12/06/2012

Le parcours d'artiste.

inceste,poireau,questionnementElle s'était remise de la céphalée qui l'avait accablée le matin et semblait en ce début d'après-midi avoir retrouvé sa forme prégnante mais remplie de nervosité. A croire que ses tensions internes ne pouvaient être dissipées que dans une agressivité marquée à mon égard. Bref elle exportait son mal être et je m'en sentais la cible. Tenu par ma parole donnée  de sortir vu le temps agréable et la visite souhaitée chez une artiste de nos connaissances, nous étions sortis. La tension était vive, à la limite du supportable. Nous étions loin de la balade détendue et apaisante qu'on imagine faire le dimanche pour sortir du stress de la semaine.

Un peu d'air frais nous ferait du bien. Je voulais voir le monde des artistes confirmés exposant leurs oeuvres dans des intérieurs et trouver une ouverture à des univers variés, surprenants parfois.

Au hasard du parcours la relation entre nous prenait de plus en plus de poids et d'énervement.

Nous étions entrés dans un intérieur présentant les oeuvres d'une peintre. Des personnages mystérieux vêtus de cape, sorte de fantômes informes qui vivent dans les maisons hantées, étaient placés çà et là. Personnages qui émergent de l'inconscient pour exprimer les mystères des secrets de famille. Son intention s'était portée sur une série format carte postale à un prix attractif. Elle avait après hésitation, acheté un groupe de carnaval. Négligeant les traits du visage, l’artiste laissait transparaître un sentiment glauque informel permettant l'expression d'un indicible. Comme sa fille le jour précédent elle entrait dans le thème de la maison hantée. L'extérieur lui permettait d'exprimer un état intérieur.

Lassé par ses remarques intempestives, ses exigences pour le futur, pour la modification d'un décor de la maison d'une organisation quotidienne, j'avais coupé court à ce parcours qui était plus une course d'obstacles et un combat d'escrime. Nous étions rentrés. Cette nervosité latente m'insupportait. Bousculant mon souhait d'enfin profiter du temps pour chasser mes tensions, ma fille s'annonça avec sa famille pour le souper. Elle débarquait me semble-t-il pour continuer la conversation commencée par téléphone.

Mais cela ne se déroula pas dans cet esprit. Elle se retira un quart d'heure avec sa mère dans le salon.  J'entendais leurs voix sans rien distinguer. Les enfants intrigués venaient jeter un coup d'oeil par le trou de la serrure à cette scène inhabituelle. Après avoir posé la question de mon côté, j'imaginais qu'elle interrogeait sa mère sur les mêmes sujets. Elle s'inquiétait, selon mes pensées à propos du thème déjà évoqué le jour précédent, de l’inceste possible dans une branche,  de l'animosité des femmes envers les hommes. La prépondérance de l'image du père sur l'image de l'homme avait-elle évoquée ? Y avait-il eu  inceste, viol dans la lignée des mères ? Peut-être ? Je n'en saurais rien. La réponse semblait déjà prête, "Tout allait bien Madame la marquise, tout allait bien". A sa manière de procéder, elle voulait enquêter à son rythme sur ses ascendants. Le repas terminé, elle nous quitta avec sa famille sans que la moindre pensée ne soit accordée à cette conversation entre nous avant-hier. C'était cette fois le domaine des femmes.

Fermement décidé à laisser aller les choses je restais muet comme une carpe attendant de mon épouse une ouverture, un indice. Quel ne fut pas mon étonnement profond le lendemain au-dessus de sa table de nuit, de visualiser un tableau d'une demi page verticale représentant un poireau suspendu. Élément neuf apparemment. Symbole soulevé il y a longtemps dans une soirée d’interprétation de rêves, il exprimait le sujet refoulé celui de la sexualité instinctive. L'atmosphère était entourée de mystère. Les secrets de famille tournant souvent autour de la mort et du sexe s’activaient.  Après la mort aperçue dans la dépression de l’ aînée, le sexe apparaissait symboliquement à travers le questionnement de la plus jeune et de l’image du poireau surgissant au-dessus de la table de nuit.