08/05/2009

Vierges dans la nuit.

Vierges2Lg

Depuis 5 à 6 ans, même plus, le petit tableau peint par mon frère, dans sa période acrylique, était accroché au mur, dans le coin au-dessus de la TV sous mon regard journalier. Il l’avait nommé « Vierges dans la nuit. ». Cette attention m’avait touché et rempli de plaisir car il exprimait quand même une atmosphère curieuse et un questionnement.
Il distribuait à sa fratrie des exemplaires de la production, de son temps passé à l’académie de sa ville où il passait des moments de créativité, de convivialité. Plus d’une fois, un de ses « soit-disant »  voyages d’études, m’avait rendu jaloux et envieux d’une vie d’artiste.


Son accident

Son AVC, l’avait ramené, à une autre réalité, dure, implacable, le fixant pour longtemps, si pas définitivement dans un fauteuil de handicapé. Dans son impasse d’exilé, il s’était réaménagé un espace de circulation à peine adapté à sa mobilité avec dans sa chambre, sous sa vue d’alité, la version A ou la version B du tableau qu’il m’avait offert. 
Dans un format identique au mien mais horizontal, cette fois avec une vierge noire, qui contrairement à la mienne, était mise en avant du groupe, du coté gauche. Variation autour d’un thème. La vierge principale de mon tableau étant centrale et peinte en clair.
Nous étions lui et moi propriétaire d’un tableau du même intitulé et confronté ainsi aux mêmes symboles, avec des couleurs opposées.
L’histoire des femmes dont le prénom commençait par M, semblait avoir été posée abstraitement comme un point d’interrogation accroché au mur, comme une énigme à résoudre, comme un indice peut-être de « chercher la femme ». Celle qui de génération en génération pose question à la lignée des mâles.
N’étions nous pas aussi en temps que chrétiens, éduqués dans la foi avec Marie, la Sainte Vierge comme personne importante, fondamentale, avec aussi un prénom commençant par M. 
Deux dimensions semblaient concernées, la dimension humaine et la dimension spirituelle.
Symboliquement toutes ces formes sur le tableau, exprimaient la kyrielle des prénoms féminins commençant par M., qui avait fait partie de sa vie, plus indirectement, il synthétisait la quête par les prénoms de la porteuse initiale du prénom, personne cachée dans l’inconscient familial. Sans doute, était-ce un peu poussé de vouloir associer le tableau à la liste des prénoms, n’empêche qu’au minimum, nous étions confrontés par son œuvre à une question essentielle- " Qui était l’inconnue originelle au prénom commençant par M ?" 


Les nouveaux indices

La dernière personne a être entrée dans son cercle de connaissance, à la clinique où il se rend tous les jours, porte elle aussi un prénom commençant par M. Et étonnement alors que j’écris ces mots, comme pour accentuer le questionnement, le jeu des prénoms se poursuit. Deux nouvelles connaissances que je viens de faire, via une invitation à dîner de mon épouse, hier, portent chacune un prénom commençant par M. , et ils n’appartiennent pas à la liste des prénoms de mon frère.
Nos deux tableaux, symbolisent l’éternel féminin, interdit à l’homme, la femme mystérieuse qui questionne la fratrie depuis des mois, et qu’en Mai, une fois encore je réveille par mon écriture.
Dans un des rêves du mois dernier, derrière le brouillard habituel de l’histoire, une impression fugace d’un personnage féminin chaleureux, proche, intime même me reste en mémoire. Une ancienne collègue de bureau, dont le prénom commence par M. y est apparue pour la première fois. Elle était la plus sensible à l’interaction quotidienne de la convivialité, à la fois la plus éloignée et la plus proche car aucune fois une tasse de café ou un repas ne nous a mis à la pose en face à face. Proche et lointaine. Intouchable, comme les statues que l’on admirait dans mon enfance, placées dans des globes en verre. A regarder mais à ne pas toucher.
A l’image de ce lien, immatériel le questionnement par le M, de ce qui nous a été imprimé comme relation à la femme, questionnement hérité de nos géniteurs communs. Femme, mère d’abord et ensuite vierge mère.