaient survivre me traversa l’esprit. C’étaient les marginaux qui brusquement s’ils étaient tardifs, paresseux ou les pionniers hâtifs et entreprenant qui profiteraient le plus de ce retard et développeraient leur progéniture. Dans ce parc de toute beauté automnale, je jouais avec les reflets de lumière, les couleurs pour essayer de profiter au maximum de ce temps de latence, de ce temps forcé de passage dans la nature. Au lieu d’aller m’enfermer dans une salle d’archive à consulter de microfilms, je jouais avec les reflets, la beauté d’une matinée superbe et douce. Elle m’entrait par tous les pores dans le corps. Je n’aurais pas de renseignements généalogiques mais j’avais l’œil sur la beauté et la douceur de ce moment.


 

L’arbre du nom.

 

En regardant mon arbre généalogique, celui du « Nom », en le voyant dans sa totalité, je ne pouvais m’empêcher de faire le parallèle avec les phénomènes climatiques qui se passaient. Les espèces les moins adaptées à la modification ambiante allaient disparaître comme dans mon arbre certaines branches qui s’éteignaient fautes de descendants mâles.
Les branches des 4 frères en 1725, n’avaient pas donnés les mêmes descendances. Certaines étaient à la portion congrue. Il n’y avait plus de représentants mâles et plus d’une rameau avait disparu faute de garçons. De ne pas avoir compris les valeurs de la vie, les hommes avaient perdus leur vitalité, leur identité et n’avaient pas engendrés ou seulement des filles.
Ceux restés dans le village d’Antheit, le berceau familial, n’avaient à présent que quelques descendants. A peine le 10 ème de la totalité des porteurs du nom. Par contre la branche qui avait coupé les racines et pris son envol à partir de 1750 s’était bien développée mais avec un succès variable selon les sous-branches. Chaque fois les plus brillantes étaient celles qui avaient quittés la terre qui les avait vu naître, n’avaient pas respecté le milieu familial et étaient parties à l’aventure. La mienne était restée d’abord restée à proximité des terres de Fallais avant de tenter la dernière, de partir et risquer sa chance dans d’autres domaines.
A ce sujet, une phrase lue restait dans ma mémoire "Trois générations de bannières, trois générations de civières. "La forme du texte ne venait pas de mon père mais sur le fond, il exprimait la même chose. La première génération crée, la deuxième développe et engrange, la troisième profite du travail des pionniers pour mettre finalement fins aux succès passés. Nous étions d’après lui dans une période défavorable, couchés, blessés, ne hissant plus les couleurs. Avait-il raison ?
 Cycle des saisons, cycle des familles, cycle du temps.