26/11/2012

Mise à bas d'Octobre.

massage,huile adoucissante,tendresse,affection,soins des bobos,psychogénéalogiePar ses mouvements la chatte s'apprêtait à la délivrance du deuxième petit. Avec application, elle léchait le premier sur toutes ses coutures pour l'éveiller, le rendre apte à se mettre à la recherche du téton pour le premier repas. Propreté du chat sans doute mais encore.

Ce mouvement maternel était revenu dans la conversation jeudi avec une amie venant de la campagne comme moi. Nous avions évoqué une attitude qu'elle et moi avions vécue dans l'enfance pour les soins prodigués par les  parents lors des petits bobos.

À l'époque où les sprays n'existaient pas, c'était d'ordre affectif. Il y avait contact entre soigné et soignant via la salive. Un lien parallèle donné à côté du mal, un lien réconfortant. Les doigts attentionnés compatissaient à la petite blessure encourue. Un peu comme la chatte montrant sa présence réconfortante et son attention, le doigt mouillé apaisait les pleurs et la peur causée par la chute ou l'ecchymose. Plutôt que d'aborder l'émotion et la sensation vécues par divers accessoires manipulés à distance, un peau à peau existait en guise de réconfort, d'attention, de présence.

La sagesse populaire l'avait observé. A celui qui était distant brusque et insaisissable, on lui appliquait le surnom d'ours mal léché mettant en évidence le manque d'attention et d'empathie qu'il émettait, indiquant un défaut dans la présence tutélaire enveloppante et chaleureuse. Cette manière d'aborder la douleur -réelle ou imaginée- ouvrait un espace thérapeutique différent, un chemin autre pour aborder les chocs ou les petites blessures. La douleur ressentie était déchargée dans un espace affectif, dans une présence propre à sécuriser car ne s'agissait-il pas plus, de sécurité à retrouver que de réelles blessures? Bien sûr il y avait des niveaux d'inquiétude: il était nécessaire d'évaluer de réagir plus dans l'observation attentive de l'évolution que de la prise en considération du choc et de son expression immédiate.

Courir immédiatement chez le docteur ou aux urgences constituait une fuite surtout pour les parents qui ne prenaient plus la peine d'observer quelle était la réaction et le comportement de l''enfant. Un peu d'apaisement, de réconfort, une approche chaleureuse était bien nécessaire pour sécuriser l'enfant. Ce n'était qu'en second lieu  ou suite à une, récidive de la douleur, de difficultés persistantes qu'il avait lieu d'intervenir et de prendre conseil pour des mesures plus adéquates.

J'avais été entourée de cette manière, tout comme cette amie et je ne m'en étais pas trouvé mal. Heureusement tous mes bobos avaient été sans gravité. Mes enfants avaient eu moins, cette chance là.

Il convenait surtout de réconforter d'expliquer, d'être présent. Loin de moi l'idée de l'indifférence ou de la négligence mais une approche sereine, à long terme était plus cohérente, plus sécurisante. Un jour, suite à un après-midi physiquement laborieux, j’avais décrit à mon épouse les douleurs articulaires et mon état de tension musculaire. Elle qui avait  été éduquée à la médicalisation à outrance, m’avait proposé deux Aspirines pour faire disparaître les douleurs. Une bonne tasse de tisane avec une petite goutte aurait été le réconfort de ma grand-mère ; question d'éducation .... La proposition d'un massage avec une huile inoffensive faisant circuler le sang dans l'articulation aurait sans doute été un bon remède. La bienveillance  du contact direct à la peau aurait remis les choses en place mais pour cela il eut fallu avoir eu cette éducation de campagne où les remèdes aussi passent par la salive et l'attention à la peau surprise et blessée. N'est-ce pas ce qui explique le recours de plus en plus répandu aux massages de bien-être pour retrouver ce contact primordial et sécurisant que la chatte offrait instinctivement à ses petits là sur le divan.

01/10/2012

Etape du coeur.

marraine, fidélité, permanence, présence, tendresseElle m'avait porté avant mes premiers pas, du mieux qu'elle pouvait, protégé, choyé, aimé, à sa manière. Elle se sentait responsable de l'engagement qu'elle avait pris pour moi, de son engagement de Marraine.

Ce n'était pas une question de mots, ni une question de sous.

Elle était marraine, elle cultivait en moi une confiance, une guidance ferme, un brin rigide, remplie de certitude.

D'elle, qui vivait dans la maison au bout de la rue, à 100 mètres, je ne recevais pas  d' objets, de l'éphémère, j'avais sa tendresse, son souci de moi. Son souci de me voir bien, chic, selon sa conception. Ses attentions me faisaient du bien, m'émouvaient sans doute par leur continuité, leur permanence, leur sécurité.

Face à elle, j'étais petit, son petit gamin et je m'en trouvais bien.

Même chauve et grisonnant, cela m'avait rien changé, ne changerait rien.

Aussi loin que je me souvienne, elle repoussait fermement les cadeaux, les envies d'offrir, les besoins à satisfaire, les compensations.

Pourtant cela m'aurait mis à l'aise de lui apporter à mon rythme un petit cadeau par-ci, un petit cadeau par-là. Son attitude m'ennuyait, ne rien offrir. C'était être pauvre et je n'aimais pas cette pauvreté. Déborder d'abondance était mon seul souci, sinon mon souhait, ma drogue.

Son plus beau cadeau, celui qu'elle attendait, patiemment dans les jours qui se suivaient, indistincts, mornes, monotones, était un passage, un passage marquant l'attention à sa personne, une présence. Ce n'était rien et c'était tout.

Elle vivait seule dans l'attente de me voir, de voir ses proches.  Elle se nourrissait d'une promesse. "Je passerais bientôt, dans deux trois semaines.".

Sans doute y avait-il tout dans cette promesse, l’intention, la parole toujours tenue,  le pas, signifiant le mouvement, l'aller vers. Le mot visite m'avait presque pas court.

 Dans cette grande maison, inchauffable où elle s'accrochait depuis 10 ans, sans oser vouloir déloger, vivre ailleurs, sans oser la quitter pour un peu plus de convivialité, de confort.. Son rythme de vie, son temps, sa place était là dans la maison familiale depuis trois quart de siècle et ce n'était plus à son age qu'elle changerait son enracinement, sa permanence, sa stabilité.

Depuis longtemps, elle parcourrait ces pièces immenses, obscures, suivant son mode de vie, simplement , sobrement dans le respect de ses valeurs et de son éducation. Sans confort, sans richesse, sans aigreur.

Jamais elle n'avait souhaité plus, autre chose, la simplicité la comblait, me mettait mal à l'aise l'espace d'un instant, la durée d'un passage, d'une petite heure.

 Mon cadeau le plus précieux, son cadeau le plus précieux, c'était le temps passé à sa table, à évoquer les choses simples, pratiques essentielles. Ma récompense, c'était son accueil chaleureux, sa présence joyeuse, la vie dans ses yeux, son attention aimante, son souci de moi, de mes enfants, doucement, tendrement.

Oui je tiens à toi, Marraine, je ne t'oublie pas. Je passerais bientôt, à l'occasion.

Avril 1985