18/11/2010

Retour au village.

 

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Le nouveau cycle des tables d’écritures avait ravivé mon  intérêt pour la généalogie, laissé un peu de coté depuis quelques mois. Dans cet état esprit, j’avais réactivé les liens au passé.

À l’occasion de la visite mensuelle à mon frère, victime d’une Avc (accident vasculaire cérébral), ma plus jeune fille m’avait accompagné pour sa première visite. Impressionnée, craintive, elle avait plus d’une fois, reporté celle-ci.

C’était une opportunité pour faire le détour et parcourir ma campagne natale, pour lui donner des repères de mon enfance. Pour la première fois, je parlais avec un de mes enfants de cette période qui m’avait profondément marquée et dont je tentais régulièrement de relire, avec la distance du temps écoulé, les événements essentiels.

Si par écrit, j’avais accumulé les notes  et les copies de documents, par la parole, j’avais été aussi secret que l’avait été ma mère, qui racontait peu sur son passé et son ascendance. J’avais récemment découvert qu’un de ses oncles était mort à l’étranger. Frère aîné de mon grand-père dont à ma souvenance et celle de la fratrie, elle n’avait jamais évoqué ni le parcours, ni la personnalité.

Seul son prénom, identique à celui de mon grand-père paternel avait été retrouvé dans une vieille correspondance venant des archives du grand-père maternel le mentionnait.

D’un côté, elle n’avait pas voulu que je reçoive le prénom du grand-père paternel, savait-elle que dans sa famille un oncle portait le même prénom. Elle n’en avait jamais fait mention. Ce côté ignoré de sa famille m’avait été rapporté par une de ses connaissances, rencontrée par hasard.

N’était-ce pas une des raisons pour lesquelles nous n’allions pas en famille sur la tombe de nos grands-parents maternels, et ne pas ainsi abordé le sujet de l’oncle disparu.

Par tradition villageoise surtout,  en famille, seule la branche paternelle était obligatoirement honorée par nos fleurs à la Toussaint. La branche maternelle étant laissée à sa charge.

Le « Qu’en dira-t-on. », était si ancré que l’on ne pouvait le jour de la Toussaint dérogé au cortège, qui l’après-midi, allait à pied, au cimetière pour la bénédiction des tombes.

L’on manquait ainsi la visite équivalente, sur la tombe des grands-parents maternels où ma mère allait, plus tard, seule ou avec une de ses filles s’y recueillir.

Les branches n’avaient pas de ce point de vue le même poids.

Au cours du pèlerinage des lieux, en passant près de la rue qui monte au château, j’avais évité de sonner chez la mère de mon unique copain au village. C’eût été l’occasion rêvée pourtant, la conjonction, car comme par hasard 50 ans après moi, ma fille avait fait sa connaissance lors du dîner de mariage d’une de ses petites filles. Par le biais de cette amitié nouvelle entre elles, notre visite aurait été bien reçue. Synchronicité ?

Chemins mystérieux qui ravivent à distance d’anciens liens, qui me conduisent à enfin rencontrer la mère de cet ami souvent proche de ma mère et dont le mari m’avait soutenu dans mes études, lors du décès de mon père lors des examens de ma deuxième année d’études supérieures.

Deuil non fait, zone d’émotions difficile à aborder.

Plus tard, à l’occasion de cette table d’écriture, autour de la naissance, j’avais pris mon courage à deux mains pour lui téléphoner et entendre sa voix, toujours pareille à elle-même.

Comme si après toutes ces années, j’appelais pour prendre date avec son fils mon copain d’enfance. Le temps s’était effondré grâce à ce lien intemporel. Elle et moi comme pendant les vacances au collège. Et sa manière unique de me nommer chaleureusement m’avait beaucoup ému.

Emotions qui transpercent jusqu’au cœur, qui ravivent les bons moments où elle m’accueillait pour partager avec son fils, les jeux de l’époque.

Que savait-elle de ma naissance ? Probablement rien car c’était l’école qui nous avait rapproché bien plus tard.

Que savait-elle de l’intimité de mes parents ?  Sans doute peu de choses car à cette époque, les partages profonds et  les confidences étaient rares. Les détails de la vie quotidienne mis sous le boisseau.  Et au fond fallait-il savoir ! Qui sait.

L’essentiel était mon regard sur la zone d’ombre qui avait recouvert le deuil de mon père, les deuils passés de la famille pour enfin prendre distance et récupérer l’énergie déviée à confiner ces émotions.

Moments de paroles qui remplacent les temps de silences.

Moments de vie qui ouvrent les tombeaux.

Moments de joie retrouvés.