20/01/2013

Nouveau comportement.

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À plusieurs reprises les semaines dernières, j'avais été surpris par ses remarques qui abordaient des domaines inhabituels. Elle s'était extasiée sur la forme d'un nuage, sur la couleur des feuilles d'automne, s'était étonnée d'une fissure apparaissant sur le plafond. Hier, c'était la partie séchée de la toiture plate, visible de la douche, qui l'avait interpellée. Elle semblait porter une attention à des aspects du quotidien qu'elle avait toujours ignorés. J'en étais étonné.

Quelque chose se passait.

Mercredi 14, elle s'était rendue chez notre fille pour la soutenir dans ses moments difficiles et ce qu'elle rapportait était bien différent de ses commentaires habituels. Elle semble l'avoir cajolé en étant proche d'elle physiquement. L'avait-elle entourée chaleureusement ? Était-ce un nouveau type de relation qui s'établissait entre elles ?

Curieusement, en prenant l'air avec le plus jeune des petits-enfants, elle avait trébuché sur la route et s'était blessée aux poignets et aux genoux. En tombant, elle avait même perdu ses lunettes sur le sol. Ses articulations en étaient sorties choquées et douloureuses. Cela demanderait quelques jours de convalescence. Tout en compatissant à sa douleur musculaire, j'avais émis l'idée que c'était pour elle une invitation à s'ancrer dans le sol, à s'enraciner.

Le jour suivant, au déjeuner, elle avait évoqué l'impact de ma réflexion à propos de l'enracinement, sans toutefois en exprimer les nuances d'une manière claire. Je l'avais compris: il m'était conseillé de ne pas pousser le bouchon plus loin mais de noter simplement ce qui avait été dit.

Généralement, toutes mes réactions étaient considérées et classées comme jugements. La conversation entrait alors dans une impasse.

Les textes de mes posts lui passaient parfois sous les yeux par inadvertance ou par curiosité car je notais parfois dans ses commentaires verbaux l'emploi d'idées qui y étaient développées.

Je ne pouvais lui confier la correction de ce que j'écrivais car elle aurait censuré ce qu'elle appelait "mes interprétations" et réutilisé toute faiblesse comme cible de ses critiques parfois acerbes.

N'avait-t-elle pas déjà commencé en inscrivant, à trois reprises, "jugement" sur la marge d'une page imprimée sur mon bureau ?

Cela ne m'avait guère étonné d'y trouver ce mot car c'était la seule catégorie qu'elle aimait y apposer. Pour elle, décrire un fait, apporter une hypothèse, n'était que "jugement".

Pourtant en parlant des corrections en cours de mes textes, elle me semblait s'ouvrir un peu plus et, à la limite, imaginer de nouvelles catégories  pour donner son avis.