13/01/2015

Puzzle de sensations nouvelles.

haptonomie,sensation,fluide,champLe mot sensation était de retour. Mon fils en avait fait le sujet de la fin de notre dernier diner(1). Et je l'avais immédiatement perçu. En effet ma belle-sœur était l'exemple qui nous avait rapproché. Je savais de quoi il parlait.

C'était cette sensation que l'on cherche à développer en haptonomie, la faculté de se prolonger pour un contact de reconnaissance avec l'autre.

Quelles en étaient les conditions?  Qui d'autre pouvait manifester cette approche toute particulière ? Pour y arriver, il ne fallait pas être occupé par soi, tourné inconsciemment vers ses sensations internes pour s'en protéger par évitement ou pour les repousser.

Ne pas être tourné vers le passé, ne pas être dans l'action vers le futur mais être là, présent, attentif, ouvert.

Cette impression m'était revenue à la vue d'une photo marquant le geste de compassion de ma soeur, le geste enveloppant de son bras qui se pose sur mes épaules et que je n'avais pas ressenti au moment où il s'était passé. J'étais autre part, la sensation m'avait rattrapé à la vue de l'image. Une pulsion interne forte et prégnante était montée vers mon plexus. J'étais entouré rien qu' a voir, en miroir, ce geste là. Mon attention avait été aiguisée. J'avais fait aussi mémoire de l'approche de Nana, sa belle-fille au noir, comme elle disait.. Elle s'était approchée de moi avec une compassion sincère et désarçonnante. Pour l'exprimer, elle m'avait offert le premier slow de la soirée avec tendresse en toute simplicité. Pour m'offrir ce qu'elle savait être un baume à la blessure qui m'avait transpercé.

Elle se présentait comme une mère, c'était ma Madona Litta de la soirée. Elle offrait un registre de relations que j'avais rarement connu et que mon fils désignait dans sa conversation.

Par association avec cette sensation j'en avais retrouvé une autre qui était similaire et que je partageais avec la cousine de mon épouse. Lors de la journée passée chez celle-ci, j'avais perçu cette énergie douce pénétrer profondément dans mon épaule, suite à la main amicale qu'elle y avait posé. J'en avais été surpris.

Était-ce mon hypersensibilité qui était en jeu à ce moment, la puissance douce de sa présence qui s'engageait à me donner un témoignage de réconfort ?

Impossible à dire, j'en avais été le témoin, un peu surpris par cette observation, plus dans celle-ci que dans le plaisir sensuel et jouisseur du fluide qui passait par l'épaule.

Plus tard, à l'occasion de l'annonce du décès de ma fille à une dame de la paroisse, j'avais été pénétré, dans l'épaule par cette même sensation qui faisait suite au contact de sa main.

Comme si la carapace qui y était placée, était tombée, que l'épaule était à même, à présent, de ressentir avec délice, ce fluide amical qui vient comme un vent chaud caresser la peau.

Condoléances non verbales, souffle sensitif que peuvent apporter certaines personnes qui sont dans le moment présent et qui viennent reconnaître l'humain dans ce qu'il a de plus sacré, sa chair, son existence, sa présence.

Faculté mise sous le boisseau, bloquée par des couches invisibles posées en protection, érigées par les difficultés de la vie.

Un peu comme l'escargot qui sort de sa coquille et qui reconnaît tactilement ce qui est devant lui. Reconnaissant ce qui est, sans désir de posséder, de bousculer d'envahir. Il explore simplement en disant "Oh tu es là, tu es comme moi."

Sensation réconfortante qui apporte un rayon de soleil sensitif dans un univers qui s'était coupé des autres. Présence de l'âme universelle qui reconnaît dans l'autre qu'elle n'est pas seule.

 

(1)Le rendez-vous du 17 au Brass-Temps

12/04/2014

Sensation-sensualité. rencontre du quatrième type.

sensation,sensualité,bulles,rencontresPour lui permettre de souffler, de reprendre des forces après sa semaine de garde de nuit, j'avais accepté d'être le baby-sitter pour la soirée du lundi. Après avoir fait quelques petits bricolages et avant que ses enfants ne rentrent de l'école, nous avions échangé quelques idées.

