20/04/2012

Le livre message.

éducation,patrimoine,relation au père,philosophieLors de sa dernière visite rapidement, elle avait déposé un livre sur la table du salon en attirant mon attention sur le titre. « L'homme qui donnait son avis ». Elle insista sur l'un des aspects du livre mis en valeur en sous-titre et me conseilla de le méditer  pour « entendre un autre point de vue ! »

Le sujet était de nouveau sur la table « Papa pourquoi n'acceptes-tu pas le point de vue que j'apporte ! » « Tu ne peux pas toujours avoir raison. Mon expérience est aussi valable que la tienne !

Un différend s'était installé entre nous à propos de son expérience de l'année dernière et de l'idée qu'à tout prix, elle défendait. La puissance de la volonté. Son informatrice lors d'un stage l'avait convaincue de l'assurance d'atteindre son but, pour autant que l'on y croit suffisamment. Par sa seule volonté, sa fermeté, sa conviction, le résultat ne tarderait pas à se présenter. Il venait à portée de main. Elle voulait une fermette et avec toute sa détermination, la fermette allait  venir comme par magie dans le champ de ses possibilités. Elle la voulait et l'aurait envers et contre tout.

C'était une sorte de pensée positive, de pensées magiques qui permettait sûrement et rapidement de toucher à ses souhaits.

L'expérience m’avait appris que oui sans doute l'on souhaitait le succès, la réussite professionnelle, l'épanouissement dans son travail, mais que la réalité pouvait être bien différente. Elle comportait des points négatifs, des obstacles imprévus parsemaient le parcours. Sans doute, fallait-il de la volonté pour obtenir avec certitude l'objet de ses dessins. Mais ce n'était pas souvent le cas,.le désenchantement  semblait  plus s'annoncer que le contraire.

Au fond, je n'avais pas à modérer son enthousiasme, ni à l'avertir des dangers possibles d'une telle attitude, je devais l'apprécier au travers de ses propositions.

Elle n'en voulait encore sans doute. J'avais par maladresse ravivé la  plaie les derniers jours et j'en recevais le billet de retour, sous forme d'un livre. Le différend devait être profond de son côté et je ne m'étais aperçu de rien au contraire.

Une semaine plus tôt, elle m'avait interrogé sur mon passé, sur mon adolescence. Je me réjouissais de reprendre la conversation pour lui transmettre un peu de mon histoire, de mes expériences. L'ouverture me semblait intéressante.

À son âge, la relation avec mon père s'était perdue vu sa mort précoce et cela avait été pour moi une plaie béante de ne pas avoir reçu de celui-ci, son expérience humaine, son point de vue, ses conseils.

En amont, plus rien, en aval, de l'autre côté vers le fils, il n'y avait plus personne, il n'y avait plus d'abonné, il fuyait. Alors ce contact avec la plus jeune prenait toute sa valeur. 

Dans la chaîne  des générations  j'occupais à présent la place de grand-père  et vers ma fille, la communication venait de se rompre une fois encore. Étais-je trop pressé dans la transmission ?  Le lien était-il bancal, perturbé par une intransigeance sournoise, une overdose d'assurance ? Fallait -il être plus proactif plus explicite. Je ne pouvais pas non plus faire abstraction de mes acquis, obtenu souvent à mes dépens. N'était-ce pas aussi sa susceptibilité qui était en cause. J'avais par deux fois refusés ses informations car elle ne correspondait pas du tout à mes critères d'acceptation et elle n'avait pas fait la distinction entre l’être et l'information. Elle n'était nullement rejetée, c'était l'information que je rejetais. En fusionnant les deux, j'avais conduit notre relation droit dans le mur et il me faudrait la reconstruire. Une seule chose était certaine et le coût de fil de l'après-midi me l'avait confirmé le torchon brûlait entre nous. En plus du livre reçu il y avait dans sa voix une fin de non-recevoir. Je n'étais pas le bienvenu mercredi prochain pour m'occuper de mes petits-enfants !