26/12/2008

Les allumettes

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Comme mes deux petits fils étaient en compétition pour manipuler le PC et le coloriage de mandalas, trouvé sur l’Internet, l’idée de tirer au sort le choix du premier candidat me traversa l’esprit. Le plus jeune ne connaissait pas les règles, ni les mots pile ou face, l’aîné oui. Avec une vieille pièce de 20 frs sortie du fond d’un tiroir, je leur indiquai le principe et les règles du jeu. La nouveauté les intéressa. Jetant la pièce en l’air, chacun pu constater qui était le gagnant. Le sort avait désigné le premier à utiliser l’ordinateur. Une des valeurs transmises dans ma lignée réapparaissait.


La méthode du père.

Souvent comme nous étions trois à la maison, papa utilisait la formule du tirage au sort pour départager les candidats, pour définir l’ordre dans lequel nous aurions accès à un avantage ou à une corvée. Il appelait cela « tirer à la courte paille. » Pour œuvrer, il sortait trois allumettes brûlées de la boîte qu’il portait toujours dans sa poche pour les sectionner en trois longueurs différentes puis se retournant vers nous, après les avoir placées en main, nous invitait à choisir le bout de bois qui nous donnerait notre rang.
L’aîné ou le plus jeune n’était pas systématiquement choisi, chacun avait l’occasion d’avoir la bonne place. Avec intelligence, il nous donnait un témoignage de sa justice, il était le coach, l’élément neutre, nous étions les acteurs. Moi qui l’avais considéré comme n’ayant pas d’autorité, je constatais suite à ce petit jeu avec mes petits enfants, qu’il y avait un message bien plus important dans cette manière de faire que de désigner quelqu’un. Il occupait le poste neutre, sa décision ne rejetait personne ou n’impliquait pas son jugement. Il nous préparait aux incertitudes de la vie et nous évitait de penser que l’événement était une faveur donnée ou un rejet de plus par rapport à lui. Il nous mettait sur la ligne de départ pour que l’on fasse le pas en avant. Il nous évitait les récriminations inutiles et stériles. L’amour qu’il nous donnait n’était pas en relation aux choses.


Le choix du fils.

L’impression qui me dominait suite à cette petite découverte, était de ne pas avoir utilisé pour mes enfants une telle méthode, d’avoir manqué de reprendre sa formule et son mode d’organisation. Je m’étais placé dans le rôle de décideur et ainsi avait crée plus de résistance chez mes enfants au lieu d’y créer la fluidité et l’activité sereine. Par cette manière de procéder, j’avais perdu ma place de conseiller, j’avais favorisé l’opposition des uns et des autres, les jalousies peut-être. Un élément neutre n’était pas intervenu pour dissoudre les conflits par rapport à la personne tutélaire qui immanquablement donne l’impression de favoriser l’un ou l’autre. Par un choix, dans l’instant, l’on faisait un mécontent qui gardait rancune. Ici, c’était l’ensemble des allumettes qui portait la responsabilité, le parent n’était plus cible ou cause.