21/12/2012

Le Saint du jour.

prénom, saints du calendrier, Comme je terminais paisiblement ma tasse de thé matinale, la sonnerie du téléphone me sortit de ce moment tranquille. Avec réticence car croyant encore recevoir un appel marketing je décrocherai l'appareil. Surprise agréable, c'est ma fille aînée. Immédiatement j'avais ressenti une fermeté et une harmonie dans son timbre de voix. C'était  un bon  jour, une éclaircie dans sa vie de dépressive. Elle allait mieux, beaucoup mieux.

Après quelques mots d'échanges formels, elle me confirma son souhait d'avoir la visite de sa mère l'après-midi. Quelques jours plus tôt le message aurait été le report ou l'annulation du projet ; aujourd'hui le vent avait changé, il soufflait même dans ses voiles. Elle était un peu mais suffisamment assertive, dynamique pour qu'une vague d'enthousiasme se mette en route en moi : enfin le changement souhaité, attendu ! L'après-midi, elle avait pris la décision de s'occuper d'elle comme on lui suggérait depuis longtemps : elle allait se faire du bien et bénéficier d'une séance de massage. Se laisser aller, se faire dorloter, renforcer sa relation à son corps fort bousculé les semaines passées. Se prendre en charge, se donner du plaisir pour affronter la tourmente des émotions à peine apaisées. Que souhaiter de plus pour cette journée.

Une demi-heure plus tard, un deuxième appel téléphonique, pris par mon épouse, insensible aux sollicitations commerciales. C'est pour moi. Le père Luc me souhaite un bonne fête. Surprise, étonnement, cela sortait de mon schéma de pensée, d'action. J'ignorais jusqu'à ce moment que ce vendredi était dans le calendrier consacré à mon saint patron. Je l'aurais sans doute appris à un moment ou l'autre ou alors vu avec indifférence sans doute, avec un observation sans émotion pour ce fait ordinaire à mes yeux. Fallait-il m'enthousiasmer pour un tel événement ? Je ne suis pas fête.

À son tour, la soeur du père me transmit ses vœux. Tant attention à mon égard, c'était beaucoup trop. J'étais déstabilisé, secoué intérieurement.

Troisième appel de la matinée, à nouveau à mon attention. Petite cerise sur le gâteau, au bout du fil, c’est une voisine handicapée qui a aussi pensé à ma fête en me souhaitant d'être ce que signifiait mon prénom dont le sens traduit du grec, était " Force ".

En repensant à l'appel téléphonique de ma fille juste un peu avant, je ne pouvais que me réjouir : c'était vraiment un jour de fête, un moment de grâce. Sans ces coups de fil, j'aurais laissé passer l'appel de ma fille comme tout au plus une bonne nouvelle ; en associant les événements, sa décision d’être attentive à sa santé, l'attention du père Luc et de sa sœur, cette amie, je fus envahi par un émotion profonde. En  décodant ces appels comme des cadeaux, comme un attention profonde m’étant destinée pour me soutenir dans un quotidien trop souvent neutre.

 Ces appels m'avaient retourné comme un crêpe. J'étais sens dessus dessous. J’y voyais un signe de synchronicité, un conjonction d’indices et fut transporté dans un émotion profonde qui se marqua par des larmes dans le coin de mes yeux. Par delà l’indifférence, la neutralité des moments et des jours, je venais d'être gratifié de cadeaux précieux, d'une éclaircie pour notre fille,  de la convivialité de l'attention pure et simple de mon entourage. Moment magique émotionnant, gratifiant.

Oui, c’était effectivement ma fête!

09/09/2012

Installation électrique.

psychogénéalogie,enfant de remplacement,hérédité,prénom,épigénétiqueComme sa soeur, elle avait fait construire une  pièce pour y faire son bureau. J'avais accepté d'y installer les prises de courant et contribuer ainsi à lui assurer un espace personnel à côté de celui de ses enfants et de son mari. Cette décision changeait la donne, elle se créait un petite jardin secret, un espace bien à elle comme du temps de son enfance à la maison avec sa chambre. Cette démarche semblait s'appuyer sur ces stages d'évolution personnelle et sur la recherche de son identité.

Avant de repartir, je m'étais assis sur le divan à côté de la planche à repasser où elle s'activait pour préparer les vêtements de vacances pour sa famille. C'était la première fois que nous étions dans cette atmosphère de détente et d'activité. J'en profitais pour lui faire part des quelques événements récents et surtout ma découverte généalogique « l'enfant de remplacement ». Elle était concernée par sa recherche dans la lignée des mères et par cette découverte que la marraine de sa grand-mère maternelle était un enfant de remplacement. Quatre générations l'en séparait mais vu que sa date de naissance était celle de la mort de l'arrière-grand-mère, la coïncidence valait qu’elle s'y intéresse. Le fantôme de Philomène était féminin, c’était sa sœur ainée. La vie et la mort se côtoyaient en elle. C'était un combat, un lutte à mort pour exister. La survivante devait tout faire pour être reconnue . « J'en connais une autre aussi qui est enfant de remplacement » dit-t-elle pendant que je poursuivais la conversation.

Mon père portait le prénom du frère de sa mère, décédé très jeune. La fratrie de ma grand-mère avait décidé que le premier garçon qui naîtrait dans leurs familles respectives porterait ce même prénom, en mémoire. Ici l'affaire semblait plus diffuse, ils étaient plusieurs a en porter la charge. Était-ce le fait d'être le fils d'un enfant de remplacement qui avait attiré mon épouse. Quelque chose de déjà connu était présent et cela l’avait attiré elle qui aussi appartenait à un lignée où cela s'était passé.

Après quelques minutes ma fille me confirma que sa belle-mère portait le prénom féminisé de son frère aîné, décédé avant sa naissance.

Elle n'avait pas été entièrement reconnue et portait un fantôme. Est-ce pour cela que mon beau-fils à un regard si fuyant, que l'on ne peut pas le saluer en le regardant droit dans les yeux. Sa mère n'avait pas été vue pour elle-même mais pour un autre. Elle n'avait pas regardé son fils dans la prunelle des yeux. Curieusement lors d'une constellation familiale, j'avais perçu en moi cette problématique de ne pas avoir été regardé et par hérédité, ma fille avait choisi un homme qui portait ce même reflet.

Echeveau qui se dévide, mémoire qui s'ouvre et  qui se dissout au fur et à mesure où la parole circule. Puis elle revint sur son poids qui objectivement ne diminuait pas malgré ses nombreux régimes comme si sa corpulence lui était nécessaire comme support pour occuper sa place dans la lignée. Présence physique massive plutôt que présence turbulente pour affirmer qu'elle est bien vivante. Envie insatiable de sucreries pendant son adolescence pour compenser cette douleur sourde et profonde. Achats nombreux dissimulés dans le caddie sous les yeux d'une mère qui ne voyait rien car elle non plus n'avait pas été regardée.

L’atmosphère de cette conversation était sereine comme elle ne l'avait jamais été. Il n'y avait plus l'intention agressive des semaines passées. Avait-elle peur de cette découverte ? Etait-ce l'exacerbation nécessaire à la mise en scène de cette découverte. Du choc des idées jaillit la lumière.

On verrait avec le temps après les vacances ce que la détente apporterait dans le train de vie quotidien. En augmentant le lien avec sa vraie nature, en se dépouillant des liens erronés emportés dans les valises de l'hérédité, elle se bonifierait et deviendrait plus présente à elle-même, plus légère.

Elle allait je l'espère « Porter son attention » et se laisser entraîner dans le changement