20/11/2010

Névrose de classe

 

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Avec émotion dans la voix, l’aîné des fils rendait hommage à mon oncle, à son combat de ces dernières semaines. Combat qu’il venait de perdre définitivement. De ces mots émergeait une idée étonnante, qui me transperçait «  Sa vie avait été un combat pour sortir de sa condition. » Etat qu’il décrivait un peu plus tard comme celui d’un ouvrier. Le rêve ne s’était pas concrétisé, il n’avait pas été membre de la classe qu’il souhaitait atteindre ou alors si peu. Destin douloureux de mon oncle paternel qui représentait la branche cadette.

Entre deux portes, en quittant le repas familial qui suit les funérailles, ce petit cousin avait encore développé cette idée de classe sociale, de réussite que son père lui avait transmise. De son choix, d’être entré par son mariage dans une famille bourgeoise, d’avoir acquis de bons moyens financiers et réussis son ascension sociale. De l’extérieur, dans nos contacts assez réguliers, je ne l’avais ni perçu, ni envisagé. Je n’en connaissais le combat, le sens que par les mots, que son fils aîné apportait dans le mot d’adieu.

Cette approche me troublait profondément car nous partagions le même grand père. Nous étions d’une même lignée et l’image que j’en avais gardée était celle d’une bourgeoisie, désargentée sans doute mais honorable quand même. Que s’était-il passé ? Alors que nous avions les mêmes racines, notre quotidien n’était pas le même, un monde nous séparait vraiment.

Notre appartenance à la tribu portant le « Nom » notre relation familiale au même niveau, me renvoyait immédiatement à mon fils. Quel serait le contenu de son hommage posthume à mon sujet, si j’avais été le premier à quitter cette vie. Qu’est-ce qui avait conduit la branche aînée et la branche cadette à un tel clivage, mental d’abord, social ensuite.

Que dirait l’arrière grand-père Eugène, le bien né, des options professionnelles de ses arrière-petit-fils, de leur commentaire sur leur père.

Dans la branche cadette, mon oncle et son fils avaient eu des parcours chaotiques dans l’enseignement, des changements réguliers d’activité professionnelle. Tous deux se retrouvaient porteurs de leur flambeau familial, de leur acquis intellectuel laborieux fait plus d’échec que de réussite. Leur parcours professionnel avait été en dents-de-scie, se terminant par des périodes difficiles. L’image que je portais en moi depuis des lustres «  trois générations de bannières, trois générations de civières » avait-elle vraiment une réalité, un poids. Notre tribu portait-elle une engeance, empêchant la réussite de ses lignées d’hommes.

Etions nous chargés d’une névrose de classe où il n’était pas possible aux hommes de s’affirmer et où les femmes représentaient par leur niveau social, le côté sauveur, qui assurait le sauvetage de la famille et de la lignée.

Appartenance des femmes à une classe sociale supérieure, appartenance des hommes à une classe inférieure. Ces idées tournoyaient dans ma tête, prenaient leur source dans cette rencontre du clan familial, issu de la branche du frère cadet de mon père, rebondissaient vers ma descendance, repartaient vers mon père.

Les faits vécus professionnellement par mon oncle repassaient dans ma mémoire, les soucis de mon père pour son jeune frère, ses peurs et angoisses devant les difficultés qu’il avait  à assurer son quotidien. Son errance, après sa faillite d’indépendant, et sa lente émergence vers plus de stabilité professionnelle qui assurait de manière sobre sans doute mais pérenne le quotidien de sa famille. Puis je revenait à ma branche, aux errances professionnelles de mon aîné,  aux miennes. J’en étais bousculé

La place de l’homme dans la lignée resurgissait, en opposition avec celle de la branche cadette. N’était-ce pas dans une réunion de famille en sa présence que la quête de l’identité masculine avait débuté.

 (*)  (BW 17 L'image de l'Homme. )