06/05/2007

Autour de la parole.

BW34-Autour de la parole.JPGCoté belle famille
C’était un coup de cœur, mon cadeau de Noël. En tout cas, c’est ainsi que ma belle sœur me le présentait. Non seulement j’avais droit à un album de photos, cadeau conventionnel mais j’avais aussi la faveur de ce supplément qui venait du cœur.
Une originalité venant de sortir, spéciale, inconnue, un remake pour ainsi dire de l’œuvre d’un troubadour de ma jeunesse : Brassens.A la manière jazz : guitare, saxo, une revisite de l’œuvre. Pourquoi pas.Pour s’approprier le disque, il fallait rompre les scellés rendant l’opération d’échange impossible. Autant tenter cette expérience.
Quelque chose se passait pourtant dans ma tête en écoutant cette tentative musicale, la parole de l’artiste me manquait. Baigné dans son œuvre, je me retrouvais orphelin.L’essentiel manquait.Où était mon héros,armé de sa guitare, qui d’une voix claire, forte sure, promenait son art dans des textes poétiques surprenants, magiques. Livrant par la parole, souvent le fin fond de son âme. Se jouant des mots, dans la bonne humeur.La musique n’était rien, c’était la voix et le texte, l’œuvre d’art.

Coté famille
Deux fêtes familiales s’opposaient, se trouvaient réunies par les cadeaux sur la dresse.Du coté de ma femme, ce disque aphone, ces chansons dont la trace du message avait disparu.De mon coté, un masque en céramique offert par mon frère à ma femme. Masque dont la bouche béante tentait d’exprimer un mystère, un non dit, un indicible. Mon frère par son art, se laissait transporter et tentait lui aussi de mettre la parole en route, de redonner vie à la place de l’homme et il l’exprimait par le thème de son cadeau.

L’enjeu
Mon cheminement de l’année me plaçait sur le ring d’une lutte fondamentale au sujet de la parole.Toute l’année j’avais tenté d’exprimer par la parole ce que j’étais, j’avais en cheminant essayé de sortir les mots libérateurs, les mots enfouis dans mon parcours d’enfant, d’adolescent, d’homme. J’avais cherché le point d’inflexion où ma virilité avait été écrasée, niée, abîmée.Le moment où ma parole avait perdu sa consistance.
Toute l’année j’avais tenté d’ouvrir l’espace ma parole dans la communauté, dans mon travail, lors des sises. J’avais entrepris une quête pour remettre en avant l’homme parlant, prenant sa place.
C’était comme si une expression d’ inconscients collectifs mettaient à jour par ces cadeaux leur grande crainte au sujet de la parole, d’un coté la parole devant passer par la porte de la bouche pour trouver la liberté, de l’autre la parole enfermée et rejetée, émasculée interdite pour que l’homme ne puisse pas s’affirmer, pour qu’il reste dans le champ du père et de la mère et qu’il ne passe pas dans le champ masculin rendant la femme présente au champ féminin.