15/08/2009

Abstinence.

Abstinence

Curieusement, une confidence échappée d’une conversation me donnait un tableau miroir des sentiments qui me hantaient depuis longtemps. Sans doute était-ce connu, écrit, développé par des auteurs, qui s’étaient plongés dans leur inspiration, qui avaient écouté leur muse. Il me semblait néanmoins nécessaire, pour marquer d’un caillou supplémentaire la quête qui m’entraînait de faire écho à ce sentiment présent en moi. Dans le quotidien, dans la multitude des tâches utiles et futiles, est-ce que cette idée pouvait germer ? Est-ce qu’elle était partagée, vécue ? Un jour peut-être au détour d’une autre conversation, j’en aurais la confirmation.


Le relais.

De toute manière avec cette confidence, je me sentais plus sur, j’avais un point d’appui, un point pour poser ma réflexion, ma déduction, mes doutes. La vie entraîne à bras le corps, elle crée les circonstances pour que chacun la porte, que chacun soit si possible un maillon support, un relais pour que partout hommes et femmes s’unissent, se multiplient, se remplacent, que chacun se perpétue pour elle. Dans ce long fleuve de vie, j’ai la charge énergétique nécessaire pour assumer, plus ou moins bien, la tâche relais, porter à mon tour la vie, pendant un temps de quelques années jusqu’au moment où mon âge avançant, je quitte le courant dans le fleuve de plus en plus près de la berge. Comme un grain de limon, une alluvion, je sédimente, tâche accomplie, énergie vitale épuisée. Passé la période idéale où les conditions sont réunies, je retombe dans mes problèmes familiaux, mes ennuis de santé, mes blocages psychologiques, mes blessures et poursuit vaille que vaille ma destinée avec des béquilles. Sans ce regard sur ce que je suis, mes tensions, mes distorsions, je ne surnage même pas, je plonge rapidement vers le fond entraîné par mes bagages plombés.

Avec lucidité, je cherche en moi les obstacles au flux de moins en moins impétueux de la vie, je maintiens la source à son optimum pour mon confort relatif, pour ma force essentielle. 
Porter son attention, le regard sur ce que je suis, laisser se dérouler les événements de la vie, quitter ces certitudes du jour, la sûreté de l’acquis pour affronter l’obstacle, la question que m’apporte l’extérieur. Regarder la colère, la tristesse, les sentiments tapis au fond de ma conscience pour les reconnaître, les accepter, les dissoudre. Temps d’intériorisation, d’observation. Parcelles d’énergie qui se libèrent pour soutenir mon pas. Temps d’intériorisation, temps de reconstruction.


Crayon généalogique parmi d’autres.

Puissance de la vie, incommensurable, toutes ces espèces végétales, animales vivantes dans une danse interdépendante, rythmée par des cycles de vie de mort.
 Eh moi et moi, vie unique ? 
Que suis-je dans ce ballet qui se joue, patinoire que je ne peux maîtriser ?
 Lentement, point par point, j’ai,  tissé par les générations qui m’ont précédées, bâti par les techniques qui découvertes après découvertes ont améliorés les conditions de vie, apporté mon soutien à celle-ci. Sans doute ai-je acquis un standing enviable par certains aux yeux de ceux qui ont moins mais fondamentalement, je suis inscrit dans un cycle que je ne maîtrise pas. 
J’ai reçu un mandat de base, me reproduire, passer le bâton aux générations suivantes pour que la vie ne meure pas. 
Comme tant d’autres, dans la puissance vitale de ma jeunesse, j’ai été poussé, attiré vers le sexe opposé pour reproduire le genre humain dans la conscience de quelques paramètres un peu maîtrisable. Mais si peu. Tout s’est mis en place, j’ai dit oui, accompli mon cycle de reproduction et quitté le flux vital essentiel pour me retrouver sur le bord du fleuve puissant de la force de la vie, de plus en plus près du bord, de la berge, en vue d’un échouage certain, programmé, pour sédimenter, inutile terreau. Force de vie qui se joue des douleurs personnelles, des manquements d’éducation, des insuffisances et qui fait tout pour que le Yin rencontre le Yang. 
Dans la multiplicité des essais, elle me laisse in fine, hors la masse critique pour que continuant au travers du temps, comme un animal blessé, mission accomplie, je panse mes manques, mes blessures. Le souffle de reproduction ne m’appartient plus, il me fait naître à autre chose, ouvrir d’autres portes. Je suis un être en métamorphose, comme dans certains films, il me faut ajouter un appendice chiffré au bout du titre, jouer une autre version, une autre histoire, hors de la pulsion de reproduction.