24/04/2011

Jeudi Saint

 pleine conscience,pardon,moment présentC'était clair et net, suite au psychodrame à propos de l’argent avec le responsable à propos de gestion de la grande salle, il ne m'était plus possible de participer, à la cérémonie du Jeudi Saint. Son symbole principal, en effet, était le lavement des pieds, la mise en exergue du maître qui se fait serviteur, de celui qui a le pouvoir et qui le rend pour se faire humble parmi les humbles. Indiquant ainsi qu'il n'est pas dans une relation de domination mais dans une relation d'égal à égal, une relation de communion. Comme sa main droite ignorait ce que faisait sa main gauche, je ne pouvais assister à cette cérémonie.

En effet, dans les derniers mois de notre relation, sa communication avait été marqué par un aspect violent, celui du maître qui veut commander à une personne qu’il considère comme son esclave, même dans des domaines où sans connaissance technique, il voulait obtenir raison. Conflit d'autorité certain mais aussi violences verbales et agressivités blessantes pour obtenir par principe le haut du panier.

La tension s'était terminée quelques jours plus plutôt par une rupture définitive. Je lui avais rendu les clés de l'espace géré pour me protéger de cette ingérence qui me blessait et me mettait le genou à terre. Comment dès lors vivre cette cérémonie, si l'officiant ne semblait porter son habit que pour la cérémonie.

Ma perception de l'étendue symbolique du lavement des pieds par le livre de Béatrice Bruteau quelques mois plus tôt et surtout la présentation du sens de celui-ci par un ami me rendait plus difficile encore cette participation à la cérémonie du Jeudi, expression ultime de ce retournement d’attitude.(*)Je restais donc à la maison pour reprendre en compensation la lecture déjà avancée d’un autre livre de l’auteur cité plus haut, « Radical optimism ».

 

Qu'elle ne fut pas ma surprise d'entrer par le chapitre - Le fini et l'infini. - en page 68 dans un commentaire entre autres à propos du pardon. La tension entre nous se devait, si je voulais garder le contact avec la communauté, de tous ceux qui cheminaient avec moi, vaille que vaille, être annulée, ou placée à distance. Il me fallait éviter le pouvoir qu’il prenait sur moi, en lui rendant ses comportements, ses mots blessants. Il me fallait le laisser à distance sécurisante et continuer à vivre ma relation avec la communauté.

D’une certaine manière un pardon devait être donné.

L’auteur, proposait une lecture nouvelle de celui-ci, posait que la base du pardon, se trouvait dans le vécu du moment qui se présentait, moment nouveau qui n’était pas associé à un moment passé, dépassé, totalement inaccessible. Etre bien par rapport à moi-même, ne pouvait être vécu, atteint que si dans l’instant, loin du passé et de ses difficultés, loin du futur et de ses angoisses, je vivais non pas en rapport avec la parole et les actes des autres, mais la pulsion de vie qui m’était donnée dans le moment, loin des limites présentes, de la rigidité de mes formes, de mes attentes. Etre dans le moment de création instantané qui fait que la vie coule en moi, dans le moment du processus de vie qui me fait exister, être comme le mot présenté par l’auteur « be-ing ». Etre en train de vivre activement.

Elle ajoutait.

Vous pouvez pardonner à une personne quand vous réalisez que la personne vivante est celle qui est portée sur le moment immédiat de la vie qui s'exprime en elle. La personne réelle n'est pas celle qui m'a blessé, il y a quelque temps ou quelques mois. Ma relation avec l'autre pour être réelle est une relation avec la personne vivante non pas celle qui est morte dans un passé mort.

 Il ne me restait plus qu’à tenter de vivre le présent de cette manière chaque jour.

 (*)The Holy Thursday Revolution-Béatrice Bruteau.