17/05/2009

Marie en Mai

trangenerationnel,genealogie,histoire de famille,recit de vie

Marie, la femme d’ouvrage, venait du temps de notre enfance, deux à trois jours par mois pour aider ma mère à faire la grosse lessive. C’était la fin de l’époque du tonneau à lessiver en bois, avec entraînement par un moteur électrique et une courroie.
Le soir, la tâche terminée, elle jouait aux cartes avec nous apportant ainsi un temps de changement, les jours de sa présence. Elle m’appelait, je ne sais trop pourquoi, le petit « Croils ». Pour elle, j’étais ressemblant à la branche de ma mère. Le premier était le portrait du père. En tant que second, j’étais le portrait de la mère.
Un fils pour le père, un fils pour la mère.
Quelque part, cette appellation avait du faire sa place dans mon évolution et me donner une affinité particulière vers la branche maternelle. Une responsabilité peut-être, un attachement différent. Puis le temps passant, cette nomination qu’elle était la seule à utiliser, tomba dans l’oubli pour revenir une de ces nuits au cours d’une insomnie.


« Le petit Croils».


Le nom s’éteignait. Dans le recensement des patronymes sur le site internet « Patrom » de l’université, il n’y en avait qu’une demi-douzaine. Petit à petit, le nom avait perdu son énergie, sa représentativité. 
Dans le tiroir de la table de nuit, mon grand-père maternel, alors qu’il était chez nous, gardait précieusement, replié en quatre, un blason dessiné sur un papier à l’encre de chine. Il se glorifiait quelque fois d’être issus d’une famille qui avait eu des lettres de noblesse. Quelque part, on n’allait pas trop vérifier d’où il venait car ce nom n’était plus celui qu’il avait été. D’échelon en échelon, le blason avait perdu son aura, son sens. Il n’était plus sur les cimaises mais dans un tiroir, oublié.
La notoriété d’un cousin, n’était même plus mise en valeur, mais mise en doute. Pourtant, dans un livre sur l’astronomie, bien plus tard, j’en avais retrouvé la trace. Le nom même désignait un cratère sur la lune, ce qui n’était pas rien. Tiens, son solitaire, sa chevalière portant un écusson gravé, pratiquement effacé fait partie de mon héritage, pour mémoire. Bague que je ne porte pourtant jamais et que je garde aussi dans un tiroir.

 Le médaillon. 

Ces pensées étaient ressorties de l’oubli par la découverte lors d’un rangement au grenier, d’un grand médaillon montrant ma mère et sa sœur, dans leur enfance. Médaillon à la mode, plaçant l’une assise sur un siège rembourré, l’autre debout à son coté. Décors habituels chez les photographes, mode des années vingt. Et surprise, le visage de ma mère me faisait penser immédiatement à ma seule petite fille qui approchait l’âge des personnages de la photo. La ressemblance était d’une force très grande. Pour ne pas fantasmer ces traits, j’avais demandé à ma plus jeune fille de me dire à qui la photo lui faisait penser. Elle avait eu le même réflexe, c’était en effet les traits de ma seule petite fille. Il ne restait plus qu’à envoyer la photo à sa mère pour obtenir sa réaction. 
La seconde chez ma fille aînée, portait donc des traits de ma mère, alors que les deux fils étaient comme on dit des portraits crachés du père. Elle apparaissait, à mon grand réconfort comme porteuse des gènes de son arrière grand-mère maternelle. Elle appartenait pour une partie à ma lignée et pas seulement maintenant, déjà à sa naissance, je lui avais, sur une vielle photo, trouvé dans le jeu des ressemblances les traits du bébé que j’étais sur les bras de Maman. Envie de me prolonger, de laisser une trace dans ce temps qui passe. De voir une fois de plus que l’on appartient aux deux cotés physiquement selon le hasard et le jeu de roulette de la génétique.