06/01/2014

Ma fille demande, à ma femme, une photo de ses parents.

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En rentrant d'une après-midi de garde des enfants de notre fille aînée, mon épouse me dit. "Notre fille demande une photo de mes parents ! "

Cette exclamation m'avait touché, en plein cœur, comme la fléchette sur la cible. Une telle demande ouvrait un espace inexploré, apportait un sens aux événements que nous étions en train de vivre.

Mon attention se dirigea immédiatement vers le pêle-mêle familial. Sur celui-ci, cette photo n'existait pas. Je ne l'avais jamais observé consciemment. Mes parents étaient en couple, dans le jardin de la maison familiale, les parents de mon épouse avaient chacun leur portrait seulement. Ils n'étaient pas photographiés en couple. Après quelques années, le pêle-mêle devenait à nouveau le centre de ma réflexion, pour un autre thème, un autre regard sur notre quotidien, cette fois du côté de mes beaux-parents.(*1)

Nos photos étaient rangées dans divers endroits, souvent en vrac ou dans des pochettes, sans compter les nombreuses boîtes de dias. Je ne pouvais pas répondre immédiatement à cette demande car il me faudrait ouvrir des boîtes, des pochettes, faire des recherches. Dans le grenier où je m'étais précipité tant la question me semblait pertinente, j'y retrouvais des albums dont les photos ne répondaient pas à la question. Même si la photo existait bien cachée dans un coin ou l'autre, l'essentiel était dit par cette absence de leur couple dans le pêle-mêle.

Au petit matin, la question était toujours dans mon esprit et les idées se succédaient à ce sujet m'empêchant de repartir dans une dernière tranche de sommeil.

Cette petite phrase avait secoué le cocotier et de nombreuses observations s'échappaient, comme de gros points d'interrogation.

L'image du couple mythique de mes beaux-parents n'était qu'un concept, guère une réalité. Ils étaient ensemble, accolés l'un à l'autre, lui l'adulant, ne transmettant à leurs enfants qu'une des valeurs, transitoire du couple. Mon beau-père me l'avait dit indirectement en m'offrant au début de notre mariage, un livre qui s'intitulait- "Comment, réinventer le couple." Cela m'avait surpris intérieurement. Mais ce signe n'avait pas eu de sens à ce moment, sinon celui que je venais de découvrir maintenant. L'image fusionnelle du couple inégal qu'ils formaient avait été transmise à leurs filles et elles s'en étaient accommodées.

L'image du couple de mes parents sur certains aspects devait aussi leur être comparée, l'avais-je intégrée. La bonne image symbolique n'avait pas été transmise à mes enfants.

 C'est seulement maintenant que je comprenais un peu mieux l'imbroglio dans lequel j'étais plongé avec mon épouse et l'union que je formais, basée, me disait les enfants, sur trop de conflits et de divergences. Le mythe du couple vécu par mon épouse était différent du mien et chacun se disputait pour conserver le sien.

Comment alors ne pas m'étonner du couple de mon aînée qui partait à vau-l'eau et qui ne s'était jamais officialisée par un mariage ? Elle n'avait pas pu, ne l'ayant pas compris, demander le mariage à son compagnon et en faire une condition sine qua non.

Les images, les phrases, les situations passées revenaient vers moi et leur décodage était possible avec cette clé. L'image fictive d'un couple, nous habitait sans qu'on puisse la décoder comme on le ferait d'un code secret. La clé en était me semble-t-il, l'image manquante sur le pêle-mêle, l'image de mes beaux-parents, côte à côte.(*2) 

Quelques années plus tôt, ma soeur cadette m'avait dit : « C'est curieux chez vous, vous travaillez chacun de votre côté. Avec mon mari, nous travaillons souvent ensemble. » Je l'avais noté simplement dans ma mémoire et, ce matin, la phrase en était ressortie pour expliquer la sensation forte et curieuse que j'avais eue en juin dernier. Alors que je détapissais un pan de mur, ma femme s'est approchée de moi un couteau de peintre à la main et s'était mise à mes côtés pour enlever les lambeaux de tapisserie récalcitrants. Nous avions eu un regard l'un pour l'autre, un sourire. Une vague d'émotions m'avait envahi en la sentant avec moi dans l'action, dans le projet commun. L'événement avait duré à peine deux minutes. Il m'avait semblé d'une qualité extraordinaire, d'une profondeur jamais observée. Un vécu neuf et j'en aurais bien repris jusqu'à l'indigestion mais ce moment n'était pas revenu. Nous étions repartis dans nos activités réciproques. Nous avions dans l'action fait à ce moment, la paire. La plupart du temps, elle tire à gauche, à droite, pousse, prend la place me bouscule, demande, exige au lieu d'être "avec" concrètement dans le projet.

