28/12/2011

Etat de bronchite.

bronchite,hérédite,serendipité,arrière grand-mère,touxLa conversation téléphonique avec ma fille aînée venait de se terminer et j'en restais pantois. Un échange unique venait de prendre fin, entrecoupé de silence, rempli d'un questionnement fondamental. Est-ce que cette hypothèse de fusion avec les sentiments de son arrière grand mère maternelle avait du sens. Est-ce qu'en prendre conscience couperait la malédiction tombée sur ses épaules. Est-ce ce qui était « mal dit formulé  correctement effacerait le problème ? En rejoignant la cuisine pour aller boire un verre d'eau, mon épouse, assise sur le divan m'arrêta pour me lire un extrait du livre.« Le plaisir de vivre. » d’Anne Ancelin-Stutzengberger.

Emprunté trois jours plus tôt par moi, à la bibliothèque, ce livre attendait sur la table du salon. Elle avait décidé de le lire et me faisait part de l’extrait qui la touchait. La citation reprenait un passage de Platon, consacré notamment à Er le Pamphylien. :

«  pour choisir la vie, il faut tenir parole et tourner la page -autrement dit, être capable de rechercher la personne aimée dans les Enfers et de repartir vers la vie sans se retourner, de surmonter un traumatisme, d’en faire le deuil, de s’en libérer en « l’oubliant », si j’ose dire en choisissant la vie. »

Elle me livrait comme un résumé de la conversation qui venait de se passer avec notre fille. En avait-elle perçu le contenu, le sens à travers la porte.

Pour moi ce texte décrivait le mouvement auquel notre fille était conviée.

Entre elle, notre fille et moi, existait un champ morphogénétique, à propos de la situation. Des informations cachées circulaient à travers nous. Ce texte confirmait l’hypothèse du chemin à prendre pour en sortir, pour en finir avec les causes de sa dépression. Notre fille descendait dans les enfers, dans son trou noir pour y trouver les sentiments d'angoisse de détresse, d'abandon de son aïeule. Ses sensations passaient de l'indicible à la conscience par son questionnement. Elle décodait leur sens profond avec son entourage thérapeutique et affrontait les émotions qui n’avaient été qu’enfouies mais non exprimées dans sa lignée. Malgré elle, elle portait le contenu enfermé dans la crypte qu'elle avait reçue de sa mère. La tâche, de dire les choses, de les expurger, était sur la table.

Mon épouse commençait à être avertie intellectuellement de la nature et des causes du drame commun. L'ouverture de ces mémoires passées par sa fille, la mise au jour de l'angoisse la faisait paniquer plus qu'à l'habitude. Le danger toujours fuit était devenu perceptible, réactivait sa fuite, renforçait ses sensations corporelles d'évitement. Arrivé à sa hauteur, elle me dit d'un autre ton «  Pourquoi pas de ton côté, pourquoi est-ce du côté des femmes qu'il faut questionner. ? » Elle reportait sur moi le sens et la valeur du texte rejetant comme à l’habitude, tout mon cheminement des années passées.

Évitement encore pour la énième fois, comme aux thérapies précédentes pour notre couple ou, après quelques semaines, elle quittait le champ d'enquête sous prétexte que c'était moi qui avais le problème. Son comportement présent était dominé par la peur et marqué dans des colites, des diarrhées.

Elle avait décidé le soir de ne pas rejoindre sa fille et sa petite fille au concert vu 1a trachéite sérieuse qui descendait d'heure en heure vers les bronches. Ses voies aériennes souffraient d'une infection à l'image de celle vécue par sa grand-mère, à l'image de l'emphysème qui avait remporté sa mère. Sa toux devenait de plus en plus grasse au point de m'inquiéter par sa sonorité  profonde et nouvelle. Jamais depuis que je la connaissais, elle n'avait atteint cette profondeur. Un lien manifeste se marquait entre la découverte ou le dévoilement fait par sa fille et son état de santé. Elle qui se soignait, à la manière d'une hypocondriaque, entrait ce jour dans une nette pathologie.

La nuit fut courte, vu ses quintes de toux, sa difficulté à respirer couchée. Elle fut à deux doigts de me demander de la conduire  aux urgences pour faire soigner sa difficulté respiratoire. Cet épisode renversait les rôles de février dernier. A cause de mes quintes de toux qu'elle ne supportait pas, j'avais dû quitter comme chaque fois le confort du lit conjugal pour passer des nuits hachées sur le divan. Je comprenais à présent que j’étais chassé car ma toux représentait la mémoire ancestrale de l'arrière-grand-mère maternelle toujours présente en elle. L'angoisse à la fois de la contagion, qui pouvait être tuberculeuse, et de ce bruit qui portait la mémoire sonore de l’aïeule en train de mourir.

