30/10/2008

La lignée des mères

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La chaîne.



A quatre ans déjà, mon aînée savait faire sa valise pour partir en vacances à la campagne chez mes beaux-parents. Elle rassemblait son nécessaire, simplement, efficacement. Ma femme l'avait voulu pour elle, et elle avait acquis les réflexes nécessaires pour cette tâche qui lui ouvrait un espace qu'elle adorait.

 A son âge, ma femme vivant en ville, était soumise à ce même régime, pour aller passer le week-end à la campagne. Elle faisait le vendredi sa valise, souvent contrainte et forcée au fur et à mesure où elle grandissait. Elle en avait ainsi acquit les réflexes. 
Un quart de siècle plus tôt, sa mère, orpheline se rendait régulièrement chez les Tantes pour participer à une vie de famille digne de ce nom, en présence d'une mère de substitution. Simple tâche de l'économie familiale, enchaînement et transmission.


Ma fille cadette avait repris, inconsciemment ce schéma de fonctionnement. Elle avait une tendance marquée à placer ses enfants, parfois sans raison majeure, chez ses beaux-parents surtout, coté père, coté restant dans le passé, présent dans la rupture de la cellule familiale de sa grand-mère. N'y avait-il pas par la proximité des dates de naissance de la lignée des mères comme une mise en scène silencieuse, décalée du drame qu'avaient été les placements vécus par sa grand mère.
 (Elle était née à la date de la mort de l'arrière-grand-mère)

Les vacances.

Mes petits-enfants étaient attendus pour deux jours et venaient d’être déposé par ma fille ainée quand découverte, drame, la valise de la petite était resté à leur domicile. Elle n’avait pas son doudou, son pyjama, ni ses affaires. Dans la préparation une heure plus tôt, la valise qu’elle avait bien préparée elle-même était restée dans un endroit inhabituel et ma fille dans sa précipitation ne l’avait pas emportée. 
Comme un fait exprès, mon texte venait de se concrétiser dans le petit incident, permettant à ma fille de négocier avec la sienne la transmission. Il lui fallait prendre distance, avec le doudou, avec la sécurité des vêtements et objets connus, pour s’adapter à la situation. Avec affection, elle négocia un par un, ce qui pouvait faire problème.
Elle dormirait dans la même chambre que son frère, qui serait son doudou symbolique si nécessaire. Il lui apporterait la consolation souhaitée. Elle aurait un pyjama beaucoup trop long dont on retrousserait les jambes. Des sous-vêtements oubliés feraient l’affaire. Heureusement, un petit nécessaire de toilette, avec un miroir fit diversion. La déception travaillée, négociée, son sourire revient. L’incident était clos.


La transmission.

Pour de nombreuses actions, tâches, habitudes, la transmission s'est mise en route, à un moment donné, s'est poursuivie dans le temps, pour utilement ou symboliquement apporter aux générations un cadre de références, une ligne de conduite, un savoir.
Pour des dizaines d'autres tâches, patiemment de génération en génération s'est construit le tissu des ressources, des modes d'actions pour l'efficacité d'une branche familiale, pour sa survie même.
Ce faisceau porté, entretenu, amélioré fait d'une famille, un ensemble performant dont ses membres bénéficient chacun, à leur tour.
Le succès s'appuie sur les générations. Heureux celui dont les ancêtres ont transmis un savoir adapté à la société, les règles du respect des espaces de chacun, des réflexes économiseurs de temps, d'énergie, la souplesse d'adaptation aux situations nouvelles. Coté efficacité, c'est valorisant, responsable, c'est un gage de succès.
Coté sombre, cela limite, enchaîne, handicape. Les réactions sont inadéquates, inutilement pesantes, remplies de préjugés.