11/02/2009

Le fête de famille.

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L’heure H.


La journée entière avait été consacrée à l’aménagement secret de la salle où aurait lieu l’anniversaire de ma plus jeune fille. Son frère et sa sœur avaient orchestré de loin les préparatifs. Mon aînée allait souper chez son amie comme régulièrement et elle était présente en attendant l’heure du départ. Mon fils avait pour justifier sa présence, organisé avec sa remorque une livraison de bois à la maison familiale. Son mari qui l’occupait dans une activité extérieure devait réapparaître au moment de partir avec elle au restaurant. Derrière une activité normale, se tramait un complot sympathique. 
Cette fête, liant la fratrie et les beaux enfants, me plaisait beaucoup. Les voir à l’œuvre avec efficacité et selon un plan presque parfait me régalait. Rien que pour cela, c’était déjà une belle fête. 
L’amplificateur de base était manquant sur la liste du fils mais celui de mon installation avait pu faire l’affaire et compenser l’objet oublié. Tout était sauf. Il ne restait plus qu’à conduire l’héroïne à 8 heure précise au restaurant, repère visible et neutre à coté du lieu de la fête 
Comme mon intention était d’y faire aussi une fête pour ma mise à la pension, nous avions convenu de passer à la salle avec ma fille pour voir l’arrangement final avant qu’elle ne rejoigne son mari. 
A peine entré dans la salle obscure, qu’elle illumina, la salle entière cria « Surprise ».


Le coup de théâtre.

La présence de beaucoup de figures de nos amis, le dévoilement de l’objet de la stratégie en quelques mots me fit réaliser en quelques secondes que les héros de la fête, étaient mon épouse pour sa prépension toute récente et moi pour le deuxième mois de ma retraite. L’émotion monta jusqu'à ma gorge accompagnée de quelques larmes discrètes tant le basculement de circonstances était fort. Le calme plat puis comme un saut à l’élastique, la plongée dans l’émotion.
Du mieux qu’ils le pouvaient, dans la discrétion, mes enfants avaient rassemblés un grand lot d’amis et de connaissances, préparés des petits mots témoignant de notre cheminement et de la relation qui s’était crée entre nous. La fête était vivante, me remplissant d’une joie profonde, de fierté et d’admiration pour eux et leur organisation sans faute. J’avais marché d’autant plus que j’avais participé aux tâches d’aménagement de la salle pour la plus jeune, n’imaginant à aucun moment le retournement de la fête en ma faveur. L’amitié qui m’entourait était un nectar de vie.


Le faux pas.

Après tous ces témoignages, il me revenait lors d’un jeu de devinettes à propos d’objets rappelant des souvenirs de dire un mot de remerciements. Dans l’énumération des acteurs, j’oubliais ma plus jeune fille qui pourtant avait entamé la soirée par le mot de bienvenue. Son intervention n’avait apparemment pas fait mouche dans mon esprit car perturbé par l’émotion et malgré le rappel discret et audible d’amis, je n’étais pas arrivé à la citer. Du fond de la salle, elle me dit clairement et à haute voix, « Encore une fois, tu m’as oubliée ! » L’événement revient à ma mémoire, en effet, il y a presque trente ans, alors qu’elle avait un mois, nous avions été la présenter à ma grand-mère paternelle, malade et alitée dans son living. 
A la fin de la visite alors que je m’apprêtais à lancer le moteur de la voiture après y avoir installé les deux grands, ma marraine, sa sœur s’agita sur le seuil de la maison en criant « Vous avez oublié la petite ! » qui effectivement dans l’agitation du départ était restée dans son couffin sur le pied du lit de ma grand-mère. Le passé était le présent. La gaffe était faite et connaissant ma fille, sa vivacité, son assertivité, mon oubli ferait date dans l’histoire. 


Le lapsus.


En repassant l’événement, à froid, je retrouvais encore nettement le rappel des amis, citant son nom, le blanc dans mon esprit ; «  La remercier oui, mais pourquoi ? » Je ne visualisais pas son intervention. 
J’étais face à un « impensé » sorte d’espace muet la concernant dans mes pensées. 
Dans mon histoire, l’histoire de notre couple, il y avait là une interrogation majeure, à propos d’elle, de sa place, de sa présence. Elle venait à nouveau de surgir du passé, comme non résolue. « Dans quelle direction chercher, pour quel motif enfoui dans l’inconscient familial, dans celui des lignées et lesquelles ? » 
Fallait-il porter mon attention au rang 2 pour les filles, au rang 3 pour sa place dans la fratrie peut-être mais qui dans les lignées matrilinéaires posait problème?
 De mon coté, je l’avais ressenti dans d’autres circonstances : le mystère du troisième enfant que mon grand-père maternel comptait toujours - deux enfants et une fausse couche- pour évaluer sa virilité face à mon père qui en avait quatre. 
Fallait-il associer la ressemblance flagrante entre ma mère, jeune fille et ma grande dernière comme le rappel d’un poids, d’une valise transmise bien malgré la conscience des acteurs.
Du coté de mon épouse, comme il n’était pas question d’y regarder le mystère planait dans un silence néfaste. Fallait-il s’étonner que le corps parle ?
Ma fille avait compté les points, mais comme des faits remarquables qu’il fallait garder en mémoire, non pour rabacher ou pour agresser mais simplement pour nommer le fait et dans le temps y trouver un sens. 
Elle restait sereine et sans rancune en gardant le doigt dans la plaie. 
Nous en avons convenu, le fait restait clairement présent comme interrogation.