Au lever, elle prit rendez-vous chez le médecin de garde pour entendre le diagnostic d'une bronchite asthmatique. Elle était cette fois bien prise et symboliquement, elle s’approchait aussi de la crypte ouverte par sa fille. Seul le chemin du deuil allait la sortir de là. Il fallait s’incliner avec sa fille sur la tombe de l’ancêtre, pour la reconnaître morte et enfin faire le deuil pour retrouver le plaisir de vivre. Indices complémentaires, elle avait ressorti de l’armoire, les assiettes noires de sa mère, qu’elle trouvait si chic et s’obstinait à les utiliser malgré toutes mes objections et mon rejet de celles-ci.

Mettre à table le deuil, oui, mais par la parole, et non pas par la confusion entre le chagrin et la nourriture. Elle subissait aussi un abcès à la maxillaire droite inférieure, et je trouvais dans un livre des symboles la référence pour ces dents-là au deuil et au chagrin. Oui,il fallait vider cet abcès du passé,une fois pour toute.

09/12/2011

Hasard signifiant, peut-être

hasard,coincidence,serendipitéPour la 2me fois, en quelques mois, dans l'église Notre-Dame de la Sarthe, j'assistais à un autre mariage, celui de la fille aînée de mon plus jeune cousin, côté paternel. Dans l'assemblée lors des chants, une voix de ténor claire rayonnante accompagnait la chorale située dans le chœur. Cette voix, cette vibration me touchait car elle représentait l'objectif à atteindre pour la mienne, la libération des tensions et des limites que mon l'histoire y avait mise.  J'enviais celle-ci libre et puissante et prenait plaisir à la laisser résonner en moi.

A la fin de la cérémonie, sur le parvis de l'église, l'assemblée sortie la première attendait les mariés. J'avais été séparé de mon épouse qui semblait à présent en grande conversation avec un inconnu qui d'une certaine manière m’attirait par son aura. Puis après le lancer de riz, mon épouse me fit signe d'avancer et me présenta à celui qui j'imaginais faisait partie de son cercle de connaissances. Il n'en était rien. L'ayant  repéré dans l'assemblée, elle l'avait abordé à la sortie pour le féliciter simplement pour la force et la qualité de sa voix. C'était le ténor qui m'avait touché. Elle m'avait appelé car un hasard curieux nous liait. Avant son départ pour notre pays, il s'était renseigné auprès de l'école supérieure qui l'avait diplômé,  pour retrouver les coordonnées d'un condisciple de sa classe qui portait le nom de la mariée. Il connaissait son dernier employeur. Ma femme m'appelait pour me le présenter car le condisciple qu'il cherchait partait en plus du nom, le même prénom que le mien. C'était mon homonyme. Le hasard avait fait son office, nous étions à présent en train d'échanger comme des anciens combattants, sur le nom des professeurs qui nous avaient été communs. Diplômé 6 ans plus tôt que lui, nous avions encore des noms de professeurs à échanger. Ce retour fortuit dans le temps ne m'attirait pas car cette période de ma vie m'avait toujours pesée. J'avais mis un couvercle sur tout ce qu'elle avait représenté comme difficultés, frustrations, sensations. Le diplôme obtenu, j'en avais définitivement fermé la porte. Tout courrier de cet institut passait illico presto à la poubelle. En terminant l'entretien et avant de le quitter ma femme voulut absolument obtenir ses coordonnées. Pour justifier cette demande inutile car son style de vie ne m'attirait pas, je lui promis d' envoyer un mail pour lui situer l' instrument de généalogie locale le site "patrom". L'insistance de mon épouse, pour l'adresse me gênait, mais je ne pouvais qu'acquiescer pour éviter en public l'impair, l'esclandre.

À la réception, j'aurais pu continuer la conversation mais le lien qui nous unissait, les études, constituaient un trop grand frein. Je me plongeais plus dans la rencontre de mes cousins que de cet illustre inconnu qui cherchait mon homonyme. Hasard signifiant pour lui ou pour moi. Signe d'un passé révolu, peut-être piège, souvenir latent sans doute que le destin me mettait sous les yeux.

Cerise sur le gateau, mon cousin en signant le contrat d'organisation de la fête appris que l'ancien propriétaire de la ferme,  faisait partie de notre arbre généalogique étendu. 

La nuit suivante lors d'un réveil, ma tension nerveuse était telle qu'un saignement de nez généreux me tira d'urgence à la salle de bains.  Situation ingérable qui remontait du passé et qui me renvoyait par sa démonstration de force, à cette période irrésolue toujours vivante en moi. Je n'avais sans doute pas pris distance. Ma femme de plus ne respectait pas mon choix en forçant la rencontre toujours évitée et mon souhait de laisser ce passé où il était.

Non, je n'étais pas prêt  à m'éloigner de ce temps de vie, de reconnaître son côté pénible pour m'en débarrasser et retrouver après ce parcours difficile une plus grande sérénité.