12/06/2009

La pile de temps.

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Dès le retour de la consultation chez l’ophtalmologue, j’avais du me coucher sur le divan car mon bassin s’était bloqué et j’arrivais à peine à marcher. C’était une sorte de lumbago, non pas placé du coté gauche comme les précédents sur un point bien précis mais sur l’ensemble des lombaires ou plus exactement sur un disque vertébral de l’une d’elles.


Le dernier lumbago.

La solution la plus adéquate, acquise par mon expérience en ce domaine, était de m’allonger le temps nécessaire à ce que le nerf coincé retrouve sa liberté et que la douleur s’atténue et disparaisse. Deux heures d’inactivité à laisser aller mon imagination, à laisser mon corps se détendre, à dialoguer avec mon corps. La mobilité du sacrum n’étant pas altérée, je pouvais le faire bouger lentement dans toutes les directions en essayant par extension de remobiliser l’ensemble du bassin. Sentir le sacrum qui oscille d’avant en arrière, de gauche à droite, essayer de retrouver le mouvement de nutation, de la fente sacro-iliaque, bref de faire fonctionner doucement, par micro mouvement la partie basse du bassin tout en mobilisant le haut et la partie concernée par le blocage du matin. Quelques heures plus tard, la douleur s’était apaisée et j’avais retrouvé une bonne mobilité.


La nuit suivante.

Alors que l’insomnie avait repris sa place, vers les trois heures du matin, malgré le somnifère ingurgité au coucher, je tentais de calmer mes pensées vagabondes, d’apaiser le mental. Des idées circulaient néanmoins, l’une d’elles apparaissait sortant de l’oubli, celle évoquée souvent avec mes amis, la pile de temps. 
Que pouvaient représenter dans ma vie, les « 6 Mai » nombreux, étalés sur toute ma vie et que j’avais traversés. C’était bien de le suggérer aux autres mais c’était encore mieux de me livrer sur moi-même à l’exercice pour en vérifier la pertinence. Pour mes autres lumbagos, je ne pouvais pas faire grand chose à ce point de vue car les piles de temps n’étaient pas encore entrées dans mes concepts et je n’aurais pas eu beaucoup d’indices de date à leur sujet pour en tirer profit. Ils étaient trop loin dans ma mémoire.
Cette fois le souvenir qui venait d’apparaître était dans la période d’un événement familial majeur du passé, la naissance lors de mon adolescence de ma plus jeune sœur, le 6 mai et après un séjour de 5 jours en couveuse, son décès. Les associations se succédaient, pour celle-ci, le deuil n’avait pas été parlé, ni traversé. Deuil enfoui dans mon adolescence, dans la mémoire familiale et qui avait d’ailleurs été exhumé symboliquement à la naissance de M, la deuxième fille d’une autre sœur. Celle-ci, avait failli mourir, dans les jours qui suivaient l’accouchement, d’une crise d’éclampsie.


Hoogstraten.

Voici quinze ans, un abcès, source d’un tsunami émotionnel, s’était ouvert au questionnement d’un accompagnateur d’une session charismatique à propos de l’enterrement de notre dernière sœur MP. Celui-ci ne s’était pas fait selon la tradition via une messe d’ange mais de manière violente par un rapatriement dans la tombe familiale, incognito, à la sauvette de nous, adolescents. Alors que tout villageois avait droit au minimum à son absoute, et à combien d’entre elles, n’avions nous pas servi en tant qu’acolyte, notre soeur avait été enterrée de manière indigne, violant le sens et les symboles fondamentaux du passage. Une nouvelle vie, pleine d’espoir, était effacée sans cérémonie, sans perlaboration à la manière d’un animal domestique. Son prénom était bien gravé sur la stèle familiale au cimetière, sous son aspect visuel. Le chagrin et la douleur avaient été enfermé dans mon corps d’adolescent et mis sous scellé. Une première dose, massive, sous forme d’un ruisseau incontrôlable de larmes, était sorti de cet abcès immédiatement. Le trop plein avait trouvé sa voie. Le solde en était sorti, du même endroit, dans le coin gauche du plexus, la semaine précédente à la vue de la vidéo « Mariadans. » Les premières notes musicales lancées et accompagnées du mouvement avaient ouverts de nouveaux les scellés du blocage de la cote d’Adam pour libérer le reste de l’émotion enfouie.


Le sens.

Le lumbago du 6 mai pouvait être ce scellé qui perdait de plus en plus son rôle de loquet au fur et à mesure où l’émotion se vidait. Ce point douloureux sous ma coté venait aussi de retrouver vie, la zone en était plus souple, plus vibrante. Mes possibilités de chant, vers les basses venaient de s’agrandir. Les tensions nerveuses lâchaient de plus en plus et l’énergie circulait comme elle aurait du le faire.
L’ouverture du cœur, point de travail de la reflexologue, à la deuxième séance venait de se poursuivre après avoir à la séance précédente, libéré plus largement ma capacité respiratoire. La succession des événements du mois, après une longue léthargie, autorisait la reprise et la clôture de cette rupture émotive et symbolique.