01/06/2009

Le faire-part, puzzle.

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Pour la troisième fois au moins, mon épouse me poussait à assembler le faire-part de naissance de notre dernier petit-fils, fils de notre fils unique. Ce faire part était resté sur la table du salon depuis cette date mémorable où enfin, malgré ma soi disant neutralité, je voyais le « Nom » se transmettre. De l’énervement m’envahissait d’abord ce coup de pouce dont je ne voulais pas, puis au boulot, l’apparition d’un collègue au comportement de Tarzan, puis les échanges de mail important touchant à une expérience étonnante, m’empêchaient de me mettre tranquillement à ce petit travail d’assemblage.


Les petits bouts de papier.

Le samedi suivant, enfin, ma concentration étant suffisante pour entamer ce petit jeu proposé par le fils pour annoncer la naissance du premier porteur du « Nom ». Le faire part avait une forme unique et originale. L’assemblage des pièces de puzzle à coller sur un carton joint permettait de connaître le détail de l’événement.
Curieusement, mon épouse ne voulait pas prendre part à l’exercice. Par ses rappels, elle me poussait à mettre la main à la pâte, à passer de l’observation à la réalisation, ce qui posait problème à cause de ma résistance diffuse et non motivée apparemment.
Alors que j’étais en train d’assembler les pièces, avec attention, vu la fragilité du papier, une intuition me traversa l’esprit. C’était comme avec le pèle mêle de photos, quelques années plus tôt, alors que mon fils ne savait rien sur mes écrits, il utilisait le support de la première messagère à la Sadhana à Rochefort, le puzzle. Il reprenait l’image souvent utilisée dans les réflexions de mon cheminement écrit, le symbole de la construction lente d’un univers, pièce par pièce et l’apparition finale de l’idée nouvelle quand un nombre suffisant d’éléments supports étaient apparus.
L’image finale du faire-part me fit fondre dans l’émotion, dans l’émerveillement de la coïncidence. Une synchronicité me touchait, s’étalait sous mes yeux. Le « Nom » sur lequel j’avais médité, la quête des dernières années, tout ce qui avait été cherché par bribes, par petites touches venait de prendre forme, le petit fils. Le premier porteur du nom, annoncé par le puzzle, symbolisait l’achèvement de la quête de l’homme. Le masculin reprenait du poil de la bête, se manifestait à nouveau.


L’image du faire-part.

Mon fils par le support de ce faire-part, montrait une intégration de mon cheminement dans le sien. Il se relayait curieusement par ce symbole du puzzle à ma quête éperdue de sens. Les éléments acquis petit à petit semblaient émerger chez lui, comme un miroir de mon travail sur moi-même. Il avait décrypté l’essence de ma démarche et par ce choix me le faisait à nouveau savoir. La première fois par, le pêle-mêle de photos qu’il souhaitait construire en m’y intégrant alors qu’à ce moment, j’allais conclure à l’importance d’intégrer enfin mes parents dans celui qui ornait le living familial. Cette fois,en intégrant son fils dans le système familial, par une démarche visuelle le faire-part, qui reprenait le support de ma quête, la pièce à ajouter aux autres pour enfin découvrir un sens aux événements.
Pour lui, n’étais-ce pas aussi comme l’expression d’une vie à construire en intégrant toutes les composantes, toutes les ressources dont il disposait avec sa compagne pour faire une œuvre, une construction. Cette nouvelle vie, dont il fallait assurer la survie et la mise en forme en l’adossant aux gains et aux bénéfices des ancêtres des deux lignées.