14/12/2010

Sapin d'antan

 

A l’approche de Noël, le sapin avait été décoré par des bougies, installées dans le manchon soudé à pince métallique qui se fixait aux branches.

Chaque soir, Papa en cette période avant Noël, les allumaient les unes après les autres pour un moment d’émerveillement avant de le coucher.L’odeur du souffre se répandait dans la pièce à chaque allumette frottée sur la branche, avec son bruit si caractéristique.

Le bras du tourne-disque posé délicatement par l’un de nous sur le vynil noir et luisant lançait les voix du chœur qui entonnaient « Mon beau sapin. » en grésillant légèrement.La magie du moment vient de retraverser mes pensées. Nous étions frère et sœurs plonge dans l’atmosphère familiale de la période, imprégné d’une histoire, d’un rite bien particulier. Loin de toutes la technologie de ce moment, de ces jeux électroniques de poursuite, ou d’arcade comme dit la presse. Les guirlandes électriques ne clignotaient pas d’une lumière blafarde et métallique.

Nous étions d’un autre monde, d’une autre enfance.

Le balancement des petites flammes sous l’influence des turbulences de l’air, mettait le souffle léger du vent en valeur. Les ombres portées se balançaient au rythme de la flamme sur le mur du salon.

Les gouttes de bougies glissaient le long du tronc de celle-ci pour s’épancher sur la branche ou les aiguilles du sapin, ou s’écrasaient sur le sol en répandant une odeur de cire fondue.

Les temps avaient changés, j’avais changé. J’aurais voulu à nouveau garnir le sapin de Noël, conduire mes petits enfants dans cet espace magique que m’avait fait connaître mon père, mais ils étaient loin, dans leur maison familiale en train de vivre leur enfance, sous la conduite de mes enfants.

Mon enfant intérieur n’appartenait qu’à mon passé, à des circonstances, à un environnement dépassé. J’avais passé le relais, à mon fils, à mes filles.

Qu’avaient-ils expérimentés, qu’allaient-ils reproduire de ces moments de création, d’amour, de ces rites que j’avais reçu et que je leur avais transmis. Prenaient-ils sens, entraient-ils dans la postérité.

Moments fragiles d’émotions qui tissent les sensibilités enfantines, qui ouvrent ou ferment des portes, qui construisent leurs enfants spontanés, leurs enfants intérieurs.

Questionnement sur cette transmission de la joie de la découverte, de l’ouverture à la beauté des formes, de couleurs, des sons , des odeurs.