10/07/2013

L' église au milieu du village.

P1020343.JPGMa plus jeune fille avait retrouvé rapidement un autre travail et avait opté pour une occupation à temps plein dans une entreprise performante.

Elle quittait le milieu et l'ambiance des sociétés de services pour entrer dans celui de l'industrie. Son stress allait augmenter le nôtre. J'avais déjà reçu déjà un mandat occuper ses enfants un mercredi sur deux.

Mon premier après-midi dans ma nouvelle fonction, était une sorte de test, de remise en question. J'allais devoir imaginer des activités qui plairaient à ses enfants.

La première était une balade à vélo vers le terrain de foot sur la place de l'église. Ce bâtiment avait déjà suscité ma surprise lors de la communion de l'aîné lorsqu'un pigeon s'était mis à voler à l'intérieur de la nef distrayant les fidèles. Une ouverture avait du se faire quelque part. En sortant à ma grande surprise, j'avais vu une tabatière ouverte dont les bords étaient occupés par une compagnie de pigeons. Un fait expliquait l'autre et ouvrait la porte à bien des réflexions. Choqué par cette négligence, je pensais écrire à la fabrique d'église pour l'informer du fait puis j'avais laissé aller et classé le projet de lettre. C'était leur responsabilité.

De retour au même endroit, deux ans plus tard, j'avais découvert placardé sur la porte d'entrée une affiche annonçant que l'église était fermée pour 3 mois en attendant l'évaluation des dégâts par l'architecte.

La négligence des responsables avait conduit l'édifice au début de la ruine. En examinant de plus près le bâtiment, je constatais des ardoises manquantes sur le clocher et ce en plusieurs endroits. Trois arbustes de presque deux mètres poussaient entre les interstices des murs du clocher. L'édifice témoignait de l'état de sa communauté. La vie de la paroisse s'enfuyait comme partout ailleurs. Ici plus qu'ailleurs, la désaffection des habitants pour la religion s'affichait derrière ce placard blanc marqué d'impuissance. Une communauté était en train de mourir, celle de mes petits-enfants.

Eux non plus n'avaient plus reçu le feu sacré. Pour le plus jeune, il n'était plus question de faire sa communion. Ce rite profondément ancré, dans ma carte du monde, ne faisait plus sens pour mes enfants, pour les leurs. Le sens s'était perdu.

Il n'était plus dans l'Être, ils avaient basculé dans l' Avoir.

Ma culture s'effilochait. Quelques bribes existaient encore à gauche et à droite mais il n'y avait plus de conviction religieuse, plus de sens à la vie. Le bâton témoin venant de mes générations passées, que j'avais tenté de transmettre, s'était perdu, par ma faute, par celle de l'époque. La situation me semblait sérieuse.

Quelles valeurs allaient les faire vivre, leur donner des points de repères des endroits de ressourcement ? Il n'y avait plus de l'Autre, celui qui nous a transmis son message. Ses paroles n'avaient pas, pris racines, germés. Elles étaient des graines semées au bord du chemin et s'étaient desséchées, faute de bonne terre.

Plus qu'une tâche d'occupation, le mercredi après-midi, il me fallait en faire un stage d'éducation, d'information. La pari était immense car le relais des amis, de la société, n'était plus là.

La société était en déliquescence. Les valeurs transmises par l'Évangile étaient remplacées par celle des droits, de mes droits, de mes acquis. La société était centripète. Ses membres pensaient à leur bénéfice personnel, à la consolidation de leurs avantages.

L'esprit d'équipe, la convivialité et la transcendance, le respect des autres étaient-ils encore des valeurs intégrées ?

Restaient quelques valeurs imposées par les règlements de la société mais pour combien de temps encore ?

N'était-ce pas le meilleur chemin pour se voir et voir s'imposer des règles venues d'autre part, d'autres cultures.( Papa Noêl)

S'il n'y avait plus d'espace où l'on crée le sens mais seulement des espaces où l'on marchande tout allait devenir une question d'achat, de pouvoir d'achat. Il ne faudrait pas alors s'étonner de tous ces biens qui deviennent la propriété d'autres peuples conduits par d'autres valeurs.

Mes petits-enfants ne résonneraient plus l'appel des cloches qui rassemblent une communauté pour qu'elle honore ce qui lui avait été donné, non comme une propriété, mais comme un service.

Garder l'église en milieu du village, allait perdre son sens. Il n'y aurait plus d'esprit communautaire, il n'y aurait plus que l'aspect du plus fort du dominateur, et alors, les jours de liberté seraient à compter.