Pour l'installation de la cuisine nouvelle cuisine, elle n'a pas vidé l'ancienne, en classant avec moi les contenus des armoires, en s'associant au tri que je lui demandais de faire. Elle était occupée à ses affaires. Elle voulait conduire à sa manière la transition sans entrer dans la réalité et l'expérience du quotidien qui avait condamné beaucoup d'objets à l'inutilité. J'avais renoncé au dialogue et à la gestion commune laissant les problèmes s'accumuler pour les résoudre à ma manière, en solitaire.

Nous n'étions pas un couple mais attelés sous le joug, d'un lien social rempli d'habitudes. Notre association avait fonctionné de cette manière. Alors comment s'étonner que notre fille aie rejeté notre modèle, en n'entrant pas dans un mariage social, que notre fils en arrive à faire le même trajet ? Était-ce étonnant ? Dans leur couple, pourrait-il vivre ce qu'on n'avait pas mis en pratique dans le nôtre ?

 Sous notre activité quotidienne de parents, cet aspect des choses n'avait pas été vécu et transmis.

La profonde acceptation des besoins de l'autre, l'association dans un projet commun, comme celui du détapissage et la négociation de son espace vital et personnel. Le ciment social parental n'était pas suffisant, il fallait un dialogue profond et une ouverture inconditionnelle à l'autre. Ce n'était guère de la théorie, c'était une vivante pratique.

Cette attitude individualiste avait sans doute bien des raisons mais elle n'était pas contrebalancée par ce lien profond et ce plaisir de faire équipe, non pas dans la charge de la progéniture, ni dans l'aspect social mais dans l'aspect intime de la relation d'égalité, sans soucis de dominer l'autre, dans un esprit de commune union, de communion.

 

(*1)  Le pèle-mèle.

(*2) La cousinade.

04/10/2006

Photos

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Le pèle-mèle.

Pour me rendre à une session de développement personnel appelée « Se libérer des entraves du passé », j’avais du, en préparation, faire quelques recherches dans le tiroir des photos de famille. J’en avais retiré quelques unes de mes parents, de mon enfance,de mes frère et  sœurs du temps de la fratrie. Rangées avec les gouaches, le matériel de dessin, des feuilles A3, elles faisaient partie du kit demandé par l’animatrice pour nous mettre à l’œuvre le lundi suivant, premier jour de la session.

Alors qu’il en ignorait les préparatifs et probablement la date du départ, mon fils était passé, ce samedi,  en coup de vent comme à son habitude. L’idée lui était venue de nous emprunter un cadre, les photos qui lui manquait, les photos de ses sœurs,  et de nous, ses parents pour constituer le pêle-mêle qu’il voulait mettre dans son nouvel appartement.

Cela m’avait après coup surpris car je ne pouvais manquer de voir la simultanéité qui était en train de s’établir, de part et d’autre comme en symbiose. Parallèlement par les photos,il se reliait à moi, à nous, juste au moment où j’allais travailler le lien qui me reliait à mon passé et mes parents.

Cela n’avait pas l’air de lui poser problème, le problème était chez moi. En effet, je n’avais jamais mis dans les pèle-mêles familiaux,  la photo de mes parents, à coté de celle de mes beaux-parents pour indiquer à nos enfants leurs doubles  origines. Visuellement la place de mon père et de ma mère n’était pas occupée.

Je faisais de la généalogie dans les fichiers, les arbres généalogiques, les microfilms sans étaler en plein jour mes auteurs. Le lien concernant mon coté père, mon coté mère ne se voyait pas.

C’était vraiment paradoxal. Une fois de plus  le dicton, « C’est le cordonnier qui est le plus mal chaussé. » trouvait son expression.