15/09/2012

Festival vapeur.

traction vapeur,souvenirs d'enfance,héritage,souvenirsEn mai, en route pour la ville voisine, le long de la voie ferrée, j'avais croisé une locomotive à vapeur. Image surréaliste, saut dans le temps. Le choc avait été rude, une page de mon enfance me passait sous le nez. Je n'en revenais pas, un demi-siècle déjà, peut-être même plus que je n'avais été confronté à un tel spectacle. L'image avait réveillé l'envie de retrouver les sensations enfouies dans les brumes de ma mémoire. Il me fallait transmettre à nos petits-enfants, cet aspect du passé.

Des passionnés entretenaient encore quelques machines sur une ligne mise hors service dans les Ardennes. Il fallait la retrouver, participer à cette ambiance que l'on ne retrouve plus que dans les anciens films, dans les western et la conquête de l'Ouest.

Cette année, c'était le 20e anniversaire de leur association. Le bon moment pour y participer. Selon les informations plusieurs machines seraient présentes. Pour mes enfants, je n'avais pas fait de démarches, le moindre effort pour leur ouvrir cette tranche du passé. Je ne pouvais laisser passer l'occasion. Pour mes petits-enfants, je me devais de le faire et leur faire connaître cette ambiance. En août, quand j'attends au calme sur la terrasse, la tombée de la nuit, je revis les soirées passées au village. Dans le lointain, une locomotive à vapeur actionnait son sifflet. Elle allait pénétrer dans le tunnel du village voisin et lançait un long avertissement sonore. « Garez-vous, j'arrive ! ». Puis le trafic s'est arrêté comme sur beaucoup de lignes. La traction diesel à remplacé la traction vapeur, et la technique a disparu avec toutes ses émotions, ses souvenirs.

Dimanche prochain, nous seront là pour le train de 13h40.

L'ambiance est festive. A proximité du quai une machine est stationnée, fumante, bruyante. Un train arrive, son panache de fumée noire enfume tout le quai. L’odeur est particulière. Les sensations m’envahissent.

Mon petit monde me suit à travers les festivaliers qui viennent de descendre.

D’un coup bref le sifflet annonce le départ imminent, un jet de vapeur crée un son caractéristique, saisissant strident. Mes petits-enfants sursautent, moi aussi. Les tiroirs vapeur des pistons à l'avant laissent surgir de petits panaches blancs. La machine frémit dans toutes ses soudures. Elle ahane, tousse, ralenti. Impossible de décrire la magie du moment. Les bruits ramènent l'expérience de sensations passées. Je revis cet univers sonore. L'odeur du charbon brûlé s'y mêle.

Que de fois, n’ai-je pas entendu ces bruits à l’âge de mes petits-enfants.

Un ou 2 voyages ont suffi pour imprimer ces sons qui par magie se déroulent sur le quai de cette petite gare maintenant. La joie de la découverte m'envahit j’entraine la tribu sur le train du quai 2 qui accepte encore des voyageurs.

L'ambiance efface mon âge, mes soucis. Vite dans le wagon de tête même si c'est un de premières. ici il n'y a pas de distinction. Les vitres s'ouvrent encore largement vers le bas avec une poignée. De petites plaques rappellent les consignes de sécurité. « E pericoloso sporgersi » est rempli du même mystère. Que de fois n'ai-je pas répété cette traduction de « Ne pas se pencher sur la voie ».  Les sièges de velours rouge sont tous occupés. Nous restons debout

Les vibrations me rappellent le passé, bien plus inconfortable que le roulement feutré des trains actuels. L’on entend nettement les bruits saccadés des roues aux joints des rails. Les boggies sont anciens usés sans doute bruyant comme avant. Comme il fait chaud toutes les fenêtres sont ouvertes, au passage d'un tunnel la fumée remplie de cendres envahit le wagon, fait cligner les yeux. La locomotive trop ancienne crache plus une fumée noire que blanche. Elle se  rabat sur le train. La fumée transporte des cendres qui se collent sur la peau du visage. Des petits grains frappent la peau. Un des enfants prend une poussière dans l'oeil. Ma fille infirmière s'en occupe, rapidement.

Les sensations se succèdent à un rythme effréné. La vue, l’ouïe, le toucher, l’odorat. Tous les sens sont concernés. Chaque domaine à son propre code, la pression, le vent dans les cheveux,la décoration désuète des compartiments, la fumée qui va et qui vient. L'impression d'être dans le voyage et non dans un espace clos d'un wagon climatisé actuel. Au passage dans un tunnel, c'est comme si l'on était dans la cheminée, tout est ouvert, la poussière de charbon brûlé nous envahit. La lumière n'est pas allumée, il fait noir. Seuls les bruits nous indiquent la nature de voyage. Nos repères ont disparu. Les enfants se sont tus, s’interrogent inquiets. Heureusement au bout du tunnel, la lumière revient. Je me sens nerveux excité. Je revis d'anciens voyages. Les chocs saccadés des roues sur la voie,  le vent qui anime l'espace du compartiment. Tous mes pores sont ouverts pour retrouver d'anciennes sensations. Le moment est intense magique. Seront-ils impressionnés marqués. Il faudra refaire une autre expérience. Comment comparer quelques dizaines de minutes aux nombreux trajets faits dans ces équipements.

