21/08/2012

Elle ne s'appelle pas Io.

Bw194-Maé.JPGLors de la naissance de ma dernière petite fille, j’avais été surpris par le prénom qu'avaient choisi pour elle ses parents. On était loin de celui pris pour l’aîné. C’était un classique en usage dans les grandes familles au nom à charnière. Il m'avait plu d'office car il  appartenait à notre culture, au calendrier et à notre univers. Il faisait sens et avait été porté par de nombreuses personnes dans notre région. Prénom qui se diluait dans une foule large avec un certain chic, un peu au-dessus du commun des mortels. Il n'appartenait pas aux prénoms trouvés dans l'Évangile comme le mien mais est-ce que cela faisait sens encore aujourd'hui. Notre époque était loin de nommer des enfants Marie ou Joseph comme dans beaucoup de générations précédentes.

Ma petite dernière avait reçu un prénom court qui devait être une variante, un diminutif de prénoms étrangers. On ne le trouvait pas dans le calendrier mais l’auraient-ils parcouru ? Ce n'était pas le prénom breton qui faisait le chic quelques années plus tôt, ni celui de la société actuelle qui allait à présent dans tous les sens. Ce prénom se rattachait par sa racine aux prénoms traditionnels anglo-saxons. Heureusement elle ne s'était pas vue affubler par le prénom d'une héroïne de feuilleton, d'une chanteuse ou d'une actrice rendue un temps célèbre.

Pourquoi ne pas l’avoir relié à notre culture à nos valeurs, à nos idéaux. Devait-elle de prime abord se distinguer par cette originalité. N’était-il pas mieux qu’elle puise dans les racines de ses clans, son appartenance. N’était-ce pas déjà lui faire un cadeau que de lui donner un lien familier qui la rendait immédiatement des nôtres plutôt que des leurs.

Le prénom est un chose délicate, subtile qui assurera un lien fondamental avec les autres. Autant le choisir pour qu'il soit un contact une ouverture, une invitation plutôt qu'un questionnement ou un étonnement. La vie est suffisamment compliquée que pour ne pas rajouter par le prénom une charge émotive négative.

Sans doute ne faut-il pas être à la mode, être dans les cinq prénoms les plus donnés selon les statistiques. Un peu d'originalité ne fait pas de tort mais se perdre chaque fois dans l'orthographe ou dans les questions sur l'origine n'est pas me semble-t-il souhaitable. Comment va-t-on à l'école percevoir son prénom ?  Sera-t-il accepté par les autres ?  Sera-t-il sujet de moquerie, de jeux de mots blessants. Je ne le pense pas car la variété des prénoms est maintenant bien plus large qu’après la deuxième guerre. Il est joli et loin d’être tombé en désuétude. Il se distingue légèrement en ouvrant plus sur le mystère que sur le rejet. Il ne s’enfermait pas dans une religion du livre comme de nombreux prénoms actuels. S’afficher croyant à notre époque est déjà une affirmation qui n'enthousiasme pas. Pour vivre heureux vivons caché.

Dans le large ensemble  de ceux qui ont été portés, n'affichons pas un prénom chargé de trop d'histoire. Ils sont suffisamment nombreux que pour y faire son choix.

Mes deux petites filles portent un prénom d'une seule syllabe comportant les mêmes voyelles  mais inversées. Dans ce son bref, elles sont modernes et c’est bien. Pour mes enfants, comme mon frère et mes sœurs, j'avais repris le même mode de choix et j'espérais que mes petits-enfants soient nommés de la même manière mais c'était sans compter sur la tradition chez le conjoint.Mon père avait structuré la série de nos prénoms d'une manière simple récurrente. Les prénoms s'apparentaient au sexe de l'enfant, Pour le garçon le 2e était celui du parrain, les 2 derniers ceux de ses grands-pères,  pour une fille le 2e était celui de la marraine,  les 2 autres ceux des grands-mères.

Cette manière de faire aurait assuré un lien supplémentaire vers les ancêtres pour renforcer l'appartenance à une tradition, à une éducation. N’était-ce pas aussi honorer visiblement ceux qui nous avaient transmis la vie. A présent, pour mes petits enfants, je doutais, je ne les connaissais pas tous et ne pouvais affirmer qu’ils aient suivi mes conseils.

Avaient-ils ancrés leurs enfants dans les racines généalogiques, comme mon père et moi l’avions fait ? Il me faudrait enquêter, noter les faits mais il était trop tard pour ergoter.

 

 

15/08/2009

Abstinence.