Tout était parti du commentaire de son frère à propos de la relation difficile avec sa compagne. Il était demandeur d'un toucher qu'il ne recevait pas, d'une sensualité qu'il attendait. Pour illustrer sa demande, il t'a cité lui dis-je. Comme ta tante maternelle, tu es présente quand tu embrasses. Tu as une manière particulière d'envelopper lors du contact. Un peu comme si ta bulle prenait de l'extension, pour entrer dans celle de celui que tu embrasses. Elle me regarda surprise tant elle imaginait son frère à cent lieux de cette manière être. Un lien était fait, nous abordions un domaine qu'elle ressentait fort au point de me dire « A ce niveau, je fais peur aux hommes »  La manière enveloppante dont je les approche les poussent au retrait et souvent ils fuient. Elle me cita le nom de deux de ses amis qui étaient dans l'acceptation et dans ces échanges sensitifs. Son amie la plus proche avait aussi cette faculté de se prolonger vers l'autre à l'occasion d'un toucher. C'est une reconnaissance des bulles entourant les corps et qui subtilement se touchent et se reconnaissent avec tendresse et affection.

Quelle en est la nature ? Est-elle normale ? Est-elle nécessaire ? Est-ce cela le ciment du couple dans son intimité ? Est-ce réservé à une intimité ou est-ce ouvert à tous et toutes ? Ou du moins à ceux qui ont l'ouverture suffisante que pour en profiter sans réserve. Ou est-ce chasse gardée?

 

C'était une question d'expérience, vivre cette proximité était un mode de vie, me disait-elle, dans le milieu des urgences auxquelles elle avait appartenu pendant des années. Un peu comme si pour résister à la souffrance environnante, ils faisaient bloc de cette manière pour amortir les ondes de souffrance, de détresses émises par les malades, les accidentés. Était-ce cela que l'on appelait un esprit de corps ?

Mais pas dans le sens militaire ou dans le sens d'une équipe sportive car la matière ici n'était pas la mise en commun d'aspects physiques, mais la mise en commun d'affects. Le registre était autre, il y avait un état particulier de communication autre que verbale ou sonore.

Au cours des dernières années, j'avais eu l'occasion suite à l'une ou l'autre expérience d'entrer dans l'univers qu'elle évoquait et auquel certaines de nos connaissances appartenaient. Tout le monde n'en était pas. Cette faculté n'était pas vécue par beaucoup de personnes de notre milieu et cela n'était jamais un sujet de conversation alors qu'à nos yeux cette faculté nous préoccupait fortement.

L'expérience vécue devait être reproduite le plus souvent possible car elle apportait un bien-être profond. Sensation douce d'enveloppement, présence à l'autre, fusion même. L'on perdait la notion de limites.  L'on était dans un grand tout. Avait-on sauté une étape de notre développement d'enfant qui nous conduisait normalement à l'autonomie et à la solitude ?

Cette conversation me renvoyait notamment à un voyage en train où avec une inconnue située à ma gauche, j'avais été projeté dans une sensation de plénitude, de complétude si le mot existait. A ses côtés, j'étais en communication sensitive avec elle. Nous faisions corps. Expérience surprise qui m'avait marqué au point que pendant des semaines, j'allais m'asseoir systématiquement auprès de femmes ayant un siège vide à leur droite. Mon côté gauche semblait ouvert à ce type d'expérience alors j'essayais de la renouveler. Bien entendu, l'événement ne s'était passé qu'une fois mais il m'avait préparé et ouvert à la recherche de ce type de perception. À présent, je disposais d'une sorte de radar qui me permettait de balayer l'espace pour trouver celle qui allait réagir et répondre. Puis cette hypersensibilité s'était atténuée car il n'était pas possible de vivre de cette manière, comme une éponge presque, car la colère, la violence rayonnait aussi dans ce registre et c'était difficilement supportable.  Elle me parla ensuite de sa rupture d'attachement. Est-ce suite à une telle rupture dans mon passé que cette quête s'était éveillée? A présent, elle était sortie de sa gangue de contention ? J'en étais le témoin surpris, l'acteur comblé par cette rencontre éphémère sur le train.

Elle faisait partie de ma transmission vers mes enfants.