Nous y avons été c'est essentiel

Retrouverais-je ce goût du passé la prochaine fois ?

27/04/2012

Planètes en vue.

enfance,planètes,transmission familiale,souvenirs de vacancesEn sortant de chez ma fille, un soir de novembre, à hauteur de mes yeux brillait un planète juste au-dessus de la serre du voisin d'en face. Mon beau-fils m'accompagnait, je lui dis « C'est un planète, peut-être Vénus mais je n'en suis pas sûr ? ». Il n'avait pas l'air convaincu, pour lui c'était une étoile.

Un différend s'établissait entre nous. Nous étions restés sur nos positions. Quelque temps plus tard, par Internet, il me confirmait qu'en effet, c'était bien un planète et que son nom était Jupiter. Pour avoir raison sans doute, il s'était méthodiquement lancé, dans un recherche susceptible de lever cette
incertitude entre nous.

Sous le sapin, comme cadeau, je recevais les éphémérides astronomiques de 2012. Un peu malgré moi, j'étais renvoyé à mes connaissances astronomiques en friche, depuis que les enfants avaient grandis. 


J'étais aussi renvoyé à mon enfance où Papa nous conduisait, au fond du pré dans le noir pour voir les étoiles et les planètes. Nous étions dans l'obscurité du village où seule tous les 100 m, un ampoule éclairait la rue. Au fond, chez mon beau-fils j’avais retrouvé l’ambiance nocturne d'un petit village. Situé au bout de la rue avant les campagnes, il bénéficiait d'une obscurité propre à valoriser l'éclat des planètes et des étoiles.

 Un mois plus tard, en montagne à la tombée de la nuit avant la descente aux flambeaux, j'avais été frappé par la présence de planètes l'une au-dessus de l'autre à l'ouest. Admiratif j'en partageais le choc visuel avec des amis. L’un n'y voyait qu'un ballon et refusait de m'entendre au sujet de la planète. J'avais surpris coupé court à la conversation. L'autre n'avait pas ses lunettes et il voyait mal à distance.  J'étais doublement seul, face à la beauté de l'univers, et face à  mes amis pour entrer dans la beauté du spectacle. L'émerveillement partagé vécu avec mon père était sans doute présent, il était le moteur de mes émotions. Je me devais par fidélité à sa transmission de donner ses valeurs à mes petits-enfants mieux qu'avec mes enfants car englué dans le quotidien, j'avais manqué de les introduire dans ce monde. Perdu dans la luminosité des villes, dans l'agitation du quotidien, j'avais écorné la transmission. 

Enfin cette année, fin Janvier, l'hiver était là. Pendant quelques jours seulement les températures basses rendaient l'air transparent, les jours commençaient à s'allonger plaçant le coucher du soleil avant les heures de soirée.  A 7h00 du soir, la planète était à nouveau visible, brillante presque au zénith. Par ces soirées froides et claires, elle brillait magistralement, une autre l'avait rejoint à 45° : Vénus.

Cette paire de luminaires rendait la vue magique côté ouest, où de ma terrasse à l'arrière, à l'abri de l'éclairage public. J'admirais le ciel magnifique, un des plus émouvants dont je me souvienne. Pour partager cette sensation, à mes petits-fils, je les avais appelés au téléphone, mais de chez eux rien n'était en vue. J'étais déçu. Cela me semblait un beau cadeau et ils ne pouvaient l'apprécier. Y avait-il un couverture nuageuse de leur côté ? Intrigué un semaine plus tard chez eux, je demandai à l’aîné où il avait regardé le ciel. « De la fenêtre de ma chambre »dit-il. Accompagné de son père, ils avaient seulement recherché l'objet à travers celle-ci. J'étais abasourdi ! Explorer de cette manière c'était courir à l'échec, C'était manquer d'office le spectacle ! Où était l'enthousiasme, le feu sacré, le pas d'audace pour faire autre chose.

Quelques jours plus tard, le spectacle était toujours présent. Ma petite fille et  son frère étaient à la maison. Sortant peu couvert après le coucher du soleil, vite fait bien fait, nous les avons observés. Flash de connaissances, de beauté au cours de leur présence de vacances, moments trop brefs.

Il aurait fallu se vêtir partir sur le plateau, dans la campagne. J'avais manqué ce pas, cette initiative. Ce regard rapide était-il enregistré ? Il me restait à prévoir plus tard une expédition. C’était un projet pour les vacances prochaines en espérant que le spectacle soit encore visible. 

Ah, les ouvrir à la beauté, à l’infini comme mon père l’avait fait.