Abstinence

Curieusement, une confidence échappée d’une conversation me donnait un tableau miroir des sentiments qui me hantaient depuis longtemps. Sans doute était-ce connu, écrit, développé par des auteurs, qui s’étaient plongés dans leur inspiration, qui avaient écouté leur muse. Il me semblait néanmoins nécessaire, pour marquer d’un caillou supplémentaire la quête qui m’entraînait de faire écho à ce sentiment présent en moi. Dans le quotidien, dans la multitude des tâches utiles et futiles, est-ce que cette idée pouvait germer ? Est-ce qu’elle était partagée, vécue ? Un jour peut-être au détour d’une autre conversation, j’en aurais la confirmation.


Le relais.

De toute manière avec cette confidence, je me sentais plus sur, j’avais un point d’appui, un point pour poser ma réflexion, ma déduction, mes doutes. La vie entraîne à bras le corps, elle crée les circonstances pour que chacun la porte, que chacun soit si possible un maillon support, un relais pour que partout hommes et femmes s’unissent, se multiplient, se remplacent, que chacun se perpétue pour elle. Dans ce long fleuve de vie, j’ai la charge énergétique nécessaire pour assumer, plus ou moins bien, la tâche relais, porter à mon tour la vie, pendant un temps de quelques années jusqu’au moment où mon âge avançant, je quitte le courant dans le fleuve de plus en plus près de la berge. Comme un grain de limon, une alluvion, je sédimente, tâche accomplie, énergie vitale épuisée. Passé la période idéale où les conditions sont réunies, je retombe dans mes problèmes familiaux, mes ennuis de santé, mes blocages psychologiques, mes blessures et poursuit vaille que vaille ma destinée avec des béquilles. Sans ce regard sur ce que je suis, mes tensions, mes distorsions, je ne surnage même pas, je plonge rapidement vers le fond entraîné par mes bagages plombés.

Avec lucidité, je cherche en moi les obstacles au flux de moins en moins impétueux de la vie, je maintiens la source à son optimum pour mon confort relatif, pour ma force essentielle. 
Porter son attention, le regard sur ce que je suis, laisser se dérouler les événements de la vie, quitter ces certitudes du jour, la sûreté de l’acquis pour affronter l’obstacle, la question que m’apporte l’extérieur. Regarder la colère, la tristesse, les sentiments tapis au fond de ma conscience pour les reconnaître, les accepter, les dissoudre. Temps d’intériorisation, d’observation. Parcelles d’énergie qui se libèrent pour soutenir mon pas. Temps d’intériorisation, temps de reconstruction.


Crayon généalogique parmi d’autres.

Puissance de la vie, incommensurable, toutes ces espèces végétales, animales vivantes dans une danse interdépendante, rythmée par des cycles de vie de mort.
 Eh moi et moi, vie unique ? 
Que suis-je dans ce ballet qui se joue, patinoire que je ne peux maîtriser ?
 Lentement, point par point, j’ai,  tissé par les générations qui m’ont précédées, bâti par les techniques qui découvertes après découvertes ont améliorés les conditions de vie, apporté mon soutien à celle-ci. Sans doute ai-je acquis un standing enviable par certains aux yeux de ceux qui ont moins mais fondamentalement, je suis inscrit dans un cycle que je ne maîtrise pas. 
J’ai reçu un mandat de base, me reproduire, passer le bâton aux générations suivantes pour que la vie ne meure pas. 
Comme tant d’autres, dans la puissance vitale de ma jeunesse, j’ai été poussé, attiré vers le sexe opposé pour reproduire le genre humain dans la conscience de quelques paramètres un peu maîtrisable. Mais si peu. Tout s’est mis en place, j’ai dit oui, accompli mon cycle de reproduction et quitté le flux vital essentiel pour me retrouver sur le bord du fleuve puissant de la force de la vie, de plus en plus près du bord, de la berge, en vue d’un échouage certain, programmé, pour sédimenter, inutile terreau. Force de vie qui se joue des douleurs personnelles, des manquements d’éducation, des insuffisances et qui fait tout pour que le Yin rencontre le Yang. 
Dans la multiplicité des essais, elle me laisse in fine, hors la masse critique pour que continuant au travers du temps, comme un animal blessé, mission accomplie, je panse mes manques, mes blessures. Le souffle de reproduction ne m’appartient plus, il me fait naître à autre chose, ouvrir d’autres portes. Je suis un être en métamorphose, comme dans certains films, il me faut ajouter un appendice chiffré au bout du titre, jouer une autre version, une autre histoire, hors de la pulsion de reproduction.