30/12/2012

Voeux de Nouvel An.

 

avent,individuation,transmission familiale

 Plusieurs faits s'étaient succédés au cours de la période de l'Avant(les quatre semaines avant Noël.)

 Le premier était la réflexion d'un philosophe actif dans le monde des médias qui nous faisait constater l'addiction du citoyen moyen à ceux-ci. Plus de cinq heures par jour à entendre et recevoir des informations diverses négatives, de peu de qualité, souvent médiocres. Ceux-ci nous gavaient de leur point de vue, de leur philosophie, sans réaction de notre part. Par notre apathie, nos valeurs traditionnelles s'effaçaient sous les attaques répétées et étaient lentement remplacées par d'autres qui nous sont fondamentalement étrangères. Une frénésie de demande, de manque, nous était offerte. Notre gavage se poursuivait béatement, malgré la crise tant mise en exergue.

 Depuis, le matraquage des médias m'était devenu apparent : les cadeaux qui devaient se trouver sous le sapin, la table obligée de se remplir d'une montagne de diverses victuailles, les atours dans l'obligation d'être neufs et même s'il n'était pas du goût de l'acheteur. Mon épouse avait acheté un chemisier "mode" malgré son rejet de l'ensemble coloré, un peu rétro. Elle était en phase.

 L'homme rouge était de retour, vecteur commercial et fanion marketing d'une société qui devait consommer de plus en plus jusqu'à, mais il ne le disait pas, jusqu'à plus soif.

Sans doute fallait-il faire la fête en famille autour de la table mais pour quelles raisons, quelles traditions ? Quels étaient les symboles qui soutendaient l'engouement de cette fin d'année ? C'était d'une matérialité affligeante, un peu nuancée par les appels pour assurer l'abondance d'un jour, aux restos du coeur. Un jour sur les 365 que comptait l'année. Jour écran de conscience, aux 364 jours de galère des démunis. 

Le deuxième fait était la méditation* envoyée par une amie, qui éclatait comme un feu d'artifice dans toutes les réflexions à propos de la fête.

Le petit texte montrait un autre regard, se démarquait de cette ambiance éphémère et indigeste. Il proposait une ouverture, un chemin autre, mobilisateur vers de nouveaux horizons. Il réveillait les ressources intérieures endormies et leur promettait une nouvelle vie. Il ouvrait une espérance, des points de repère. De plus, il pouvait être accepté et repris par tous, quelques que soient ses convictions. Il faisait appel à la pâte humaine et lui proposait un levain. La méditation nous renvoyait à l'enfant qui nait, que nous avons été avec toute sa palette de possibilités et mirage du temps, nous suggérait d'en redevenir un, pour revivre les étapes de la découverte, de ce près de quoi, nous étions passés sans le voir. Il nous donnait une perspective de renaissance dans la paix et la fraternité. 

Curieusement, cette idée exprimée dans la petite méditation, venait de m'apparaître dans les voeux visuels d'une amie artiste qui exprimait la même idée, me semble-t-il, par la photo ci-dessus. À travers le créneau de lumière, dans l'impasse qui était un mur gris fermant la perspective, vivait l'espérance.

L'univers de l'homme rouge était ce mur, il ne menait à rien sinon à la déception, à la migraine et à l'indigestion. Il enfermait dans la morosité de "toujours plus, encore la même chose."

Par cette image, mon amie me souhaitait d'ouvrir le kaléidoscope des possibles. Mais la fente était étroite, pas facile à franchir, il fallait être attentif à la lumière, emprunter ce petit jour, là sur la droite, y mettre toute son ardeur, sa subtilité, son écoute. En cette veille de la nouvelle année, alors que les jours croissent de plus en plus vite comme l'annoncent des dictons : à la Sainte Luce, le saut d'une puce ;  au Nouvel-An, le vol d'un faisan ; aux Rois, le bond d'un chat.

L'Univers s'y met aussi en nous offrant plus de lumière pour mettre en valeur notre route, non pas le chemin proposé par l'homme rouge, gras et joufflu mais le sentier de l'ouverture à la convivialité, à l'attention chaleureuse et amicale à ceux qui partagent notre route. Sous la lumière renaissante, cheminons pas à pas vers ce qui n'est pas encore mais en nous et qui s'offre spontanément si l'on "Porte son attention"

(*) http://www.aventdanslaville.org/date___2012-12-22